LEED ® Canada pour habitations - Une maison unifamiliale certifiée coûte en moyenne environ 2 % de plus qu’une maison Novoclimat

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Pour le moment, il y a très peu d’autoconstructeurs qui se lancent dans l’obtention d’une certification LEED.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Pour le moment, il y a très peu d’autoconstructeurs qui se lancent dans l’obtention d’une certification LEED.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La certification LEED® Canada pour habitations est entrée en vigueur en 2009. Qu’en est-il quatre ans plus tard ? A-t-elle fait des adeptes autant chez les acheteurs que chez les constructeurs ? Est-elle aussi difficile à obtenir qu’on le pense ? Et à quel coût ?

 

« La pénétration de la certification LEED pour habitations est d’environ 1 % du marché, explique Emmanuel Cosgrove, directeur général d’Écohabitation, un organisme à but non lucratif qui fait la promotion de l’habitation écologique au Québec. C’est dire que, lorsqu’il y a 30 000 mises en chantier dans une année, on compte environ 300 habitations qui sont certifiées LEED. »

 

D’ailleurs, le site Internet d’Écohabitation fait état d’environ 1300 logements au Québec qui ont obtenu ou sont en voie d’obtenir une certification LEED. « Un chiffre qui sera rapidement dépassé, puisque le nouveau projet Faubourg Cousineau, à Longueuil, comprend à lui seul 1000 logements qui auront la certification LEED. »

 

De plus, la certification LEED® Canada pour habitations est plus populaire au Québec qu’ailleurs au Canada. Deux raisons, selon Emmanuel Cosgrove, expliquent l’intérêt plus marqué des Québécois : « D’une part, les consommateurs québécois sont très friands de tout ce qui est vert. D’autre part, et c’est peut-être ce qui compte le plus, les constructeurs québécois se sont non seulement davantage familiarisés avec des normes de construction plus élevées, puisqu’il existe au Québec la norme en efficacité énergétique Novoclimat, mais ils sont aussi plus habitués, toujours grâce à Novoclimat, à ce que la résidence soit inspectée par une tierce partie. »

 

Une accréditation difficile à obtenir?

 

La certification LEED® Canada pour habitations repose sur un système de points élaboré autour de huit éléments : innovation et processus de conception, emplacement et liaison, aménagement écologique des sites, gestion efficace de l’eau, énergie et atmosphère, matériaux et ressources, qualité de l’environnement intérieur, sensibilisation et formation. Le total des points possible est de 136. L’obtention de 90 à 136 points donne la certification platine, de 75 à 89, la certification or, et de 60 à 74, la certification argent.

 

Est-ce si difficile à obtenir ? « Pour être admissible à la certification LEED, il faut satisfaire à six conditions préalables. Mais, une fois remplies ces conditions préalables, l’effort pour obtenir une certification argent est moins grand qu’on ne le pense, puisque beaucoup de points sont accumulés avec les conditions préalables. Et c’est d’autant plus facile si le constructeur a déjà travaillé avec la norme Novoclimat, car la marche à monter pour passer de Novoclimant à LEED n’est pas tellement haute. »

 

Offre et avantages

 

Pour le moment, il y a très peu d’autoconstructeurs qui se lancent dans l’obtention d’une certification LEED. Par contre, il existe une clientèle d’acheteurs qui exigent maintenant cette accréditation et se tournent alors vers des constructeurs capables de construire selon cette norme. « Mais la majorité de l’offre pour des résidences accréditées LEED provient présentement des constructeurs eux-mêmes. Ils y voient là une manière de se démarquer de leurs concurrents et une façon de démontrer leur efficacité en matière écologique. »

 

De plus, la certification LEED® Canada pour habitations permet aux constructeurs d’écouler plus rapidement leurs logements. « Si vous avez deux condos identiques situés dans le même quartier, le condo certifié LEED va se vendre plus vite que celui qui ne l’est pas. C’est un atout majeur pour un constructeur, car ce qui lui coûte cher, ce sont les logements qui ne trouvent pas preneur. La certification LEED devient alors un outil de marketing pour le constructeur s’il sait bien s’en servir et la faire valoir. »

 

Les avantages pour l’acheteur sont nombreux, dont, entre autres, une résidence plus confortable et moins chère à chauffer et à climatiser. « C’est aussi un gage de qualité, puisque l’acheteur sait que la résidence a été inspectée par une tierce partie. »

 

Autre avantage pour l’acheteur : un prix de revente plus élevé. « Dans certains marchés, comme présentement à Seattle, le prix de revente est supérieur de 10 % à celui d’une résidence traditionnelle. »

 

Les municipalités en tirent aussi un avantage, parce qu’une résidence certifiée LEED consomme moins d’eau et rejette moins d’eaux usées ou pluviales dans les égouts municipaux. « C’est la raison pour laquelle de plus en plus de municipalités au Québec offrent des incitatifs fiscaux pour attirer chez elles des résidences certifiées LEED. »

 

Un coût trop élevé?

 

On estime qu’une maison unifamiliale certifiée LEED coûte en moyenne environ 2 % de plus qu’une maison unifamiliale Novoclimat. « Par exemple, une maison Novoclimat de 300 000 $ coûterait donc 306 000 $ si elle était construite selon la certification LEED. Ce n’est pas une somme exorbitante et je ne pense pas que cela pourrait faire changer d’idée un acheteur. »

 

Malgré cela, présentement au Québec, ce sont les constructeurs qui assument entièrement le surcoût engendré par la certification LEED. « Les constructeurs hésitent à passer le surcoût au client et préfèrent l’absorber. Pour le moment, ils se contentent de l’avantage de marketing et de la vitesse de vente que leur procure la certification LEED. »

 

Un net avantage pour le consommateur, certes, mais est-ce un avantage qui favorise une plus grande adhésion à la certification LEED ? « Je pense que non. Je crois que les constructeurs devraient refiler le surcoût à l’acheteur. Ce dernier peut facilement et rapidement absorber ce surcoût, grâce au coût inférieur du chauffage. Par contre, si les constructeurs n’avaient pas à absorber ce surcoût, plusieurs d’entre eux seraient davantage portés à construire selon la certification LEED. »

 


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