La santé par les meubles - Il faut être bien sur sa chaise!

Lors de l’achat ou de la réfection d’une maison, aménager les lieux pour qu’ils soient mieux adaptés à leurs fonctions se révèle être une sage idée.
Photo: Simard cuisine et salle de bain Lors de l’achat ou de la réfection d’une maison, aménager les lieux pour qu’ils soient mieux adaptés à leurs fonctions se révèle être une sage idée.

Employé pour la première fois en 1857 par le biologiste Wojciech Jastrzebowski, mais surtout développé dans les années 1970, le concept d'ergonomie a longtemps été l'apanage du monde du travail. S'appliquant aujourd'hui à tous les aspects de l'activité humaine, il tend à s'implanter dans les chaumières.

Tirant son nom des mots grecs «ergon» (travail) et «nomos» (règles), l'ergonomie se situe au carrefour de nombreuses disciplines, comme la psychologie, la sociologie, la physiologie et l'ingénierie. Elle vise la compréhension des interactions animant les êtres humains et leur espace et trouve son application dans la conception, l'évaluation et la modification des lieux et des objets, dans le but de les adapter aux caractéristiques physiologiques et psychologiques, aux capacités et aux besoins de leurs utilisateurs.

«Lorsqu'on parle de design ergonomique, ça sous-entend qu'on tient compte principalement de l'usager et de l'efficacité de l'objet, des fonctions qu'il doit remplir. C'est-à-dire qu'on doit tenir compte des paramètres et des facteurs humains avant toute autre chose», explique Tatjana Leblanc, professeure adjointe à l'École de design industriel et codirectrice du Groupe de recherche en aménagement et design (GRAD) de l'Université de Montréal.

Si elle a longtemps été confinée au milieu du travail et surtout axée sur l'adaptation des interfaces et des espaces professionnels à leurs utilisateurs, l'ergonomie s'applique aujourd'hui à l'environnement et aux objets domestiques.

«L'ergonomie est très importante au travail, mais elle l'est aussi à la maison, précise Tatjana Leblanc. Aujourd'hui, les gens vivent de plus en plus vieux. Si on peut prévenir certains problèmes physiques qui en découlent en utilisant des objets qui sont mieux adaptés à ses besoins, pourquoi ne pas le faire?»

Les premiers changements

S'il existe une foule d'objets ergonomiques, du simple gadget au meuble entièrement réglable, certains produits ont plus d'impact que d'autres sur la posture et le bien-être des utilisateurs.

«Tout ce qui est table et chaise, c'est la première chose à regarder. Le meilleur exemple, c'est lorsqu'on assiste à un repas de famille et qu'on reste à table pendant deux heures. On finit tous par ressentir un inconfort, puisque le mobilier n'est souvent pas dessiné pour permettre le mouvement. Pourtant, la table et les chaises devraient être conçues pour qu'on puisse rester en place aussi longtemps», explique Philippe Funez, de Bluecony, une entreprise spécialisée dans la vente de mobilier design favorisant le bien-être.

Ginette Thérien, de la boutique Tout pour le dos, abonde dans le même sens et souligne l'importance d'un bon matelas: «Il y a les chaises et les espaces de travail, mais il y a aussi le matelas. Comme on passe environ le tiers de sa journée au lit, il faut s'assurer que son matelas apporte un bon support et qu'il soit réellement confortable. Ça fait une grande différence au niveau de la posture et de la qualité du sommeil.»

Lors de l'achat ou de la réfection d'une maison, aménager les lieux pour qu'ils soient mieux adaptés à leurs fonctions se révèle être une sage idée. Des comptoirs à la bonne hauteur, des armoires bien disposées, des tiroirs à coulisses et une robinetterie ergonomique permettent beaucoup plus d'aisance dans la cuisine, tout comme une baignoire bien dessinée et une douche réglable procurent plus de confort dans la salle de bain.

Des choix éclairés

Si meubler en entier ses quartiers d'objets ergonomiques peut être coûteux et fastidieux, investir dans quel-ques pièces maîtresses constitue souvent une idée judicieuse. La clé du succès? Se questionner et être à l'écoute de son corps.

«Quand on magasine pour des meubles ou des objets qui sont censés être ergonomiques, il faut d'abord bien identifier ses besoins. Si on passe beaucoup de temps à lire ou à regarder la télévision, il vaut peut-être mieux se procurer une chaise qui répondra à ces besoins plutôt que tout autre produit ergonomique. Si, par contre, on travaille beaucoup à la maison, on devrait plutôt se tourner vers un bureau, une chaise réglable et des accessoires qui permettent d'optimiser l'espace», affirme Ginette Thérien.

Prendre le temps d'essayer l'objet en question est aussi un incontournable. Les spécialistes recommandent de bien réfléchir à l'utilisation qui sera faite du produit et de le tester autant que possible avant l'achat.

«Lorsque les gens veulent se procurer une chaise pour la lecture, par exemple, je leur demande de choisir une journée où ils ont du temps devant eux et je leur dis d'apporter un bon livre. C'est important qu'ils passent une trentaine de minutes à faire de la lecture dans la chaise qu'ils souhaitent acheter. Ce n'est pas parce que le produit est conçu pour être confortable qu'il convient nécessairement à l'acheteur», avance Mme Thérien.

Tout est une question de gabarit et d'utilisation. Lors de l'achat d'un meuble ou d'un objet ergonomiques, l'utilisateur doit s'assurer que le produit est adapté à sa taille et à sa posture, questionner le vendeur sur les grandeurs disponibles et ne pas hésiter à essayer plusieurs modèles.

«Le design est généralement conçu en fonction de moyennes. Selon l'année de conception et la provenance de l'objet, les moyen-nes seront différentes. Elles ne conviennent pas à tous, même si elles sont conçues pour satisfaire le plus grand nombre», explique Mme Leblanc.

Une question de priorités

En matière d'esthétisme, les produits ergonomiques conçus pour l'usage domestique n'ont pas toujours été reconnus pour leur beauté. Depuis les dix dernières années, un certain progrès a été réalisé en la matière. Il est désormais possible de trouver des pièces de mobilier au design recherché, tout comme des objets ergonomiques (couteaux, ouvre-bouteilles, manettes de contrôle, etc.) agréables pour l'oeil. Ceux-ci sont souvent plus coûteux car ils sont l'aboutissement d'une recherche plus poussée.

Il faut donc parfois se contenter d'un produit dont la beauté n'est pas aussi optimale que la fonction.

«Il y a des objets qui ne sont conçus que pour leur beauté, rappelle Mme Leblanc. Ce sont des éléments de décor comme des vases, par exemple. Mais, dans le cas du mobilier, il importe que celui-ci soit conçu pour répondre à sa fonction première. Sa beauté est importante, mais elle ne devrait pas l'être plus que sa fonction. Un bon design marie ces deux aspects. Il ne faut pas l'oublier!»

***

Collaboratrice du Devoir