Elles n'attendent que vous

Dès que les jours allongent, que le froid est moins vif, bref, quand il y a des airs et des odeurs d'un futur printemps dans l'air, le goût de la «bougeotte» se manifeste. Et qui est locataire se dit qu'au lieu de se retrouver une fois de plus chez un «autre», pourquoi ne pas avoir enfin une maison bien à soi? Mais quels pièges alors éviter ?

Si ce n'était qu'une simple question de goût, la majorité d'entre nous seraient propriétaires (90 % des Français ainsi le sont ou souhaitent l'être). Et si vous étiez grec ou grecque, vous le seriez sans doute déjà car, si l'État cafouille dans une situation particulièrement déficitaire, il en va autrement de ses citoyens, dont le taux affiché de propriétaires est de 76 %. Et si vous dites que c'est beaucoup, allez faire un tour en Irlande, où le baromètre monte à 77 %, et soyez estomaqué lors de votre arrêt en Espagne, car là le chiffre déposé atteint 84 %!

Pendant ce temps, au Québec et au Canada, la Société canadienne d'hypothèques et de logement, la SCHL, a tout fait pour transformer notre territoire en un univers fait de propriétaires. La SCHL a ainsi autorisé des achats avec un simple comptant égal à 5 % de la valeur de la future propriété. Et ce n'est pas tout: depuis de nombreuses années, les taux d'emprunt s'avèrent particulièrement bas, une manne presque pour qui se souvient qu'au début des années 1970 on renouvelait ses hypothèques à des taux de carte de crédit, soit de 26 à 29 % !

Malgré cela, rien n'y fait, les Montréalais et Monatréalaises se révèlent être d'éternels locataires: faiblesse du revenu ou atavisme culturel ? Allez savoir.

Premier achat

Pourtant, acheter, voire simplement magasiner, une maison n'a jamais été aussi facile.

Qui souhaite vivre dans du «neuf» n'a qu'à fréquenter gomaison.com, où, après s'être fait demander quel type de résidence il souhaitait (de l'unifamiliale à l'immeuble locatif ou à la maison construite sur mesure), la valeur souhaitée du futur achat (de 149 000 $ ou moins à 500 000 $ ou plus) et quelques autres caractéristiques (écolos ou Novoclimat ?), il passera à l'étape suivante jusqu'à la conclusion, à savoir une proposition par région et par constructeur (le tout avec photos en prime).

Qui, par contre, considère que le parc immobilier existant pourrait le satisfaire n'a que, par Internet toujours, à se rendre à mls.ca et là cliquer sur «résidentiel» puis designer la ville ou la région, choisir la valeur souhaitée, le nombre de pièces et autres caractéristiques, pour se retrouver devant une carte où les points rouges abonderont. Un autre clic et les propositions des courtiers immobiliers s'afficheront avec une pléthore de photos et une fiche complète, et, normalement même, un calculateur indiquera le montant du futur versement, qu'il soit hebdomadaire ou mensuel.

Dans tous les cas de figure, on a l'impression de tout savoir, quoiqu'il faudrait ajouter aussi d'autres données qui vont plus loin que le montant des taxes ou, dans le cas des copropriétés, des frais mensuels.

Prévoir

Ainsi, qui aime bien cette petite unifamiliale à Longueuil devra penser, s'il est un Montréalais rebuté par les prix affichés sur l'île, qu'un détour vers la rive sud, qu'un tel achat ajoute quelques dépenses: combien coûte de plus la carte CAM ? Faudra-t-il une première ou une deuxième voiture, voire une troisième pour l'ado qui a des intentions universitaires (à 5000 $ par année par voiture, sur 25 ans, c'est un montant additionnel de 125 000 $ qu'il faut alors pour chaque bagnole comptabiliser) ? Et ainsi de suite, s'il faut ajouter des frais de rénovation ou de renouvellement ou d'acquisition de l'outillage ménager.

Tous ces calculs étant faits, il restera à trouver un organisme prêteur et surtout à se mettre bien en tête les contraintes que tout nouvel achat impose: la première année étant passée dans une nouvelle demeure, le goût des vacances, comme des sorties, à nouveau se manifeste et on se dit alors que le plaisir est moindre si on est «prisonnier» pour cause de résidence.

Tout cela étant connu, rien n'empêchera toutefois que qui a le goût d'une maison aura tendance à vouloir le satisfaire. Et comme on peut faire cela bien au chaud, chez soi le soir ou le week-end venus, sans avoir à se confronter en direct à un vendeur insistant, alors pourquoi ne pas céder à ce plaisir et se promener dans la toile numérique ? On ne sait jamais...