Faites place à l’« aperitivo »!

Eliane Bourque
Collaboration spéciale, cariboumag.com
L’aperitivo, qui se vit de 17 h à 21 h, vise la qualité plutôt que la quantité.
Photo: iStock L’aperitivo, qui se vit de 17 h à 21 h, vise la qualité plutôt que la quantité.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Si vous souhaitez prendre part à l’aperitivo comme il se doit, oubliez votre horaire chargé de fin de journée. Ce rituel incontournable de la dolce vita italienne, qui gagne en popularité au Québec, demande du temps. Mais qu’est-ce que « l’art de l’aperitivo » ? D’où vient-il ? Et comment l’adapter à la québécoise ?

Si vous croyez que l’aperitivo n’est qu’une simple traduction italienne du 5 à 7, détrompez-vous ! Ces deux-là sont bel et bien distincts, et la principale différence réside dans un désir épicurien. Les 5 à 7, tout droit venus des États-Unis et inspirés du happy hour, encouragent la quantité avec des offres de type deux pour un. De son côté, l’aperitivo, qui se vit de 17 h à 21 h, vise la qualité plutôt que la quantité. Loin de vouloir remplacer le repas du soir, on cherche plutôt à s’ouvrir l’appétit pour en profiter plus amplement le moment venu.

 

La petite histoire de l’« aperitivo »

Retracer les débuts de cet art de vivre n’est pas une mince tâche, mais on s’entend sur l’origine romaine de son ancêtre, le gustatio, datant de l’Antiquité. Seuls les Romains les plus fortunés pouvaient profiter du gustatio. Ce moment précédant le souper était réservé à la dégustation de hors-d’oeuvre et à la consommation de vin de miel.

L’aperitivo comme on le connaît aujourd’hui, c’est-à-dire accessible à tous, proviendrait plutôt de Turin, en Italie. Ce serait la culture des cafés du XIXe siècle qui lui aurait donné naissance. Accueillant leur clientèle en après-midi et en soirée, les cafés auraient commencé à servir de la nourriture puisqu’il était mal vu de boire de l’alcool sans manger.

Les historiens n’arrivent peut-être pas à s’entendre sur une date précise pour ce qui est de sa démocratisation, mais plusieurs semblent penser que la création du vermouth n’y est pas étrangère. Chose certaine, les Italiens, encore aujourd’hui, profitent de l’aperitivo quotidiennement.

Façon de manger, façon de penser

 

Pour Mario D’Amico, fondateur des Spiritueux Iberville, dont les produits comme l’Amermelade sont inspirés des classiques italiens, il n’y a rien d’étonnant à la popularité grandissante de l’aperitivo dans la belle province.

« Ici, on avait déjà le 5 à 7, le jeudredi, l’apéro. C’est une culture qui fait partie du Québec ! Depuis les dix dernières années, le nombre de touristes québécois en terre italienne a augmenté et on en sent les répercussions dans nos tendances à table », explique-t-il.

Pour l’Italo-Québécois, l’art de l’aperitivo réside dans l’esprit qui accompagne le moment.

« Aucun aperitivo n’est pareil d’une famille à l’autre, d’une région à l’autre. Pour réussir ce rituel, il suffit d’y aller avec ce que tu as sous la main. L’idée est surtout de prendre le temps de partager un bon moment, souligne-t-il. Prendre l’aperitivo implique que l’on mangera 30 minutes plus tard que d’habitude, mais qui s’en soucie ? On souhaite boire quelque chose de délicieux, de légèrement amer pour ouvrir l’appétit, et on accompagne le tout de choses à grignoter. »

L’animatrice Josée di Stasio, qui a des racines italiennes et qui ne cache pas son amour pour la cuisine de l’Italie, abonde d’ailleurs dans le même sens : l’aperitivo s’adapte à la personne qui le prépare. « Il suffit de jouir de la vie, de profiter du moment ! Ça fait partie de la philosophie italienne de dire “on se dépose et on célèbre le bonheur”. C’est un temps magique qui marque la fin de la journée de travail. »

Tous les chemins mènent à l’« aperitivo »…

Bien que l’aperitivo varie d’une ville à l’autre, certains classiques permettent tout de même d’honorer les origines italiennes de ce rituel culinaire.

