Regroupement québécois des résidences pour aînés - Les résidences pour aînés se multiplient partout au Québec depuis 15 ans

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Près de 600 gestionnaires et propriétaires de résidences pour personnes âgées sont regroupés au sein d'une association: le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) exige qu'ils respectent certaines normes pour devenir membres et il leur fournit toute une gamme de services par la suite.

Le RQRA donne une voix unique à ses membres et il tisse des liens de solidarité entre eux en présentant un certain nombre d'événements, parmi lesquels figure le congrès annuel. Il soutient les établissements dans leur mission d'hébergement et de soins à apporter aux aînés: «On veut que ceux-ci leur fournissent, que les résidants soient autonomes ou en perte d'autonomie, la meilleure qualité possible dans leurs interventions», laisse savoir Yves Desjardins, président et directeur général du RQRA

Au Québec, il existe 2229 résidences. Il décrit ce parc immobilier en constante croissance: «Il y a une catégorie qu'on qualifie des 9 résidants ou moins, parmi laquelle on retrouve quelque 700 lieux de vie sur le territoire; au sens du Code national du bâtiment, ces habitations ne sont pas considérées comme des édifices publics et seulement cinq d'entre elles sont membres chez nous. Le tableau de bord se lit comme suit au regroupement: en août, il y avait 592 membres (aujourd'hui 598) qui proposaient 68 876 unités sur un total de 106 000 dans la province. En matière de résidences, on représente 27 % du marché, mais, sur le plan des unités locatives, on se situe à la hauteur de 65 % de celui-ci.»

Il ajoute ces informations: «Le Québec, c'est maintenant à la fois une multitude de villages et de résidences pour aînés. On compte, dans notre organisme, beaucoup d'endroits où habitent entre 30 et 50 personnes; il y a aussi des résidences de 500 et de 800 unités. Les deux plus importantes régions que nous couvrons sont celles de Montréal et de la Montérégie, où se situe le gros des ressources et où on puise 35 % de nos membres.»

Un secteur en plein essor


Le marché a connu une croissance rapide au cours des 15 dernières années: «C'est une jeune "industrie" qui a à peine cet âge et, au point de départ, il n'y avait même pas 15 000 personnes qui vivaient en résidence. La population d'aînés est grandissante et il y a présentement au-dessus d'un million de personnes qui sont âgées de 65 ans ou plus au Québec; il s'est donc produit un choix de vie qui a influé sur la croissance de ce secteur d'activité-là, à un point tel que, actuellement, 50 % des nouveaux chantiers dans les multirésidentiels se déploient en fonction de la clientèle des aînés, selon des données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL).»

Lacunes et points forts


Un développement aussi rapide est-il l'une des causes des abus et des cas de maltraitance que subissent les personnes âgées dans des lieux qualifiés d'insalubres où sévissent des proprios arnaqueurs et des personnels incompétents? M. Desjardins fournit cette réponse au sujet des forces et des limites du réseau de résidences: «Oui, il existe des faiblesses, mais on s'emploie à consolider l'offre de services dans le cadre d'une population vieillissante qui a besoin de soins.» Il dépeint la situation: «Les gens arrivent quelque part sur leurs deux jambes mais, à un moment donné, le vieillissement s'accentue et ils se retrouvent en perte d'autonomie; la moyenne d'âge continue à grandir dans les résidences, de sorte qu'elle tourne actuellement autour de 84 ans.»

Il en découle que des ajustements s'imposent: «Il y a une transformation nécessaire de l'"industrie" à apporter: les gens possédaient une résidence pour personnes autonomes, mais tel n'est plus le cas à cause du phénomène du vieillissement. Ils doivent donc procéder à des modifications physiques, embaucher du personnel de soins infirmiers, élargir la palette des services et faire face à de nouveaux coûts.» À ce propos, il apporte ces observations: «Cette situation existe en grande partie parce que les aînés ne déménagent pas; une fois qu'ils ont trouvé une place, il s'agit souvent de leur dernière demeure. Il y a aussi le fait que la médecine fait des progrès; auparavant, on mourait d'une pathologie, alors que maintenant, au bout de trois pathologies, les personnes sont encore debout. En raison de ces facteurs, il y a forcément des changements à apporter dans leurs lieux de vie.»

Une fois cette analyse terminée, il dégage le côté positif du marché: «Notre force, c'est la souplesse, et c'est connu que le secteur privé est capable de réaliser les meilleures choses à meilleur coût. On est une solution pour le réseau public et on le dit, tout comme le rapport Castonguay le souligne: on arrive à faire la même chose à des coûts 50 % moindres. Avec des moyens assez souples, le secteur privé possède cette force de s'adapter rapidement, de se tourner sur un dix cents et de présenter une offre de services qui est beaucoup moins coûteuse.»

L'«affaire Marquette»

Yves Desjardins tient à clarifier certains faits au moment où il est question du Pavillon Marquette, dont le contrat a été résilié par le CSSS Jeanne-Mance tellement le traitement réservé aux 14 résidants relevait tout simplement de l'horreur: «C'est un exemple qui montre que ce n'est pas une résidence pour personnes aînées; c'est un emplacement qui loge des aînés mais qui est une ressource intermédiaire à contrat avec un CSSS; un tel établissement ne pourrait être membre chez nous parce qu'il n'est même pas considéré ni au registre ni à la certification. Tout le monde se fourvoie en considérant que c'est encore une autre résidence pour aînés avec des déficiences; c'est dommage parce qu'on met tout sous le même chapeau et on passe tous pour des méchants.»

Cela dit, il demeure lucide: «Je ne vous cacherai pas qu'il y a des problèmes dans le réseau et on est là pour travailler à les résoudre. On a non seulement refusé l'adhésion d'une résidence avant les Fêtes, mais on a appelé au ministère pour lui conseiller d'aller voir ce qui se passe dans ces lieux: "vous l'avez certifiée et il se peut que tout ait été conforme lors de votre visite mais, après examen, nous, on considère que celle-ci ne satisfait pas à nos normes, qui sont un peu plus élevées, qui sont moins normatives et plus qualificatives".»

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Collaborateur du Devoir