Le bum écolo a sa maison dans Charlevoix

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
La maison Havre du Cap, aux Éboulements
Photo: Robert Chiasson La maison Havre du Cap, aux Éboulements

Ce texte fait partie du cahier spécial Habitation - 15 octobre

Sur scène comme dans la vie, Maxim Martin a le verbe dénonciateur. Mais, contrairement à nombre d'éternels insatisfaits, l'humoriste ne se contente point de critiquer. Propriétaire d'un terrain dans la région de Charlevoix, il a fait le choix de joindre la parole aux actes en y bâtissant une maison écologique.

Située aux Éboulements, en bordure du fleuve Saint-Laurent, la maison de Maxim Martin n'a, au premier coup d'oeil, rien d'extraordinaire. Discrète, colorée et de taille moyenne, elle s'insère joliment dans le panorama charlevoisien. En fait, si ce n'était de l'éolienne qui trône à quelques mètres de la résidence, la demeure s'inscrirait tout au plus dans la catégorie «pleine de cachet».

«Quand mes voisins ont su que j'allais me construire une résidence dans Charlevoix, il y en plusieurs qui se sont demandé si j'allais gâcher le paysage avec une grosse maison de riche», confie Maxim, un sourire en coin.

Heureusement pour le voisinage, l'humoriste n'a jamais eu la folie des grandeurs. «J'avais envie de quelque chose de bon goût, avec de grandes fenêtres pour pouvoir apprécier la vue, confirme-t-il. Il n'é-tait pas question que je me retrouve avec une maison de Blainville aux Éboulements! Ce que je voulais, c'était une maison typique de la région.»

Typique, certes, mais également écologique. Grandement préoccupé par la sauvegarde de l'environnement, Maxim rêvait depuis longtemps d'une maison qui lui permettrait de réduire au minimum son empreinte écologique tout comme sa dépendance à l'égard d'Hydro-Québec.

«En dépit de l'image que je projette, j'ai toujours été hyperpréoccupé par l'environnement. Avant même qu'on ne sorte les bacs de recyclage à Montréal, il y avait quelque chose de très pro-environnement chez moi. Je me rappelle que, lorsqu'on a commencé à discuter publiquement des problèmes écologiques, mon réflexe, ç'a été de me dire que si les gouvernements en parlaient, c'était que l'hémorragie était déjà bien commencée», raconte l'humoriste, qui ne se surprend plus d'être qualifié de bum écolo.

La petite histoire

Aussi, lorsqu'il a hérité, au décès de son père, d'un terrain magnifiquement bien situé, Maxim a commencé à réfléchir à ce qu'il voulait en faire. Pendant quelques années, il a laissé germer l'idée d'y construire une maison écologique, puis, en 2009, il a pris les moyens nécessaires pour que le projet se concrétise.

«Entre le moment où j'ai décidé que je voulais construire une maison écologique sur mon terrain et celui où on a commencé à bâtir, il s'est écoulé environ deux ans. Pendant ce temps-là, j'animais l'émission Vert tendre, à Vox. Ça m'a permis d'élargir mes connaissances et ça m'a donné toutes sortes d'idées pour la maison», explique l'humoriste.

Si Maxim était depuis longtemps convaincu qu'il était possible d'ériger une maison écologique à Charlevoix sans trop se casser la tête, l'entrepreneur général avec qui il faisait affaire, lui, n'en était pas aussi certain.

«J'ai demandé à Guy Fillion, des Constructions LGF, à Baie-Saint-Paul, de m'aider avec mon projet. C'est un entrepreneur général très en demande dans la région, mais il n'avait encore jamais eu l'occasion de bâtir une maison écolo. Souvent, quand on parlait du projet, il avait des points d'interrogation dans le regard. Il n'était pas certain qu'on allait réussir... Mais moi, j'étais vraiment confiant. Finalement, il a embarqué avec moi dans ma folie», relate l'humoriste.

100 % verte... ou presque !


