Bank, rue Saint-Jacques - L'ancien siège social de la Banque Royale du Canada reprend vie

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Le 221 Saint-Jacques accueillera 43 résidences urbaines.<br />
Photo: Source Pur Immobilia Le 221 Saint-Jacques accueillera 43 résidences urbaines.

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation - 19 novembre 2011

Le 221 Saint-Jacques compte 22 modèles d'unité pour 43 unités en toutEnfin! Il aura fallu attendre plus de vingt ans pour qu'un projet de restauration voie le jour au 221, Saint-Jacques. La patience des Montréalais est aujourd'hui récompensée. Bientôt, après une transformation extrême, 43 demeures urbaines y seront construites par Pur Immobilia, en collaboration avec la firme d'architectes Lemay associés. Petite visite guidée.

La rue Saint-Jacques était l'artère principale de la métropole financière du Canada, la «Wall Street nordique», comme on l'appelait au milieu du XIXe siècle, à l'époque où toute banque qui se respectait se devait d'y installer son siège social. De 1890 à 1930, on y construit plusieurs immeubles dans le plus pur style beaux-arts, un style classique aux volumes symétriques et souvent imposants, avec fronton et colonnes, dont le 221, Saint-Jacques en est le parfait exemple.

À cette adresse se dresse le siège social de la Banque Royale du Canada, un immeuble conçu en 1907 par l'architecte Howard Colton Stone. Sa façade ne passe pas inaperçue, avec son portique ionique et ses quatre colonnes. À l'origine, et jusqu'en 1999, quatre statues surmontaient ces colonnes représentant les piliers de l'économie de l'époque, soit l'industrie, l'agriculture, les pêcheries et le transport. Depuis, ces statues ont malheureusement disparu.

C'est en 1989 que l'histoire tourne mal. Un entrepreneur veut transformer le site en complexe hôtelier: tout l'immeuble est démoli, et ne subsistent que la façade et, derrière, une structure de béton de 14 étages... Puis, plus rien. Pendant plus de vingt ans pendront aux ouvertures des bâches déchirées par le vent.

Toutefois, en 2011, c'est Philippe Bernard, président de Pur Immobilia, qui arrache les bâches et met tout en place pour que cet immeuble renaisse sous la forme de 43 résidences urbaines.

Négocier


«La première question qu'on se pose en achetant un immeuble comme celui-là, c'est: "Est-ce qu'il est en bon état?" On sait qu'il avait été excavé, et le béton, coulé il y a vingt ans», rappelle M. Philippe Bernard. Après de nombreuses consultations et moult tests, oui, toute la structure est impeccable.

Les plans sont acceptés et les permis sont obtenus. Ça n'aura pas été sans peine, puisqu'il aura fallu s'entendre à la fois avec la Ville de Montréal et avec le ministère de la Culture.

Dans cette construction, le plus difficile aura été d'obtenir l'élévation d'un mur mitoyen complètement fenestré... «C'est finalement la Ville de Montréal qui nous a d'abord dit qu'elle n'exigerait pas un mur mitoyen plein. À partir du moment où l'idée des fenêtres était acceptée, le débat s'est fait autour du pourcentage acceptable. Les architectes ont fait un très bon travail et le ministère de la Culture a finalement accepté que le traitement fait en façade rue Saint-Jacques soit reproduit sur le mur mitoyen», explique Philippe Bernard.

Quand l'immeuble sera terminé, il donnera l'impression qu'on a déposé sur les vestiges un immense cube de verre et de pierres.

Investir la verticalité


Le lobby est surdimensionné par rapport à la quantité d'unités, car il atteindra plus de vingt pieds de hauteur. Tout au fond, sur une mezzanine, on aménagera les celliers des propriétaires, avec salle de dégustation.

«La grande particularité du projet, c'est que les architectes ont choisi de conserver les vestiges tels quels. On a construit le nouvel immeuble derrière», nous dit M. Bernard. Plutôt que de fenestrer les vestiges et de les incorporer, on a décidé de tout laisser dans l'état actuel, comme des espèces de ruines, d'où le nom de «vestiges» qu'on leur donne. Cette idée de retrait a permis quelque chose d'assez exceptionnel dans le Vieux-Montréal, c'est l'aménagement de loggias ou, si on veut, de balcons entre les vestiges et les unités.

«Sur le toit de l'immeuble, on installera une piscine d'entraînement, et on a eu l'idée de créer un espace de détente et peut-être même une ser-

re urbaine», raconte M. Bernard. Cela s'ex-plique par la nature de la clientèle ciblée par ce type d'habitation: ce sont des gens qui possèdent une unifamiliale avec terrain, mais qui choisissent le Vieux-Montréal après que les enfants sont partis, ce qui ne les empêche pas d'avoir encore envie de jardiner.

Des intérieurs personnalisés

Une autre rareté dans ce projet du 221 Saint-Jacques, c'est qu'il compte 22 modèles d'unité pour 43 unités en tout: «Les seuls étages possédant le même aménagement sont les six derniers, et tous les autres étages sont aménagés différemment», explique M. Bernard. Les modèles vont du studio de 460 pieds carrés à l'appartement de 1600 pieds carrés avec trois chambres à coucher.

On a imaginé une cuisine très contemporaine avec des armoires laquées, avec frigo camouflé et dessus de comptoir en quartz. Dans l'aménagement, on a apporté un soin particulier à l'ergonomie des cuisines. Dans les salles de bains, on retrouve des comptoirs et des revêtements de marbre ainsi qu'une douche avec porte de verre donnant sur la baignoire. Tous les planchers sont en noyer massif avec lattes de cinq pouces de largeur et les pièces sont garnies de murs-rideaux.

L'architecte, Michel Lauzon architecte associé principal création chez Lemay, parle de la signature de l'immeuble. «On s'est inspiré de la verticalité de toutes les colonnades des banques de la rue Saint-Jacques pour générer des barres, et, inspirés des transactions commerciales et du code à barres, on a transcrit électroniquement "221 bank", et c'est ce qui crée les lignes verticales de l'immeuble. C'est un jeu!»

On a lancé le projet il y a deux semaines seulement, mais tout ce processus dure maintenant depuis 16 mois. On devra attendre encore toute une autre année avant que la construction ne s'achève. Dans le cas du 221 Saint-Jacques, patienter en vaut la chandelle.

Si vous étiez inquiet pour les quatre statues, rassurez-vous: sculptées dans un marbre très poreux et laissées à l'abandon trop longtemps, elles ont été retirées par le ministère de la Culture en 1999 afin d'être restaurées. Dorénavant, elles ornent de belle façon l'entrée du Centre d'archives de Montréal.

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Collaboratrice du Devoir