« Les Italiens mangent toujours lorsqu’ils boivent, c’est donc normal que l’aperitivo soit servi avec une assiette d’olives, de croustilles ou de taralli [des petits biscuits salés en forme de bagel], explique Josée di Stasio. Certains lieux, plus élégants, offrent des bouchées maison comme des crostinis, ou encore des petits canapés appelés cicchetti. Dans les verres, on retrouve souvent un prosecco, un spritz [un cocktail à base de prosecco, d’amer et d’eau gazéifiée], une bière, ou un cocktail amer comme le negroni ou toute autre recette à base de vermouth. »

Il y a même des options pour ceux et celles qui ne souhaitent pas boire d’alcool. Par exemple le Crodino, une boisson apéritive et amère sans alcool. C’est également une option agréable pour partager ce moment avec les enfants !

… à la québécoise

Pour adapter l’art de l’aperitivo aux produits frais du Québec et à nos saveurs locales, il suffit d’un peu d’imagination. Pour Mario D’Amico, il est important de rendre ce rituel le plus accessible possible en célébrant simplement les saveurs de chez nous.

« L’idée n’est pas de passer sa soirée dans la cuisine, mais plutôt au salon avec ses amis. Un plateau de fromages et de charcuteries, des vins nature, et le tour est joué, assure-t-il. Pour mettre en valeur des produits québécois, outre les vins d’ici, on peut servir des cidres fermiers, une bière légère ou un vin pétillant local. »

Même son de cloche du côté de Rose Simard, autrice du livre L’apéro au Québec (KO Éditions) et fondatrice de 1 ou 2 cocktails, un site axé sur l’apéro et les cocktails.

« Aperitivo veut dire “ouvrir l’appétit”. L’idée est donc d’offrir à ses invités des cocktails moins forts en alcool, à base de liqueur ou de vermouth. En commençant par quelque chose de trop fort, il devient difficile de poursuivre la soirée. J’opte donc souvent pour un vermouth-soda, dans un verre rempli de glace. J’accompagne le tout d’un plateau de fromages, d’huîtres, ou de pop-corn maison. »

Pour Rose, les quantités servies aux convives sont aussi importantes que le choix des mets si l’on veut respecter l’art de l’aperitivo. « Personne ne souhaite donner à ses invités l’impression de les affamer, mais il ne faut pas non plus hésiter à préparer de petites quantités. Il faut se rappeler que le tout sera suivi du souper, et qu’on ne veut pas couper l’appétit ! »

Vous voilà prêt à profiter de cette délicieuse tradition, à condition d’y initier votre entourage, puisque la règle ultime de l’aperitivo est… de partager !

Pour un « aperitivo » local

Quoi servir à boire ?

Mario D’Amico, fondateur des Spiritueux d’Iberville, propose sa recette personnelle de spritz, préparé avec de l’alcool québécois :

• Sélectionnez un verre à vin surdimensionné

• Remplissez-le de glace

• Ajoutez 2 oz (60 ml) d’Amermelade ou de tout autre apéritif faiblement alcoolisé et amer

• Ajoutez 4 oz (120 ml) de cidre sec fermier

• Ajoutez de l’eau pétillante au goût.

Vous pouvez également vous tourner vers les vermouths québécois, servis sur glace, ou vers les vins rouges ou les blancs pétillants.


Quoi servir à manger ?

Un cheddar québécois servi avec quelques tranches de pain ou des craquelins, des charcuteries québécoises, par exemple du saucisson, mais aussi de la mortadelle, du jambon cuit et de la lonza sont parfaits. Les pâtés ne sont jamais à négliger ! L’idée est de consommer des produits locaux, sans se casser la tête.


Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 



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