Le Nutritionniste urbain publie une ode à la biodiversité alimentaire

Catherine Lefebvre
Collaboration spéciale
La biodiversité alimentaire, dans les champs et dans l’assiette, se réduit à peau de chagrin, selon Bernard Lavallée.
Photo: Katya Konioukhova La biodiversité alimentaire, dans les champs et dans l’assiette, se réduit à peau de chagrin, selon Bernard Lavallée.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Bernard Lavallée, plus connu comme Le Nutritionniste urbain, publie son troisième ouvrage, À la défense de la biodiversité alimentaire. Sur la trace des aliments disparus. Une belle leçon, mais aussi un signal d’alarme pour préserver ce qu’il reste du patrimoine agricole aux quatre coins de la planète.

Neuf plantes et cinq animaux

S’il y a un conseil que les nutritionnistes prodiguent depuis toujours, c’est bien de manger une diversité d’aliments. Pourtant, la biodiversité alimentaire, dans les champs et dans l’assiette, se réduit à peau de chagrin, selon Bernard Lavallée. « D’un côté, au supermarché, on a l’impression d’avoir accès à une grande diversité d’aliments, souligne-t-il. C’est vrai dans les pays riches, lorsqu’on est privilégié. D’un point de vue mondial, la diversité de notre alimentation est plutôt en diminution. »

À cette échelle, les experts estiment que neuf plantes représentent les deux tiers de toute la production alimentaire mondiale. Parmi celles-ci, il y a entre autres le maïs, le riz, le blé et la canne à sucre. « Ces neuf plantes et seulement cinq animaux, comme le poulet, le porc et le boeuf, représentent la très grande majorité de notre alimentation », avance-t-il.

Une extinctionproduite par l’homme

Dans son ouvrage, une fois de plus illustré par le talentueux Simon L’Archevêque, l’auteur et nutritionniste présente cinq grands moments de l’histoire de notre alimentation, des chasseurs-cueilleurs à la révolution verte, en passant par l’implantation de l’agriculture. Il explique comment ceux-ci ont affecté l’éventail d’aliments dans notre assiette. « J’y présente aussi l’histoire d’aliments disparus, de plantes ou d’animaux qui ont un jour nourri nos ancêtres, mais auxquels on ne pourra jamais plus goûter », ajoute-t-il.

S’il est normal dans l’histoire de la terre que la biodiversité s’accroisse et s’atténue, sa dégradation actuelle est particulièrement problématique à son avis. « Comme humains, la majorité de notre histoire s’est passée sans grands changements. En ce moment, plusieurs espèces sont en voie de disparition et le taux d’extinction est plus élevé que ceux observés précédemment », alerte-t-il. Et contrairement aux extinctions de masse passées, la perte de biodiversité en question est principalement causée par l’être humain. « Ça, c’est un nouveau phénomène sur lequel on a un certain contrôle, parce que c’est nous qui le produisons », souligne-t-il.

Une sélection industrielle

 

À ce sujet, Bernard Lavallée aborde la question de la sélection des semences. Il explique que la plupart des agriculteurs choisissaient d’abord leur variété de plante préférée en fonction de leur territoire et de leur climat, par exemple. « Cela a contribué à développer la grande diversité de variétés répertoriées aujourd’hui, précise-t-il. Mais comme notre agriculture est pratiquée principalement de façon industrielle, on préfère des variétés précises que l’on cultive sous forme de monoculture. »

Il cite la banane en exemple. Pour répondre aux critères de l’industrie, ses producteurs misent sur une seule variété, qui possède une certaine forme, une taille constante et un goût sucré à souhait. Celle-ci résiste aussi à certaines maladies, répond bien aux engrais, en plus de bien tolérer le transport.

« Auparavant, personne ne recherchait de fruits qui puissent voyager 5000 km ! s’exclame-t-il. On le cueillait pour le manger ou, au pire, on le vendait au village le plus près. Aujourd’hui, notre système alimentaire est mondialisé. On a donc sélectionné certaines variétés qui répondent aux besoins de l’industrie. D’un côté, cela nous donne accès à ces produits importés. Mais cette sélection réduit considérablement la diversité des variétés au niveau mondial, et ça, c’est dangereux pour différentes raisons. »

Revenons à la banane. Dans les supermarchés, nous retrouvons en majorité la Cavendish. « C’est la banane numéro un en exportation dans le monde, affirme-t-il. Mais cela ne fait pas si longtemps qu’elle existe. Avant, c’était surtout de la Gros Michel. Un jour, une maladie l’a atteinte. L’industrie n’a pas trouvé de solution pour la combattre. La variété a donc été abandonnée. »

L’un des problèmes causés par la perte de biodiversité est la limitation du bagage génétique. Or, cela réduit la capacité d’adaptation de la plante à des agresseurs ou autres aléas de la nature. « En ce sens, mon but est d’envoyer un signal d’alarme avec ce livre, conclut-il. Nous sommes à un point de bascule au niveau de la biodiversité alimentaire. Au-delà de manger pour s’alimenter, nous avons des relations particulières avec les aliments, nous avons développé des rituels et des recettes qui font partie de nos cultures. C’est un grand pan de l’humanité qui est en train de s’éteindre, et il est primordial de le préserver. »

À la défense de la biodiversité alimentaire. Sur la trace des aliments disparus, Bernard Lavallée, Éditions La Presse, Montréal, 272 pages (à paraître le 11 octobre).

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du
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