Montréal - L’OPAM couronne ses lauréats

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Le Prix de l’artisan a été remis à André Francœur qui, dans son atelier à Louiseville, en Mauricie, restaure et fabrique des portes et des fenêtres à l’ancienne depuis 1997.
Photo: Source OPAM Le Prix de l’artisan a été remis à André Francœur qui, dans son atelier à Louiseville, en Mauricie, restaure et fabrique des portes et des fenêtres à l’ancienne depuis 1997.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation septembre 2013

Les amoureux des vieilles maisons et du patrimoine architectural connaissent bien l’Opération patrimoine architectural de Montréal (OPAM), qui propose régulièrement des activités et des circuits de découvertes autour de joyaux de l’architecture montréalaise. Chaque année depuis 23 ans, l’OPAM récompense les efforts de préservation à travers quatre Prix spéciaux, décernés à des sociétés ou à des organismes, et 22 Prix émérites, décernés à des particuliers. « Il s’agit d’une opération de sensibilisation du grand public à l’importance de conserver notre patrimoine », explique Andrée Peltier, relationniste.

 

Le Prix d’excellence Ivanhoé-Cambridge a été remis à Cité historia, une société d’histoire à but non lucratif qui s’attache depuis 1998 à promouvoir, à valoriser et à diffuser l’histoire d’un des plus anciens villages de l’île de Montréal : Sault-au-Récollet.

 

Malgré la valeur patrimoniale du lieu - qui comprend notamment un ancien pressoir à cidre (1806), un ancien moulin (entre 1724 et 1726) et une digue - le site était « dans un état lamentable », rappelle Michel Le Coester, directeur général de Cité Historia, avant que ne soit mis au point un concept de sauvegarde, conjointement avec la Ville et un comité d’urbanisme.

 

Aux mains de la firme d’architectes Daoust Lestage, les bâtiments ont été dotés d’une architecture métallique reprenant les formes et les dimensions d’origine. Animations, conférences, expositions et même un camp de jour permettent aujourd’hui d’y transmettre des connaissances historiques. De plus, des collaborations et des stages avec l’UQAM et l’Université de Sherbrooke participent pleinement à cet effort de valorisation. Pour mener à bien cet objectif, Michel Le Coester insiste sur l’importance de trouver un équilibre entre tradition et modernité. « On ne sauvegarde pas l’histoire en costume d’époque », estime-t-il.

 

Pour diffuser l’histoire et jouer la carte de l’accessibilité, il propose plutôt une application mobile déambulatoire à travers le site, qui permet de décoder le patrimoine en mode 2.0. Aujourd’hui, le site attire 200 000 personnes chaque année, dont une fréquentation de 15 000 personnes à la Maison du meunier.

 

Patrimoine

 

Le Prix du patrimoine commercial a couronné le magistral édifice Sun Life situé au 1155, rue Metcalfe, qui, aux mains de ses propriétaires - la Financière Sun Life et Ivanhoé Cambridge, ainsi que Bentall Kennedy, à titre de gestionnaire - a franchi le XXe siècle avec tout son cachet.

 

Construit en trois phases, de 1914 à 1933, dans un style néoclassique, l’édifice a une colonnade de quatre étages de hauteur et une tour centrale de 135 mètres. Pour préserver le bâtiment, les rénovations effectuées n’ont pas été des moindres : citons les 1600 fenêtres extérieures remplacées, des façades nettoyées et éclairées, des portes, toitures, balcons et escaliers constamment entretenus avec soin, ainsi que la conformité aux normes écoénergétiques pour atteindre la certification LEED.

 

« Depuis les cinq dernières années, les travaux et les mesures de conservation ont coûté en moyenne 1 600 000 $ par année. Selon nos estimations, il en coûtera pour les cinq prochaines années environ 1 700 000 $ annuellement », ont déclaré les propriétaires. Et le jeu en vaut largement la chandelle, estiment-ils. « C’est une question de fierté, de responsabilité et de bonnes pratiques d’affaires », avance Nathalie Rousseau, vice-présidente, Investissements et gestion d’actifs, Québec, d’Ivanhoé Cambridge.

 

Artisanat

 

Le Prix de l’artisan a été remis à André Francoeur qui, dans son atelier à Louiseville, en Mauricie, restaure et fabrique des portes et des fenêtres à l’ancienne depuis 1997.

 

Fort d’une expertise acquise au fil des ans, « à force de travailler, d’observer comment sont construits les anciens édifices », il a étendu sa réputation auprès d’une clientèle de passionnés de belles choses, qu’il s’agisse d’établissements religieux, d’entreprises ou de particuliers intransigeants sur le cachet de leur résidence. « Depuis l’ouverture de mon atelier, la demande est constante », avance-t-il. Son secret : des méthodes de travail traditionnelles, des outils très spécialisés, un respect des matériaux d’origine - érable, chêne et pin, au rang des essences de bois les plus utilisées - et surtout un respect minutieux de l’architecture d’origine.

 

« Tout est dans les détails : c’est ce qui fait la différence », précise celui qui nous laisse choisir entre des fenêtres à crémones, des panneaux ouvrants, des oeils-de-boeuf en arcs ou en ogives ou encore des vitraux, isolés par ailleurs.

 

Mise en valeur

 

Le Prix de la mise en valeur du patrimoine a été décerné à la Commission scolaire de Montréal et aux firmes Vincent Leclerc + Associés Architectes et Affleck de la Riva architectes, pour l’École des métiers de la restauration et du tourisme de Montréal.

 

Cette école, qui a ouvert ses portes en 2012, a en effet pris place dans l’ancienne école Victoria, fermée depuis 1979 et acquise par la CSDM en 1998 : un bâtiment patrimonial au style victorien, signé Alexander Francis Dunlop, à qui Montréal doit également l’église St. James et la Faculté des arts de McGill. Composée de trois bâtiments, dont deux datant de 1887 et un ancien gymnase de 1911, aujourd’hui converti en cuisines, l’école est « un bâtiment important pour la CSDM », selon Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM.

 

Après trois ans de travaux et un investissement de 13,5 millions de dollars, l’architecture d’origine a été fidèlement conservée, tout en se permettant des touches de modernité. En effet, un passage vitré surélevé joint les vieux bâtiments et plusieurs innovations écologiques ont été intégrées au plan d’ensemble, à l’exemple des toitures d’ardoise faisant place à un toit blanc en leur centre, pour contrer les îlots de chaleur. L’école est d’ailleurs en attente de recevoir sa certification LEED, une première pour un bâtiment de la Commission scolaire de Montréal.

 

Propriétaires responsables

 

L’OPAM a également décerné 22 prix à des particuliers de la grande région de Montréal, à raison d’un prix par arrondissement. Portes et fenêtres en bois ou marquises ornementées de fer forgé sont autant de joyaux qui ne survivent que grâce aux soins assidus de leurs propriétaires, dont le souci du charme l’emporte sur le pragmatisme. « C’est une sensibilisation à faire, dit Andrée Peltier, pour que les propriétaires soient plus conscients et choisissent de restaurer les portes, escaliers ou balcons d’origine, plutôt que d’opter pour du PVC ».

 

C’est notamment le cas de Janice Munroe, une des 22 lauréates de l’OPAM cette année, qui depuis 15 ans s’attache à préserver le cachet de sa maison malgré ce que cela implique : « Je sais que je perds de la chaleur par mes fenêtres. Mais, pour moi, estime-t-elle, le charme en vaut la peine. »

 

Pour les curieux : les photos des lauréats sont exposées jusqu’au 4 octobre à l’hôtel de ville de Montréal.

 


Collaboratrice