La banlieue se donne des airs de ville

Où est la campagne quand en banlieue on vit dans un domaine où les maisons s'alignent à répétition rue après rue et où l'espace communautaire se réduit souvent à de simples allées pavées? Et la ville pourrait-elle offrir plus que d'être ce lieu où les services se retrouvent à une proximité souvent immédiate? Mais si villes et banlieues s'inspiraient, les deux grandes formules d'habitation connues y trouveraient cependant chacune un avantage.

L'urbain qui se déplace le long de la 40 et jette un regard vers le nord, après avoir franchi le pont Le Gardeur, lui qui se rend à Québec, se félicite presque de s'affirmer comme un citadin incorruptible quand il voit les anciens champs transformés en lotissements. Les maisons qu'il découvre n'apparaissent-elles pas comme autant de cubes accolés l'un à l'autre, et ce, à répétition, les quelques arbres restants semblant voués à ne devenir adultes que dans quelques décennies?

Et notre urbain se gausse: pourquoi la campagne, si la verdure y est absente? Et si, finalement, comme pour un troisième étage en ville, on est presque obligé de vivre à l'intérieur? Et qu'en plus, pour le moindre litre de lait, ou pour mettre la main sur un exemplaire du Devoir, on est obligé de prendre l'auto et de se rendre dans un centre commercial où, là, un devoir autre est infligé, celui de parcourir de longs corridors avant de trouver une aire de services?

Et ce même urbain se dit qu'il a fait le bon choix. Pour lui, avoir accès à des restaurants de qualité, et non à de simples succursales de réseau à la nourriture formatée, ou à des boutiques de caractère et à des bistrots qui sont des bistrots, sans parler des divers lieux d'art ou de culture, tout cela lui est possible, et ce, souvent à distance de marche.

Pourtant, comme le résidant de banlieue, il aura lui aussi à se rendre à l'occasion dans un centre commercial, y parcourir les allées de ses grandes surfaces, là où les prix des objets sont affichés avec des rabais, car tel est le premier critère qui explique qu'on va en ces lieux, même si on entend souvent dire que «la qualité n'est pas un obstacle au bas prix».

Des services

Des promoteurs de projets immobiliers ont maintenant compris qu'il fallait rendre intéressante la vie de banlieue et faire en sorte qu'il soit possible d'y vivre tout en ayant une certaine qualité de vie, qui aurait une «saveur» urbaine et ferait que la «maison» se retrouve dans un secteur vivant. Ainsi, le groupe Pur Immobilia fait la promotion de son projet Altéa en proclamant qu'il est implanté «dans le noyau villageois de Repentigny», et non à la périphérie de la ville: il y aurait donc «de la vie» après le temps de travail, et celle-ci ne se limiterait pas à la seule utilisation en été de la piscine dans la cour!

Autrement dit, il faut faire plus qu'offrir des maisons: il faut aussi proposer des services à proximité et en ville cela se fait: érige-t-on une tour de 20 étages qu'on en réserve alors quelques-uns, à tout le moins celui au niveau de la rue, pour y installer des boutiques et autres épiceries. Et certains se souviendront d'un reportage télé où une septuagénaire racontait qu'elle, habitant un 90e étage de la tour Sears, se félicitait de n'avoir jamais à mettre les pieds à l'extérieur de son édifice, sauf pour aller jouer à l'occasion à la «touriste».

Des zones vertes

Mais la ville manque souvent de verdure. Des parcs, certes, mais là encore il n'y a souvent pas de nature immédiate. Ainsi, à Pointe-Saint-Charles, la Maison productive est le résultat obtenu par une démarche originale. Non seulement le projet se veut «vert», énergiquement autonome, mais en plus il intègre à son site boulangerie, arbres fruitiers, potagers, jardin et serre. Comme le dit le concepteur de ce petit ensemble urbain, «nous estimons qu'il sera possible d'y produire environ 400 kilos de nourriture chaque année, et cela, en utilisant seulement la chaleur et l'eau récupérée des appartements».

Et on se met à rêver à une planification urbaine où le programme des infrastructures ne se limiterait pas aux seules aires de circulation, qu'il s'agisse d'eau, d'énergie, de piétons ou de voitures, mais inclurait aussi des aires cultivées (sur les toits?) et une distribution locale de services où, outre la poste, il y aurait plus que le simple petit marché: des appels d'offres pour des boulangeries peut-être?

Ville ou banlieue? Bien sûr, l'alternative est réelle. Mais les inconvénients de l'une ou l'autre formule apparaissent rapidement. Et il n'y a pas que le seul prix demandé pour l'achat qui justifie le choix final, quand on constate ce qu'on «perd» en franchissant les ponts et ce qu'on n'aura jamais en étant un irréductible urbain.