En agriculture, la neige comme alliée contre le froid

Virginie Landry
Collaboration spéciale, cariboumag.com
Les viticulteurs québécois doivent préparer leurs vignes afin qu’elles ne subissent pas de dommages pendant l’hiver.
Photo: iStock Les viticulteurs québécois doivent préparer leurs vignes afin qu’elles ne subissent pas de dommages pendant l’hiver.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Les grands froids de l’hiver peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur de nombreuses cultures au Québec : racines gelées, tiges cassées, plants complètement détruits. Une bonne préparation au champ est nécessaire… ainsi qu’une grande bordée de neige.

Simon Naud, du Vignoble de la Bauge, en Estrie, sourit lorsqu’il voit les premiers flocons tomber. La neige vient compléter ses préparatifs hivernaux terminés à la hâte à la mi-novembre. En effet, très rapidement après les vendanges, les viticulteurs québécois doivent préparer leurs vignes afin qu’elles ne subissent pas de dommages pendant l’hiver.

« On doit se dépêcher pour installer des toiles sur nos viniferas », explique M. Naud, qui craint surtout les grands froids sans bordée de neige. « On ne veut pas avoir un sol nu lors des premiers grands gels, qui peuvent survenir tôt à l’automne. La terre deviendrait dure et difficile à travailler par la suite », ajoute-t-il.

Les cépages européens habitués à un climat plus chaud que le nôtre, comme le pinot gris, le riesling ou le chardonnay, ont besoin de plus de soins et de protection que les cépages rustiques hybrides, comme le st-pépin, le sabrevois ou le frontenac qui, eux, passent l’hiver à l’air libre sans problème.

« Les racines sont gardées au chaud dans le sol, sous la neige. Les parties fructifères sont à environ cinq pieds de haut. Il ne tombe jamais assez de neige pour craindre qu’elle les atteigne. »

Même qu’en fait, il ne tombe jamais assez de neige, point final.

L’exemple du bleuet sauvage

Maxime Paré, agronome et enseignant à l’Université du Québec à Chicoutimi, se spécialise dans les cultures nordiques, dont le bleuet sauvage. « Et pour ce petit fruit, la neige est un allié de taille », admet-il d’emblée. D’ailleurs, il estime que, pour assurer la pérennité de la culture, il faut trouver une façon de mettre plus de neige dans les champs.

Il explique : « Pour protéger un plant de bleuets de 15 centimètres de haut du froid hivernal, ça prend un bon 45 centimètres de neige, soit 30 centimètres par-dessus le plant, afin de prémunir les bourgeons floraux contre les froids hivernaux. » Cette accumulation maintiendra la température du sol à environ 1 ou 0 degré, permettant ainsi aux micro-organismes de fonctionner. Sinon, le froid brûle les racines et les tiges puisque sans neige la température du sol atteint environ -15 degrés Celsius.

Dans un contexte de changements climatiques où la quantité de neige qui tombe au sol varie d’année en année, comment les agriculteurs peuvent-ils maximiser leurs chances de bien recouvrir leurs cultures ? « Il n’y a pas 1001 façons », admet franchement Maxime Paré. Selon lui, il suffit de miser sur les haies brise-vent. Ces rangées d’arbres ou d’arbustes plantés en bordure des cultures permettent de réduire la vitesse du vent au sol et, ainsi, de favoriser l’accumulation de neige.

Il émet tout de même une mise en garde : « Il ne faut pas bloquer le vent parce que cela pourrait créer un tourbillon et déloger la neige, ce qui n’est pas mieux. » Il faut donc s’assurer de « choisir les bonnes espèces d’arbres ou d’arbustes, de les planter perpendiculairement aux vents dominants et de les tailler régulièrement afin de maintenir une porosité de 50 à 60 % ».

S’il n’entrevoit pas de sitôt des hivers québécois sans neige, Maxime Paré avertit qu’il faut quand même se préparer à affronter des redoux au printemps — de plus en plus tôt et de plus en plus chauds.

« Mais encore une fois, poursuit-il, si l’accumulation de neige a été assez importante pendant l’hiver, même s’il fait doux pendant une semaine, il devrait rester encore assez de neige pour protéger les plants jusqu’à ce que les gels printaniers soient passés. »

Puis, lorsque la neige va fondre pour de bon, elle gorgera le sol d’eau, ce qui aidera à traverser les périodes plus sèches à venir.

C’est donc avec soulagement que l’agronome et le vigneron attendent les prochaines tempêtes.

Le vin de glace, heureux au froid

Si la plupart des vignerons craignent que le froid n’endommage leurs vignes, d’autres, qui produisent le fameux vin de glace du Québec, l’attendent avec impatience. Selon le cahier des charges de l’indication géographique protégée, il faut que ce vin « soit fait exclusivement à partir de raisins ayant gelé naturellement sur la vigne, récoltés et pressés gelés de préférence à une température extérieure égale ou inférieure à -8 °C ». Le vigneron doit toutefois surveiller de près le mercure : des températures inférieures à -35 °C peuvent provoquer des gels mortels « susceptibles de compromettre la pérennité de la production ».

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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