Tendances alimentaires : inflation, millet et ingéniosité pour 2023

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a décrété que 2023 était l’Année internationale du millet.
Photo: Getty Images L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a décrété que 2023 était l’Année internationale du millet.

Si le mot « inflation » remplace peu à peu le mot « pandémie » dans nos habitudes culinaires, l’environnement inspire aussi beaucoup les faits, gestes et recettes. La nouvelle année qui s’amorce consolidera des changements entamés ces derniers temps tout en continuant de nous divertir par la panse.

Tensions mondiales, changements climatiques, approvisionnement difficile, inflation : le tableau n’est pas aussi reluisant qu’une meringue suisse. Et ces éléments continuent d’influencer le contenu de notre assiette. Des experts de la société mondiale d’études de marché Mintel estiment que la population devra faire preuve d’ingéniosité et de polyvalence cette année afin de s’alimenter sans dépasser son budget. Dans une récente publication sur le site Web de la société, la directrice du département pour l’alimentation et les boissons, Jennifer Zegler, observe aussi que « les rayons UV plus puissants [en lien avec les changements climatiques] créeront une demande d’aliments et de boissons bénéfiques pour la peau, tandis que les produits de longue conservation et en gros format se révéleront salvateurs pour les marques qui font toujours face à des problèmes d’approvisionnement ». Elle souligne qu’une certaine fatigue chez les consommateurs teinte leurs choix, et avise les entreprises alimentaires d’opter pour une stratégie de communication claire et simple.

Réduire le gaspillage, encore

C’est sur toutes les tribunes, et pour cause : 63 % de la nourriture que les Canadiens ont jetée en 2022 aurait pu être consommée. Cette statistique du Conseil national zéro déchet sur les ordures ménagères au Canada est plus pertinente que jamais lorsqu’on sait que le coût du panier d’épicerie augmentera de 5 à 7 % — soit environ 1000 dollars par famille — cette année. Selon Annie Ferland, nutritionniste et fondatrice du site Science et fourchette, le principal défi demeure l’organisation. « Si on veut réduire notre gaspillage alimentaire, il faut bien planifier ses repas, acheter en suivant une liste d’épicerie, mieux conserver les aliments et congeler les surplus. Il y a une phase d’apprentissage pour en arriver là. C’est donc normal que ça prenne un peu de temps au début avant de réussir à moins gaspiller. » Son conseil : se laisser guider par sa créativité et cuisiner, par exemple, une soupe, un sauté, un riz frit ou encore des salades en utilisant ce qui se trouve déjà dans le réfrigérateur.

L’aliment en vedette

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a décrété que 2023 était l’Année internationale du millet ; plante cultivée en Afrique et dans certaines régions d’Asie — dont l’Inde, qui en a fait la proposition — pour ses graines comestibles que l’on cuisine comme une céréale. Ses propriétés nutritionnelles, son faible coût de production et sa résistance à la sécheresse en font un aliment de choix pour rendre l’agriculture durable, notamment dans les pays en développement qui s’adaptent aux changements climatiques. Lors de l’annonce, le directeur général de la FAO, M. Qu Dongyu, a déclaré que la culture ancestrale du millet « peut jouer un rôle de taille et contribuer à nos efforts collectifs en faveur de l’autonomisation des petits exploitants, du développement durable, de l’élimination de la faim, de la promotion de la biodiversité et de la transformation des systèmes agroalimentaires. » Accroître la production de millet serait aussi un moyen d’offrir des emplois appropriés aux jeunes et aux femmes.

Le nouvel ingrédient

La consommation de végétaux, notamment les légumineuses, restera bien présente en 2023, que ce soit pour des raisons de santé, financières ou environnementales. Dans le lot des possibles, un légume vient faire la fête : l’igname pourpre, une racine tuberculeuse des Philippines, appelée ube en anglais. Déjà présente aux États-Unis depuis quelques années, on la trouvait, au Canada, uniquement dans les épiceries asiatiques. À en croire les échos, elle devrait apparaître sur de plus en plus d’étalages. « L’un des principaux atouts nutritionnels de l’igname pourpre est sa forte teneur en vitamine C, un antioxydant qui aide à renforcer l’immunité et favorise l’absorption du fer présent dans les végétaux, ce qui est intéressant entre autres pour les végétariens et végétaliens », explique le docteur en nutrition et créateur de recettes Hubert Cormier. Sa couleur violet profond et ses notes rappelant la noix de coco font de cette cousine de la patate douce la coqueluche des desserts, note M. Cormier. Par exemple, l’igname râpée peut être cuite et transformée en confiture ou en gelée. Autrement, elle est aussi vendue sous la forme d’une poudre fine de couleur violette pour conférer une teinte pourpre spectaculaire aux gâteaux, crèmes glacées, beignes, crêpes et à de nombreuses autres pâtisseries. 

La bonne habitude à prendre

Annuler une réservation au restaurant si on ne peut l’honorer semble une évidence, et pourtant ! L’histoire du Verre Pickl’ qui s’est fait poser un lapin par un groupe de 14 personnes en pleine période des Fêtes a fait couler beaucoup d’encre.

Dès lors, l’Association restauration Québec (ARQ) a décrié cette pratique trop fréquente — surtout depuis l’instauration des réservations en ligne — et a demandé au gouvernement une loi permettant l’imposition d’une pénalité à ceux qui ont réservé une table et ne se présentent pas.

Toujours sur le feu, le dossier sera discuté au courant du mois de janvier entre l’ARQ et l’Office de la protection du consommateur. Pour Martin Vézina, vice-président des affaires publiques de l’ARQ, « l’objectif est de changer le comportement des consommateurs et de les responsabiliser ». Il croit qu’à force de payer des frais de 20 dollars, par exemple, un client va penser à rappeler afin de libérer sa table pour d’autres clients. « Notre but, à moyen terme, c’est de ne plus avoir à imposer de pénalités parce que les gens auront compris. »

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