C'est donc à tâtons et avec l'esprit ouvert que Maxim et Guy se sont lancés dans la construction d'une maison écologique. À toutes les éta-pes, ils ont veillé à mettre de côté leurs réflexes de con-sommation et se sont interrogés sur les meilleures façons de faire pour être le plus respectueux possible de l'environnement.

«Par exemple, quand on a dynamité le terrain, on a récupéré la pierre pour s'en servir pour faire le foyer, les marches et la douche. Aussi, quand est venu le temps de faire des choix de matériaux, je me suis tourné vers des produits locaux, pas seulement parce que je voulais encourager l'économie de la région, mais parce que ça signifiait moins de transport sur les routes. Ce n'était pas si compliqué que ça, mais ça nécessitait de se défaire de nos vieux réflexes de consommation», souligne Maxim.

Résultat: l'humoriste est aujourd'hui propriétaire d'une maison dont la plupart des matériaux sont récupérés et dont l'autonomie énergétique est entièrement assurée par un système alliant panneaux solaires, éolienne, propane et génératrice.

«Il n'y a aucune teinture chimique non plus et le bois est torréfié, ajoute Maxim. La maison est positionnée de façon à capter le maximum de soleil possible et les fenêtres sont à haut rendement énergétique. La seule chose qui n'est pas comme je le voulais, c'est l'isolation. Je voulais qu'on utilise de la laine de mouton, mais ça n'a pas été possible dans les délais qu'on avait!»

Dans le même esprit d'autonomie et de respect de l'environnement avec lequel il a bâti sa maison, Maxim envisage maintenant d'aménager sur son terrain un jardin bio et peut-être même une serre chauffée à l'énergie solaire.

«Ce n'est qu'une idée présentement, mais c'est dans mes projets, affirme-t-il. Mon but, c'est d'en arriver à produire assez de fruits et légumes biologiques pour ne plus avoir à consommer des produits qui viennent de la Californie ou du Mexique et qui sont pleins d'OGM.»

Attention aux charlatans

Si, aujourd'hui, Maxim se dit très satisfait de sa maison, il fut une période pendant laquelle le bum écolo a quelque peu douté de la réussite de son projet. Parce que, par manque de références, il s'était adressé à un néophyte plutôt qu'à un professionnel de l'énergie verte, il s'est retrouvé avec une éolienne artisanale qui n'a pas su répondre à ses besoins.

«Je me suis aperçu que mon éolienne n'était pas conforme, parce qu'elle est tombée en panne l'hiver dernier. J'ai voulu la retourner au fabricant, mais elle n'était d'aucune marque! En plus de ça, mon système était tellement mal branché que j'ai failli passer au feu», tance-t-il.

Heureusement, Maxim a fait la rencontre de Patrick Émond, propriétaire de Batteries expert, à Beauport. Après avoir examiné les lieux, l'homme a apporté quelques changements au système et, aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre.

Vivre l'expérience


Souvent à l'extérieur en raison de son métier et propriétaire d'une autre résidence dans les Laurentides, Maxim ne profite que rarement de sa maison aux Éboulements. Parce qu'il y voit là un non-sens, il n'hésite pas à louer sa demeure en son absence.

«C'est important pour moi que les gens comprennent que c'est possible de vivre dans une maison écologique, qu'il ne faut pas toujours compter sur le gouvernement pour poser des gestes concrets! C'est peut-être un peu naïf de ma part, mais je me dis que d'habiter une maison comme la mienne, ça ne peut faire autrement que d'ouvrir l'esprit aux gens. C'est sûr qu'il y a plein de gens qui louent la maison et qui ont déjà des préoccupations écologiques, mais le mieux, c'est quand les gens se laissent surprendre», confie Maxim.

L'humoriste invite les lecteurs du Devoir à constater la chose eux-mêmes. Pour ce faire, consultez le site hebergement-charlevoix.com et sélectionnez la maison Havre du Cap, aux Éboulements.

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Collaboratrice du Devoir

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