Si toutes les pâtes du monde...

Le décor est un mélange actualisé de hangar désaffecté repeint et de cafétéria de luxe pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes certains jours.
Photo: Jacques Grenier Le décor est un mélange actualisé de hangar désaffecté repeint et de cafétéria de luxe pouvant accueillir jusqu’à 200 personnes certains jours.

Difficile de savoir si Pie XII, lors de son pontificat, consommait la traditionnelle pasta en premier plat. Avec Joséphine Lehnert, soeur cuisinière d'origine alsacienne, on peut imaginer que les cuisines du Vatican embaumaient autant le chou confit que la pâte fraîche d'Alsace cuisinée au pesto. Devenue conseillère particulière du pape, on lui donna le sobriquet de popessa, aussi populaire au Vatican que le nom de Pascalina, donné par la congrégation de Sainte-Croix quand Joséphine entra dans les ordres.

Michel Bourdages, propriétaire du restaurant La Popessa, est quant à lui convaincu que la pâte est aussi italienne qu'asiatique, et il le démontre dans ses deux restaurants. Avec une formule qui se détache du fast-food bien qu'elle n'en soit pas très loin, il rend à la cuisine des rues l'identité d'un restaurant.

Même si on veut vous convaincre du contraire, vous pouvez facilement attendre 30 minutes avant d'être servi. Normal, me direz-vous: la cuisine est faite devant vous ou, plutôt, réchauffée à la minute. Chacun attend patiemment son tour en ligne, comme à la cantine ou au libre-service. Une vingtaine de variétés de pâtes précuites qu'accompagnent 38 sortes de sauces sont offertes sur un grand tableau. On passe ainsi, à tous les prix, de la plus simple, avec une sauce napolitaine à 4,95 $, à la plus chère, soit 11,95 $ pour un plat de pâtes Strogonoff.

Bien que situé dans l'édifice qui englobe le Palais des congrès, nulle prétention ici de vous en mettre plein la vue ou plein l'assiette, bien que les portions soient copieuses. Le décor est un mélange actualisé de hangar désaffecté repeint et de cafétéria de luxe pouvant accueillir jusqu'à 200 personnes certains jours.

À la manière d'un libre-service pour étudiants, plateaux, ustensiles, pain encore congelé au centre et service à la caisse blasé et sans sourire vous permettent, après 28 minutes, d'accéder à une table plus ou moins nettoyée. «Arrête de faire le difficile», m'a soufflé Louis, qui m'accompagnait pour le lunch ce jour-là. Louis a opté pour les linguinis aux palourdes (7,95 $) tandis que j'ai voulu découvrir ce que le prince Strogonoff avait à nous apprendre d'un plat qui m'apparaissait fort intéressant à la lecture du menu.

Louis a reçu son assiette avant moi et a commencé la dégustation de ce plat qu'il a poliment qualifié de «correct». Sans être trop cuites, les pâtes n'avaient rien du al dente auquel les Italiens nous ont habitués en matière de pasta quotidienne. Forte en oignons, une sauce à la crème enrobait largement la finesse des palourdes. Pas question d'ajouter du fromage si vous avez oublié de le faire au comptoir. Point de paprika dans ma recette de pâtes Strogonoff mais des champignons et, là encore, trop d'oignons pour accompagner les languettes de boeuf qui nageaient dans la sauce à la crème et au vin blanc. Rien pour s'extasier devant un tel plat, servi tiède et avec un manque évident d'assaisonnement.

Bières et alcools s'affichent allégrement, sans service, aux prix du marché. Une demi-bouteille de chianti (16 $) a joué le rôle du pousse-café que nous n'avons pas pu prendre car le temps passé à attendre en file nous a privés de ce petit plaisir.

Dans tel cas, difficile de porter un jugement. Chose certaine, on ne retient pas l'endroit comme destination gastronomique. On mange pour manger et, cette fois-ci, la notion de plaisir a été quelque peu occultée. Pour le spectacle, cependant, nous accordons la note de 9 sur 10: en effet, Judith, la charmante cuisinière, use de ses flammes pour illuminer les plats qu'elle concocte devant vous.

Je n'ai pas retrouvé ici les pâtes qu'on prépare à Milan ou dans les rues en Asie. Reste à savoir ce que la vraie popessa en aurait pensé. Le concept est séduisant mais manque encore de maturité. Si la nourriture était servie chaude et avec moins d'oignons, si, en prime, on nous offrait un sourire en passant à la caisse, cela serait déjà beaucoup.

- Plus: le concept fort intéressant et des prix abordables.

- Moins: le manque de chaleur des plats et l'attente.

Prix payé pour deux avec taxes, sans service et avec une demi-bouteille de chianti: 41,29 $.

La Popessa

115, rue Saint-Antoine Ouest

Montréal, (514) 868-6699