Le Bô restaurant de Suzanne Liu et Manny Cheng

Nul doute que ce restaurant sera chouchouté par les amateurs de sensations gourmandes et asiatiques.
Photo: Jacques Grenier Nul doute que ce restaurant sera chouchouté par les amateurs de sensations gourmandes et asiatiques.

Dans le titre, il faut pouvoir lire et comprendre beau, bon et Bô, qui signifie «trésors de vie» en cantonais. On pourrait ajouter à cela pas très cher et original. D'entrée de jeu, le décor rouge sang de boeuf laqué style Hong-Kong classique ne laisse aucun doute sur les origines des propriétaires qui n'en sont pas à leurs premières armes en tant que restaurateurs montréalais. Leur autre restaurant, SOY, à deux pas de leur petit nouveau, a déjà fait ses preuves et les maintient.

Un décor très minimaliste, urbain, zen et branché à la fois, laisse place à un bar plus utilisé comme ramasse-papier que comme bar à cocktail. À l'apéro, on propose de très beaux et très originaux cocktails à l'asiatique. À la différence des nombreux restaurants du Chinatown, la carte du Bô est simple, bien disposée, avec des pictogrammes qui précisent le côté épicé de certaines recettes. Le tout est disposé sur de jolies planchettes vernies et s'affiche dans une gamme de prix de 24 à 27 $ pour une table d'hôte incluant le dessert.

Les tables sont sobrement dressées, sans artifice, mais avec l'essentiel. De chaque côté de l'entrée, des poèmes écrits en cantonais illustrent de leurs caractères les murs contrastés et maculés de noir de chine. Mon invitée, tout comme moi, se réjouissait d'un voyage exotique, connaissant le talent inventif du chef Suzanne Liu. Un mélange de recettes asiatiques, diverses et souvent adaptées, attire l'oeil et la curiosité bien avant le palais. Chez Bô, on ose et ose à souhait des expériences sensitives bien dosées en mariant différents pays et ingrédients pour le plaisir des sens.

Mon invitée a opté pour la table d'hôte avec, en entrée, une refonte bénéfique du traditionnel rouleau impérial rebaptisé ici rouleaux croustillants aux légumes variés. Une pâte légère constituée d'oeuf et de farine venait, en forme d'oriflamme, enrober à merveille les légumes et la sauce d'accompagnement. Pour ma part, les petits calmars grillés avec une mayonnaise japonaise agrémentée de sésame noir étaient tout simplement divins avec la touche épicée nécessaire au bonheur du palais. Sur la carte des vins, on propose des vins à la bouteille ou au verre, des bières locales ou importées, mais aussi différents sakés que l'on peut consommer froids, comme nous l'avons fait.

Surprise, surprise, Suzanne Liu propose sur sa carte «notre poulet Général Tao» un plat typiquement nord-américain que nul ne connaît ni en Europe ni en Asie. L'avantage, ici, c'est qu'on consomme du poulet et non de la chapelure à haute dose patinée par un mélange sucré de ketchup aux arômes de soja. Mise à part une cuisson un peu rosée, la légèreté de la pâte et la finesse de la sauce rendaient au plat des honneurs dignes d'un général. La garniture abondante de nouilles frites, d'un riz plus proche d'un riz pilaf que d'un riz vapeur et de bok choï venait compléter cette belle simplicité gustative.

Une chef aguerrie à la vie sucrée montréalaise devrait, avec son expérience, définitivement composer des desserts à saveurs exotiques. Même si, dans la philosophie gastronomique chinoise, ceux-ci sont rares ou le plus souvent absents. On accepte le poulet du général revu et corrigé alors, pourquoi pas les desserts!

Nul doute que ce restaurant sera chouchouté par les amateurs de sensations gourmandes et asiatiques. Chez Bô, les trésors sont dans l'assiette, à vous de les découvrir.

- Prix payé pour deux avec 300 ml de saké froid, taxes et service 82,50 $

- Plus: la créativité et le choix des produits.

- Moins: un service qui se cher-che encore.

Philippe Mollé est conseiller en alimentation.