Faire honneur à sa communauté par la cuisine

Catherine Lefebvre
Collaboration spéciale
La cheffe Tawnya Brant, du territoire Six Nations of the Grand River,dans le sud-ouest de l’Ontario
Photo: Catherine Lefebvre La cheffe Tawnya Brant, du territoire Six Nations of the Grand River,dans le sud-ouest de l’Ontario

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Aller à la rencontre d’une culture culinaire est une porte d’entrée pour découvrir une culture entière, et une façon de faire voyager les papilles. Dans le sud-ouest de l’Ontario, à Six Nations of the Grand River, la cheffe kanyen’kehà:ka (mohawk) Tawnya Brant met en avant ses traditions pour aider sa communauté à retrouver son palais. Rencontre.

Sur la route vers Six Nations of the Grand River, Tawnya Brant nous envoie un texto : « l’adresse n’est pas indiquée, mais c’est la maison avec une drôle d’allure à gauche. » Sa façade comprend de grandes fenêtres légèrement obliques, de manière à capter les rayons du soleil au maximum et à créer un effet de serre dans la véranda. Au-dessus du mur vitré, des panneaux solaires en profitent tout autant pour fournir l’électricité de l’habitation. Il s’agit en fait du Mohawk Seedkeepers Gardens de Terrylynn Brant, la mère de Tawnya, l’endroit où elle fait pousser et préserve les semences ancestrales que la communauté cultive depuis des lunes.

Sur le bord des fenêtres, les plants de tomates sont en pleine forme, même en automne, au moment de notre visite. Dans la grande pièce, des bouquets d’épis de maïs séchés sont suspendus sur les poutres au plafond. Un lit de tomates fraîches occupe la table du fond et des bocaux avec toutes sortes de haricots séchés remplissent l’étagère.

De l’autre côté de la pièce, une cuisine sert à tester et à apprêter ces précieux ingrédients. « J’ai commencé à travailler en cuisine à l’âge de 12 ans, raconte Tawnya Brant, qu’on a pu connaître dans la saison 10 de l’émission Top Chef Canada. Tous les emplois que j’ai eus me ramenaient à la cuisine. Ce n’est que vingt ans après mes débuts dans le métier que j’ai réalisé que ce que je cuisinais à la maison intéressait les gens. »

Au même moment, sa mère prend sa retraite et conçoit le Mohawk Seedkeepers Gardens. « On pouvait enfin travailler ensemble et contribuer à la souveraineté alimentaire, ajoute-t-elle. En gros, on fait ce qu’on a toujours fait, cultiver les ingrédients que l’on cuisine, mais à plus grande échelle. Comme ça, on réussit à éduquer, à aider et à nourrir plus de gens. »

Cultiver la biodiversité

La mère de Tawnya, Terrylynn, s’assoit à la grande table pour nous montrer ses haricots. « Vous ne trouverez jamais ça à l’épicerie, s’exclame-t-elle fièrement. Mais avant de vous parler des variétés que nous cultivons, il est important de savoir qui nous sommes, le peuple onkwehonwe, le peuple d’origine, et non une Première Nation du Canada. Chaque communauté autochtone sur le territoire a sa propre identité. »

Sa mission en tant que gardienne de semences est justement de s’assurer que ses cultivars puissent être conservés et transmis aux générations futures de sa communauté. Parce qu’au-delà des traditions culturelles comme la danse et la musique, l’agriculture fait partie intégrante des gestes concrets permettant de maintenir les savoirs bien vivants.

En plus de faire pousser des plantes, elle pratique aussi la cueillette. « Environ 80 % de la nourriture que l’on consomme vient des buissons, précise Terrylynn. Donc, la majeure partie de mon travail est de veiller à ce que la nature se porte bien. »

À l’autre bout de la chaîne alimentaire, elle croit fermement au talent des chefs partout dans le monde pour changer les pratiques culinaires et protéger la biodiversité. « Ils ont un don que je n’ai pas, affirme-t-elle. Ils ont donc l’occasion d’illustrer ce que pourrait être la cuisine durable, en commençant par cuisiner plus souvent les haricots. »

Cuisiner l’espoir

Par l’entremise de son restaurant Yawékon, accessible à tous et situé dans le centre commercial de Six Nations, Tawnya Brant a comme objectif de nourrir sa communauté avant tout. « Ma communauté n’est pas à la recherche d’une expérience culinaire, explique-t-elle. J’ai donc adapté mes recettes pour faire le pont entre les cuisines moderne et traditionnelle. On inclut du gibier, du riz sauvage, du maïs et des verdures locales à des recettes connues de tous, comme un pâté chinois au bison ou une chaudrée de saumon et riz sauvage, pour qu’ils se familiarisent avec ces saveurs. » C’est sa façon d’aider sa communauté, particulièrement les enfants, à retrouver son palais.

Sur place, nous pouvons également mettre la main sur du riz sauvage Black Duck récolté à la main par la communauté anichinabée de Curve Lake, située entre Kingston et Toronto, au nord de Peterborough. La culture et la cueillette traditionnelles du riz sauvage sont, pour cette Première Nation, l’une des nombreuses façons de protéger et de conserver ses savoir-faire, et à son tour, de contribuer à la souveraineté alimentaire.

Adresses


Quelques adresses pour découvrir la culture culinaire autochtone :
Sagamité : deux adresses à Québec : une sur la rue Saint-Louis et une à Wendake. sagamite.com

• Chez Norma – Miqmak Catering Indigenous Kitchen : sur le boulevard Gouin, à Montréal. bitly.ws/yPMA

• Kahnawake Brewing Company : la première microbrasserie au pays appartenant à des Autochtones et située sur un territoire autochtone, à Kahnawake. bitly.ws/yPMU

Notre journaliste était l’invitée de Destination Ontario.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.



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