Quatre femmes et un resto

Le Spaghettata est un mélange entre le bistro, la trattoria et le resto italien. Le décor, presque inchangé, reste sympathique et accueille toujours les habitués qui s’évertuent à penser qu’ail et spaghettis riment avec Italie.
Photo: Jacques Grenier Le Spaghettata est un mélange entre le bistro, la trattoria et le resto italien. Le décor, presque inchangé, reste sympathique et accueille toujours les habitués qui s’évertuent à penser qu’ail et spaghettis riment avec Italie.

Avec son nom à consonance italienne, le Spaghettata, sur la rue Laurier Ouest, à Montréal, a longtemps prôné le culte des huîtres, dont les coquilles vides égarées dans l'entrée trônaient comme des trophées. Depuis quelques semaines, trois femmes, telles trois mousquetaires, ont repris la destinée de l'accueil et du service au Spaghettata. Reste la quatrième, que je nommerai D'Artagnan, qui officie aux fourneaux. Le décor, presque inchangé, reste sympathique et accueille toujours les habitués qui s'évertuent à penser qu'ail et spaghettis riment avec Italie. De grandes baies vitrées inondent de lumière les deux salles du restaurant.

Le Spaghettata est un mélange entre le bistro, la trattoria et le resto italien. Les tables simplement dressées n'ont nullement l'apparence de celles d'un grand restaurant. Pareillement pour le menu, présenté sur une ardoise ou sur une carte plastifiée.

Dans un restaurant, les tables d'hôte sont un bon test et reflètent indéniablement la qualité de la cuisine. Autant que le pain et le café à la toute fin, la table d'hôte permet aussi au novice d'imaginer une carte plus étoffée et, surtout, la justesse des cuissons et le goût des mets.

Bernard est venu me rejoindre vers midi et m'a d'emblée recommandé un verre de Soave pour ouvrir le repas. Nous avons ensuite vu arriver une salade de moules tachée de couleurs, parsemée de feuilles de roquette et accompagnée d'une légère vinaigrette. Parfaite entrée pour aiguiser l'appétit. Joliment présentée, la salade s'accommodait fort bien des moules, parfaitement cuites et servies froides avec le mélange d'herbes et la douceur caramélisée du vinaigre balsamique. Bernard a ensuite opté pour la crème de champignons. Servie en assiette creuse, la crème de champignons, fortement prononcée, aurait mérité plus de douceur et d'équilibre au chapitre des assaisonnements.

Coûtant de 16 à 18 $, la table d'hôte offre le choix d'entrées ou de potage avec, pour la suite, un éventail suffisant entre pâtes du jour et plats de viande, de poisson ou de volaille. Une tradition liée à mon enfance m'oblige encore à manger du poisson le vendredi. Ce n'est plus une pénitence mais un choix qui devient beaucoup plus fréquent que le seul vendredi. La raie était à la table du jour et s'est présentée endimanchée de sa couleur noisette et de sa garniture. Bien cuite mais légèrement ammoniaquée, elle s'est néanmoins laissée déguster sans se faire imposer un retour en cuisine.

La pintade est de plus en plus populaire dans les restaurants et remplace sans regret le poulet, devenu banal. Plus goûteuse et dotée d'une chair plus fine, elle peut, comme ici, être braisée et servie avec de petits légumes ou des légumineuses. La chair tendre et juteuse se détachait fort bien.

La chef semble très à l'aise avec les desserts, et elle le prouve. Un magnifique panna cotta et un tout aussi merveilleux tiramisu sont venus me réconcilier avec ce dessert. Souvent galvaudé, au même titre que la crème brûlée, on retrouve le tiramisu partout, mais presque jamais de cette qualité. Les desserts sont tout aussi importants que le plat principal et peuvent facilement vous réconcilier avec la vie et compenser un repas ordinaire!

Après une reprise, il faut donner la chance à l'établissement de refaire sa marque de commerce et d'y apposer sa signature. Danielle Matte, la gérante du restaurant, est une batailleuse, perfectionniste de surcroît. Le service un peu coincé gagnerait cependant en légèreté et en sourires. Après les corrections d'usage, nul doute que ce bistro-resto puisse devenir un tout nouveau «au bonheur des dames» puisqu'elles sont quatre à nous faire la vie belle.

Prix payé pour deux avec trois verres de vin, cafés allongés, deux desserts et tables d'hôte respectivement, taxes comprises mais avant service: 88,28 $.

- Plus: le renouveau et la présence de femmes dans un monde d'hommes, sans oublier les desserts.

- Moins: un restaurant qui se cherche une identité et un service peu souriant.

Le Spaghettata

399, rue Laurier Ouest

Montréal, (514) 273-9509