Saint-Émilion, le patrimoine mondial du vin

Nécropole de couvents, de chapelles, de monuments et aussi du vin, Saint-Émilion revendique haut et fort son statut de patrimoine mondial auprès des plus importantes instances de l'ONU. Cette appellation présente une gamme de vins si complète et si fastidieuse qu'elle mérite à elle seule un éclairage particulier.

La gloire viticole de Saint-Émilion est due surtout à ses vins de côtes, qui tirent leur source des vins produits dans les paroisses groupées en cinq communes appelées les «cinq soeurs». Saint-Émilion doit être considérée comme l'aînée, ou du moins la plus «parfaite des soeurs»: Saint-Émilion et Saint-Martin-de-Mazerat (formant la commune de Saint-Émilion), Saint-Christophe-des-Bardes, Saint-Laurent-des-Combes, Saint-Hippolyte et Saint-Étienne-de-Lisse.

Autour de ces cinq soeurs, il y a les «cousines» plus ou moins éloignées produisant en général de bons vins qui se rapprochent de ceux de Saint-Émilion. Jadis, elles se prévalaient du nom de Saint-Émilion mais depuis les jugements des années 20, elles ont le droit d'ajouter leur propre nom à celui de Saint-Émilion: Lussac, Montagne, Puisseguin, Saint-Georges. Le droit à l'AOC Saint-Émilion n'est réservé qu'aux huit paroisses prescrites, ajoutant à la liste des cinq communes les Saint-Sulpice-de-Faleyrrens, Saint-Pey-d'Armens et Vignoret.

Seul Saint-Émilion remet régulièrement en question son classement de 1855. Les premiers grands crus classés Château Ausone et Cheval-Blanc en tête de liste, suivis par Angélus, Beau-Séjour (Bécot), Beauséjour, Bélair, Canon, Figeac (le plus médocain des Saint-Émilion), Clos Fourtet, La Gaffelière, Magdelaine, Pavie et Trottevieille.

Il s'ensuit une fastidieuse liste d'une soixantaine de grands crus classés qui sont dans la mire du féroce comité responsable d'enlever ou d'apposer la mention «grand cru» aux vins rigoureusement jugés.

Selon l'urbanisation, certaines parties viticoles autour des grandes villes, comme Libourne, se sont vu retirer leur autorisation de production depuis quelques décennies. Ce remaniement a entraîné une étude approfondie sur la qualité des vignobles selon les critères de sol, de sous-sol, d'exposition, etc.

L'étude définissait 17 «terrains différents». D'après eux, les meilleurs crus se trouvaient sur les sols argilo-calcaires, silico-calcaires et argilo-siliceux, ainsi que sur les sols de graves reposant sur des graves alluvionnaires de l'Isle avec couche aliotique. Une autre étude, plus récente, souligne les sols de Pomerol et de Saint-Émilion.

Ce qu'il y a de plus intéressant dans cette dernière, ce sont les sols calcaires astéries (Ausone, Canon, etc.) et les sols très argileux de Pomerol. Curieusement, entre Libourne et les coteaux de Saint-Émilion, se trouvent les croupes légèrement ondulées de Pomerol, en grande partie analogues au Médoc.

Ceux qui possèdent des bouteilles antérieures à 1984 peuvent y lire «Saint-Émilion grand cru classé», «Saint-Émilion premier cru classé».

C'est que, depuis la publication des officiels à cette année, les viticulteurs ne peuvent revendiquer que deux appellations pour les vins produits dans cette même aire: Saint-Émilion et Saint-Émilion grand cru.

Donc, «grand cru classé» et «premier grand cru classé» ne deviennent plus que des mentions réservées aux vins satisfaisant aux conditions de production fixées pour l'appellation «Saint-Émilion grand cru».

Finalement, pour le tournant du siècle dernier, l'Iinstitut national des appellations (INAO) a demandé à tous les vignerons de déposer, définitivement, un maximum de quatre noms (de commerce) afin d'éviter un cafouillage des noms et des appellations. Saint-Émilion sait s'organiser et participer à la sauvegarde de l'une des plus belles régions viticoles de ce monde, en plus de charmer depuis des lustres les palais les plus fins.

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En cette nouvelle année, je souhaite à tous les amateurs de vin de se laisser conquérir à nouveau par de beaux, simples et savoureux plaisirs du vin et de sa table.

Louis Orizet écrivait dans son cahier À travers le cristal: «Le vin naît dans les chansons à l'heure des vendanges; il meurt dans les chansons à la fin des réunions de famille. Sa vie est un chant; chant de la cuve, chant du glouglou des bouteilles, cri de joie du bouchon qui explose, chant de la lumière sur la nappe à travers son pourpre et son or.

«À peine le déjeuner est-il commencé que le génie de la bouteille va, de bouche en bouche, colporter le mot d'ordre: du bonheur. Dès le premier verre, les langues se délient et les amitiés s'ébauchent. Puis, le vin exploite ses avantages, propage ses ondes de bonheur, s'insinue dans les membres, donne du courage aux timides, du verbe aux taciturnes, de l'esprit à tous.

«C'est lui le vrai meneur de jeu.

«S'il est une autre boisson pour posséder ces vertus sans dommages, je suis prêt à lui réserver mes faveurs.

«D'ici là, dussé-je abréger de quelques jours ma vie [ce qui n'a jamais été démontré], je continuerai à confier au vin la mission de me désaltérer, tout en me procurant le plaisir, le joie et l'évasion.»