Vins de plaisir et de puissance

La belle région de Cahors, dans le sud-ouest de la France, est marquée par un personnage fort sympathique mais surtout avant-gardiste et bienfaiteur pour cette appellation au passé pas très convaincant. Alain-Dominique Perrin est au vin de Cahors ce que Brumont est à la viticulture de Madiran, ce que Plageole est à la bataille de la réglementation de Gaillac, ce que Grassa est au désespoir viticole du pays gascon et ce que Lescaret représente comme nouvelle génération de vignerons jeunes et têtus.

Propriétaire du fameux Château Lagrezette, M. Perrin mène de main de maître un domaine de 65 hectares ainsi qu'une société viticole moderne au potentiel énorme. Assistée du talentueux et réputé oenologue Michel Roland, cette entreprise vise à produire des vins d'une précision exemplaire et typique. Elle est moderne dans son style mais en même temps authentique. C'est un défi de tous les jours qui requiert des moyens énormes et la force d'un battant, d'un meneur et d'un perfectionniste. Tous ses vins sont parfaits. Les vins bas de gamme sont simples et bien élevés. Le vin du Château Lagrezette 2000, disponible dans dix jours, est généreux et enveloppant. Son «vin de garage», le Pigeonnier, est une savante bombe de saveurs expressives et miraculeusement gourmandes.

- Castel Montplaisir 2001

France, Cahors, A.-D. Perrin

No 606426, 13,80 $

Beau rouge grenat soutenu aux reflets violacés. Le nez se présente avec beaucoup de cerise et de cassis sur un fond bien réglissé, épicé et terreux. Sa bouche est parfaitement soutenue par un équilibre acide-alcool-tanin largement supérieur aux vins de la même catégorie de prix. Encore un peu rustre au premier abord cette année, il saura rapidement charmer les amateurs de vins corsés. Les cépages auxerrois (cot ou malbec) et merlot font très bon ménage. Un vin indispensable.

Avis à tous les amateurs de vins fins et puissants: le 2000 du Château Lagrezette se retrouve sur toutes les tablettes. Un vin plein, juste assez corpulent, dans une classe à part pour vos activités estivales qui méritent du tonus, pas du mordant.

Savoureux terroir aride du Rhône

Les dépôts impressionnants de roches jurassiques laissés entre les Alpes et le Massif central ont sculpté un des vignobles parmi les plus beaux, les plus prospères mais aussi les plus arides au monde. Couvert de sable parfois brun jaunâtre, gris brun ou rougeâtre et de galets gros comme des cantaloups, les champs et coteaux des Côtes du Rhône forgent des vins largement marqués par le terroir, un terroir qui reflète toute la chaleur des brûlants rayons du sud de la France.

Cette belle signature terroir-soleil se traduit dans des bouteilles particulièrement tatouées par mère Nature. Voici quatre vins de ces vignobles de conditions extrêmes, une complète harmonie homme-terroir.

- Rasteau prestige 2002

Rouge, France, Côte-du-Rhône Villages

No 856484, 21,90 $

Un léger bouquet de fruits rouges (cerise, framboise, cassis), de pierre chaude et d'épices où le poivre noir et le poivre blanc dominent. L'attaque est franche et fraîche. Cette vivacité ne quitte pas le palais et s'adjoint un gras et un volume qui rendent l'ensemble bien capiteux, persistant, avec des notes de brûlé sur la finale. 4-5-6.

- La Galopine Condrieu 2002

No 852384, 59 $

Parfums encore discrets d'acacia, de violette, de sucre d'orge, minéral et abricoté; je l'imagine dans 20 ans! En bouche, la fraîcheur et la rondeur nous transportent vers un équilibre éclatant. Les saveurs dansent à travers les arômes de fruits à chair blanche qui perdurent longuement. D'une grande élégance, ce vin brille d'une jeunesse immaculée. 4-7-8.

- Clos Boucher Condrieu 2000

No 726331, 74 $

Il faut voir dans ce vin un potentiel de vieillissement exceptionnel. Quelques décennies ne feront que du bien à cette bouteille qui renferme un vin extrêmement concentré. C'est déjà un plaisir de profiter de ces parfums de jus de citron frais, d'anis, de peau de pomme, d'amande, et de pêche. En bouche, l'attaque file vite. L'évolution vise une finale chaude, consistante et compacte. Il y a du gras, une structure alcoolique et une vivacité qui peuvent tenir des lustres. L'analogie avec la dégustation d'un grand cognac jeune peut en éclairer certains sur la brillante élaboration de ce vin. 5-8-5.

- Seigneur de Maugiron

Côte-Rôtie 1999

No 739870, 65 $

Puisqu'il n'y a pas une mais deux côtes dans cette appellation de Côte-Rôtie, ce Maugiron est élaboré à 70 % de côte-brune et 30 % de côte-blonde. Les premières odeurs, qui rappellent le poivre frais et la réglisse, embaument les fruits rouges frais où la cerise et la groseille dominent. La franchise s'annonce rapidement et les tanins bien présents savent se tenir et prendre leur place sans trop tomber dans l'astringence. Le volume gagne vite le palais et remplit la bouche très longuement. Capiteux, corpulent et encore bien jeune. 6-7-7.

Attention!

Prenez garde: ne faites pas comme moi, ne vous laissez pas prendre par cette bouteille au label bleu avec le petit pingouin; c'est attirant et cool, selon la publicité. Je ne me souviens pas d'avoir goûté quelque chose d'aussi mauvais. Un nez d'alcool de cerise, de faux bois et de sucre brûlé. Sirupeux comme un mauvais café trop sucré et une finale décousue d'une concoction semi-carbonique, de quelques mauvais merlots qui devaient se perdre dans cette cuve à laver les peaux.

The Little Penguin, merlot, Australie, 13,95 $: le chardonnay est passable.