La ville de tous les réseaux

Normand Thériault Collaboration spéciale
Un autre réseau apparaît maintenant sur les cartes de la région : il est cyclable et, quand s’y greffe celui du BIXI, il devient même service public, là où l’utile et l’agréable se conjuguent.
Photo: - Archives Le Devoir Un autre réseau apparaît maintenant sur les cartes de la région : il est cyclable et, quand s’y greffe celui du BIXI, il devient même service public, là où l’utile et l’agréable se conjuguent.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a la ville utile : celle faite des réseaux d’aqueducs, de circulation, de gaz, d’électricité. Mais il est aussi une autre ville, l’agréable, celle où non seulement on se déplace, mais où on séjourne, se détend et où on y rencontre les autres, l’« autre ». Et si le tout s’harmonise, on parle d’un lieu où il fait bon vivre.

Tenez, déjà des automobilistes grincent des dents. Car cette semaine, une fois de plus pour tous ces travailleurs et travailleuses, ceux et celles pour qui l’automobile est le mode de transport privilégié, une autre tuile tombe, comme c’est maintenant l’usage tous les ans : une portion de la rue Sainte-Catherine puis une autre, rue Jeanne-Mance, sont fermées à toute circulation autre que pédestre.


Et cette fermeture annuelle, qu’entraîne la saison des festivals, s’ajoute à d’autres, de nature identique, quand se déroulent Montréal en lumière et autres festivals. Inévitablement, on assiste à des bouchons de circulation monstres : sur de Bleury, sur René-Lévesque, sur Saint-Laurent, comme sur les rues adjacentes.


Catastrophe, donc, pour qui doit se rendre à Laval ou au nord de l’île montréalaise (et dire que ce n’est pas même la journée de « ma ville sans ma voiture », quoique, dans ce dernier cas, on doit dire que l’événement est désormais de nature purement symbolique).


Petite reine


Il fut un temps où, à Montréal, l’automobile était reine. En effet, on n’a eu de cesse, des décennies durant, d’agrandir et densifier le réseau routier. Tout cela avec des conséquences déplorables pour le tissu urbain et la qualité de vie.


Car des gestes malheureux ont été posés. Un premier, que plusieurs regrettent, a été l’élimination graduelle de tout le réseau de tramway qui sillonnait jadis de ses doubles rails le centre-ville et bien au-delà : qui se souvient qu’il était possible, avec le « 129 », de se rendre de la place d’Armes jusqu’au défunt parc Belmont, au bord de la Rivière-des-Prairies, à l’entrée du pont de Cartierville ?


Et on fit plus encore, toujours pour que l’automobiliste puisse se déplacer rapidement : ce fut l’apparition des grands boulevards dont les percées ont entraîné la disparition de quartiers complets.


Par exemple, ce Dorchester devenu René-Lévesque explique que les abords du pont Jacques-Cartier ressemblent encore aujourd’hui à une zone bombardée. Et, ailleurs, le Vieux-Montréal est coupé du centre-ville (chose que l’on tente de corriger), la faute en revenant à cette 720 qui s’est installée en creux dans ce secteur. Tout comme à l’ouest, où Décarie est non seulement une nuisance sonore, mais aussi une tranchée active avec ses voies de services où 14 travées routières indiquent l’écart entre deux pâtés de maisons !


Et l’étalement urbain, couplé à un réseau de transport en commun déficient, a fait le reste : dans le paysage montréalais, l’échangeur Turcot, les ronds-points Décarie ou Acadie, les entrées de ponts ou de tunnel, notamment l’Hippolyte-Lafontaine, sont tous des monuments de béton qui défigurent quartiers et aménagements connexes.


Circuits citoyens


On a appris de ces erreurs. Ainsi la Communauté métropolitaine de Montréal a déposé un PMAD, ce Plan métropolitain d’aménagement et de développement, qui propose que le futur développement de la métropole se fasse en misant sur une densification des zones d’habitation et selon les grands axes du transport en commun, l’actuel et celui à venir.


Et on va là encore plus loin. Les Montréalais et Montréalaises, comme tous les autres citoyens et citoyennes de la grande région, devraient redécouvrir les berges de leur fleuve et de leurs rivières.


Et ce n’est pas tout. Un autre réseau apparaît maintenant sur les cartes de la région : il est cyclable et, quand s’y greffe celui du BIXI, il devient même service public, là où l’utile et l’agréable se conjuguent.


Ajoutons à cela les « quartiers verts » que sont les parcs-natures, du cap Saint-Jacques aux îles de Boucherville comme de Sainte-Thérèse, et nous avons une ville qui se renouvelle.


Les conséquences de l’arrivée de ce nouvel urbanisme font que les habitudes de vie aussi se transforment : au temps du maire Drapeau, ils auraient été étonnés par leur présence, ceux et celles, plus que sexagénaires, qui auraient osé se promener à vélo en ville. Et pourtant, c’est maintenant chose fréquente.


Et, pour d’autres types d’activités, il y a ainsi plus que le seul parc Lafontaine pour tenir au centre-ville des rassemblements : plus d’un site s’ajoute, dont la nouvelle place des Festivals (quoique la police mette tout en oeuvre pour limiter la fréquence de ces événements, surtout tous ceux qui ont pour point de départ ou d’arrivée la place Émilie-Gamelin).


Mais une ville agréable est une ville aux réseaux actifs. Surtout quand de tels réseaux dont de nature citoyenne.