Écohabitation - Le lac Kénogami sert de décor à la maison la plus verte au Canada

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La maison d’Alain Hamel produit autant d’énergie qu’elle en consomme. L’eau de pluie est récupérée et sert à faire fonctionner les toilettes et les douches.
Photo: Source ÉCOhabitation La maison d’Alain Hamel produit autant d’énergie qu’elle en consomme. L’eau de pluie est récupérée et sert à faire fonctionner les toilettes et les douches.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation septembre 2013

Une équipe de professionnels s’est affairée à bâtir l’an dernier la maison la plus écoénergétique au pays, sur les bords du lac Kénogami, au Saguenay -Lac-Saint-Jean. Ces gens-là souhaitent maintenant transmettre leur savoir et leur expertise pour faire en sorte que le marché de la construction se tourne résolument vers ce type d’habitation.

 

Il aura fallu qu’un incendie cause la perte totale de la demeure d’Alain Hamel et de sa conjointe, France, à l’été de 2012, pour que ce cauchemar se traduise finalement par la réalisation d’un rêve. Un peu plus d’un an plus tard, cet ex-entrepreneur en construction, devenu aujourd’hui consultant en habitation écologique, habite dans une maison solaire passive de fière allure qui se dresse dans un site naturel d’une beauté sauvage ; elle prend place à la pointe du lac, à une distance d’environ 10 kilomètres de la municipalité d’Hébertville.

 

Il situe le contexte autour duquel le projet a pris naissance : « Après l’incendie, on s’est remis en question durant un mois et on ne savait pas si on allait reconstruire ou non ; c’était la déprime, et on a vécu une période plutôt difficile parce qu’on avait tout perdu. » Vers la fin d’août, une fois le gros de la période noire traversé, la décision de reconstruire au même endroit est prise : « On n’avait pas vraiment d’autre choix et il fallait aller de l’avant en gardant la tête froide. À titre d’entrepreneur, comme je construisais uniquement des maisons certifiées LEED qui sont extrêmement personnalisées et plutôt spéciales, on a finalement opté pour ce genre d’habitation. »

 

Un projet d’équipe

 

Alain Hamel, qui est entretemps devenu consultant et formateur pour Écohabitation, fait appel à l’architecte Lucie Langlois, avec laquelle il collabore à l’élaboration d’un plan préliminaire, disponible à la fin de septembre.

 

En phase d’élaboration, le projet vise la certification LEED, mais, en cours de route, on se tourne vers la très prestigieuse certification allemande Passive hauss (maison passive) et, pour faire face à ce nouveau choix, l’ingénieur Denis Boyer, d’Écohabitation, est mis à contribution : « Ça s’est avéré quand même assez complexe : beaucoup de paperasses à remplir, de nombreuses exigences à satisfaire, plusieurs matériaux particuliers à utiliser et des résistances thermiques passablement élevées à respecter. C’était un défi énorme de bâtir une maison de ce type dans le climat où on vit. »

 

C’est la raison pour laquelle on a aussi fait appel à Emmanuel Cosgrove, consultant d’Écohabitation, du côté de la certification LEED et dans les choix à poser sur le plan écologique ; à partir de ce moment, il y a trois professionnels accrédités LEED qui oeuvrent pour le projet.

 

Une réussite

 

Le chantier débute en octobre et le proprio Hamel en prend possession au mois de mai ; il fait la description de la propriété : « On a 2200 pieds carrés de surface habitable ou conditionnée ; s’ajoutent à cela une cuisine d’été de 400 pieds carrés et un abri d’auto de 600 pieds carrés. Elle est certifiée LEED Platine, avec le plus haut score au Canada, soit 106 points sur 136, ce qui constitue un record au pays. Nous cheminons vers la certification Passive hauss, ce qui serait une première pour une maison située dans un climat aussi rude que celui du Saguenay, surtout si on considère une consommation de 13,3 kilowatts le mètre carré ; en comparaison, si la même maison avait été construite de façon conventionnelle selon le principe Novoclimat, sa consommation aurait été de près de 100 kilowatts le mètre carré. La différence entre les deux est énorme. »

 

Il fait ressortir d’autres caractéristiques du bâtiment : « Ma maison est aussi net-zéro, ce qui signifie qu’elle produit autant d’énergie qu’elle en consomme. On récupère de plus l’eau de pluie, qui sert à faire fonctionner nos toilettes et nos douches. » Il exprime sa fierté : « C’est vraiment le kit écologique complet, mais dans une enveloppe qui ne reflète pas cette réalité. Les gens sont surpris de constater qu’on peut construire de belles maisons écologiques, parce que, d’habitude, celles-ci ne sont pas aussi belles ou n’ont pas un look d’une telle modernité. Autant par le choix des matériaux que par sa configuration ou par son emplacement qui y fait pour beaucoup, c’est une maison exceptionnelle ! »

 

Le marché des maisons vertes

 

Est-il possible d’envisager la propriété d’un tel bâtiment à des coûts qui soient abordables ? À titre d’ex-entrepreneur, Alain Hamel sert cette réponse : « Les entrepreneurs seraient capables d’en faire, parce que, pour y arriver, on ne s’éloigne pas tellement des méthodes de construction traditionnelles. C’est très faisable et ce qu’on voit ici n’a pas été fait par des extraterrestres. » Quant aux coûts, il estime que le rendement de l’investissement s’avère profitable, compte tenu des valeurs écologiques qui sont en cause.

 

Il considère qu’il existe un intérêt manifeste chez les consommateurs pour ce type de bâtiment, mais encore faudrait-il qu’il en soit de même du côté de l’industrie de la construction : « Les entrepreneurs n’embarquent pas parce que ça leur fait peur. Il existe une résistance certaine, parce qu’ils n’ont pas les connaissances techniques et technologiques nécessaires pour se diriger vers ce marché en raison d’un manque d’expérience ; il en découle qu’ils ne veulent pas se river le nez et manger de l’argent en s’embarquant dans des projets de la sorte. »

 

Voilà pourquoi il s’est tourné vers la formation de ces entrepreneurs : « C’est là qu’il y a beaucoup de travail à faire au Québec. Il y a de la clientèle et de la demande dans ce domaine-là, sauf que les gens sont souvent obligés de se rabattre sur une maison conventionnelle, faute d’une offre qui pourrait correspondre à leurs véritables aspirations. »

 

Il s’est joint à une entreprise à but non lucratif, Écohabitation, qui s’affaire actuellement à mettre sur pied le programme de certification Écoentrepreneur : « On va même fournir de l’assistance chantier, en fonction de laquelle je vais me déplacer sur les chantiers pour rencontrer les clients et les entrepreneurs. Ces visites vont se dérouler non pas dans un but de jouer le rôle de chien de garde, mais pour apporter de l’aide dans la résolution de problèmes ; les coûts seront abordables et il sera intéressant de recourir à ce service éducatif. » Alain Hamel s’occupera des régions, alors qu’un autre spécialiste dispensera la formation dans le Grand Montréal.

 

 

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