Un retour aux sources

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Si on recule d’une cinquantaine ou d’une centaine d’années, toutes les boiseries étaient réalisées par des artisans spécialisés. Les matériaux étaient de très haute qualité et faits pour être entretenus et réparés. Aujourd’hui, beaucoup de pièces sont usinées à la chaîne.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir Si on recule d’une cinquantaine ou d’une centaine d’années, toutes les boiseries étaient réalisées par des artisans spécialisés. Les matériaux étaient de très haute qualité et faits pour être entretenus et réparés. Aujourd’hui, beaucoup de pièces sont usinées à la chaîne.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation - Mars 2014

Les portes, fenêtres et boiseries extérieures sont une part importante du cachet d’une propriété. Les préserver, voire chercher à retrouver la structure d’antan lorsque celle-ci a disparu au fur et à mesure que les propriétaires ont fait des modifications, c’est donc faire preuve de responsabilité quant au bien qui vient d’être acquis, mais également quant à la sauvegarde du patrimoine urbain.

« Il est évident que nous ne construisons pas aujourd’hui de la même manière que cent, voire cent cinquante ans en arrière, explique l’architecte John Diodati. À l’époque, toutes les boiseries étaient réalisées par des artisans, des gens très spécialisés. Les matériaux étaient de très haute qualité et faits pour être entretenus et réparés. Aujourd’hui, beaucoup de pièces sont usinées à la chaîne et plusieurs années plus tard, quand vient le temps de les remplacer, elles n’existent plus et il faut tout changer. »

 

Qu’il s’agisse de maisons victoriennes datant de 1860-1880, de style Art déco des années 1930-1940 et des débuts de l’après-guerre, ou même de propriétés datant des années 1950-1960, il est tout à fait possible de s’approcher de l’essence originale de sa demeure et de lui redonner de la valeur en même temps que du cachet. En comprenant quels étaient les objectifs des concepteurs, en recherchant quels étaient les matériaux utilisés, les couleurs choisies, etc., les propriétaires actuels peuvent tout à fait s’approcher de l’essence originale de leur demeure et la restaurer en lui redonnant, du même coup, valeur et cachet.

 

John Diodati connaît bien le portrait. Depuis vingt ans, il tient la barre d’une formation sur la rénovation des portes, fenêtres et boiseries extérieures dans le cadre de conférences données chaque année par Héritage Montréal. « Les gens veulent donc savoir comment ça a été fait à l’origine. Quand la conception originale a été remplacée par quelque chose de moindre qualité ou qui ne respecte pas le caractère de leur maison, ils veulent savoir où faire les recherches qui parviendraient à rétablir la physionomie d’antan. »

 

Le cas des doubles fenêtres

 

À cause de la rudesse du climat, il y avait toujours une fenêtre extérieure et une fenêtre intérieure, sorte de contre-fenêtre qu’on remplaçait au printemps par un châssis à moustiquaire, remarque l’architecte chez Fournier, Gersovitz, Moss, Drolet et associés architectes. « Ces fenêtres avaient été réalisées par des artisans, et dans plusieurs cas, notamment sur le Plateau, dans Rosemont et Notre-Dame-de-Grâce, il y avait des vitraux qui avaient été intégrés. Elles étaient de très grande qualité et faites pour durer, mais lorsque nous sommes arrivés dans les années 60, les gens étaient fatigués de remplacer leurs châssis chaque saison, ils ont tout modifié et sont allés vers des contre-fenêtres en métal. Puis, la fenêtre double a disparu au profit du double, voire du triple vitrage thermos. Or, avec les technologies actuelles et les nouveaux matériaux, il est tout à fait possible de revenir à des fenêtres doubles avec moustiquaire intégré, par exemple. Ça enlève un certain fardeau tout en redonnant du cachet. » Revenir à cette double fenestration améliore également le rendement énergétique.

 

La responsabilité d’un mariage heureux

 

Il faut parfois faire des recherches en rénovation patrimoniale. Il n’y a pas si longtemps, la notion de préservation du patrimoine n’était pas si populaire, et les arrondissements n’avaient pas encore mis en place des règles à suivre en la matière, alors elle a été un peu faite en vaquant à tout et n’importe quoi, affirme M. Diodati.

 

« C’est comme ça que l’on se retrouve à Montréal avec des quartiers, des rues même, qui n’ont plus aucune cohérence. Sur un même triplex, vous pouvez avoir trois portes d’entrée complètement différentes les unes des autres. Des fenêtres à guillotine ont pu être remplacées par des battants aussi, avec pour conséquence une perte totale d’intégrité de la façade. Avec le temps, ajoute-t-il, lorsque les gens commencent à remplacer sans respecter le caractère architectural, on arrive à avoir des mariages moins heureux qu’à l’origine. Ça crée une disharmonie et, en tant qu’architecte, je pense que ça joue sur la qualité de vie. »

 

John Diodati montre en exemple l’Europe, dont tous les Montréalais reviennent en vantant le caractère et en trouvant les villes et les rues jolies. « Il y a encore cette uniformité de quartiers, de rues là-bas, explique-t-il. Ça s’est beaucoup perdu, à Montréal, mais ça revient ces dernières années. Les propriétaires prennent conscience de la valeur que peut prendre leur maison en améliorant la qualité de leur bien, et en préservant l’uniformité de leur milieu de vie. Ils prennent conscience que le patrimoine d’une ville, ce n’est pas seulement les églises et quelques bâtiments mythiques, mais bien l’ensemble des constructions. Il est donc aussi de la responsabilité de tous les propriétaires résidentiels de le protéger. »

 

Collaboratrice

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Rénos 101

Héritage Montréal lance la saison 2014 de ses cours de rénovation résidentielle à compter du mardi 18 mars à l’Université de Montréal. Huit conférences et sept spé- cialistes pour en savoir plus sur l’architecture des maisons montréalaises au fil de l’histoire, l’inspection générale, la gestion d’un projet de rénovation, les fondations, les boiseries, les portes et fenêtres, la toiture, les systèmes mécaniques et électriques, le tout agrémenté de conseils en matière de développement durable.

Tarif membre: 289$, non membre : 340 $

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La valeur du travail de l’artisan

La meilleure solution pour qui veut restaurer en privilégiant la qualité est de se tourner vers un artisan, même si le coût est bien sûr légèrement plus élevé. Depuis 1981, L’ébénisterie Tournages du Nord rénove de manière totalement artisanale les boiseries de propriétés de Westmount, Outremont et, de plus en plus, de Notre-Dame-de-Grâce. Balcons, colonnes, balustrades, etc., les ébénistes copient les pièces originales afin de redonner aux maisons leur aspect d’origine.

« La demande est de plus en plus forte, constate son président Éric Vincent. Plus les propriétés de Montréal prennent de la valeur, plus les gens sont conscients de l’importance de les préserver. L’urbanisme de Montréal est plus sévère également. »

Il lui arrive même parfois de devoir faire des recherches lorsque la structure originale a disparu, afin de retrouver les détails. « En rénovation, notamment dans le style victorien, que l’on retrouve beaucoup à Montréal, tout est une question de détail, d’ajustement. C’est passionnant de préserver le cachet tout en s’adaptant. » Il cite l’époque où les boiseries étaient fabriquées en pin. « Ce serait facile de reprendre ce matériau. Mais nous, on utilise plutôt le cèdre espagnol, plus durable. Et comme tout est peint opaque, ça ne se remarque pas. »

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