Alcyon, un sel de mer puisé aux Îles de la Madeleine

Le sel de mer puisé et séché par Joëlle et Élisabethe Arseneau, deux soeurs qui avaient envie de revenir à la maison.
Photo: Sophie Grenier-Héroux Le sel de mer puisé et séché par Joëlle et Élisabethe Arseneau, deux soeurs qui avaient envie de revenir à la maison.

À un jet de la butte Ronde et des falaises qui se jettent dans la mer, une maison ancestrale de Havre-aux-Maisons attire touristes et habitants des îles de la Madeleine. L’objet de curiosité ? Le sel de mer puisé et séché par Joëlle et Élisabethe Arseneau, deux soeurs qui avaient envie de revenir à la maison et d’y apporter leur… grain de sel.

La boutique a beau être fermée lorsque Le Devoir rencontre les deux frangines un matin du mois d’août, des clientes se massent au pas de la porte ; signe que les palabres sont bien portées par le vent. « Depuis qu’on a lancé le produit [en juillet], la réponse est très bonne. Les gens avaient hâte. Aux Îles, on est entouré d’eau salée, mais on n’avait encore pas accès à du sel [local] », indique Joëlle Arseneau, résumant du même coup la prémisse du projet. En effet, hormis Mines Seleine, à Grosse-Île, qui produit du sel pour le déglaçage des routes, personne n’avait tenté l’expérience d’en produire pour l’alimentation.

Il aura fallu un plat de crudités tombé sur la plage et rincé dans l’eau de mer pour que des lumières s’allument dans la tête d’Élisabethe Arseneau, ingénieure en biotechnologique. « Le sel de l’eau sur un morceau de concombre, ça rehaussait tellement bien la saveur », raconte celle qui se cherchait alors un projet innovant et une raison de revenir vivre sur l’archipel. Sa soeur, réalisatrice et productrice en cinéma, y a tout de suite vu le côté créatif. Sans plus attendre, elles ont fait des tests maison, partagé leurs ambitions avec leurs parents et rédigé un premier plan d’affaires. C’était en 2015.

Des occasions d’emplois et une pandémie plus tard, les soeurs Arseneau ont le vent dans les voiles, portées par leur projet et l’engouement qu’il génère. La maison familiale des Nathaël, bâtie par leur arrière-arrière-grand-père paternel, a été rénovée par leur père pour abriter l’atelier de transformation et une boutique, tenue de main de maître par la maman, Nicole Maheux. La voilà justement qui arrive durant l’entretien, les bras chargés de fruits et d’une salade. « J’ai apporté des petites choses pour que vous puissiez goûter à notre sel ! » lance-t-elle à la représentante du Devoir. « L’ADN de ce projet-là, c’est le sel, mais c’est surtout de bâtir quelque chose en famille ! » s’exclame Joëlle Arseneau. Un lien fort et un dessein prometteur qui a d’ailleurs inspiré le nom. Alcyon, comme le nom d’un bateau de pêche familial où se sont créés bien des souvenirs d’enfance, et aussi celui d’un oiseau dans la mythologie grecque qui annonçait les beaux jours en mer.

Il faut de cinq à huit jours à Élisabethe Arseneau pour fabriquer le sel de mer, de la filtration de l’eau au séchage des cristaux en petits lots. « Lorsqu’on parle de sel, on pense souvent à ceux des marais salants dans les pays du Sud, mais il s’en fait en Islande, en Angleterre, en Norvège. Au Japon, il existe 400 sortes de sels », ajoute celle qui s’étonne encore que le produit soit si récent au Québec et au Canada. Durant le processus de recherche, les Arseneau ont d’ailleurs goûté à des sels d’un peu partout dans le monde et assurent que chaque résultat est différent selon de la région et des minéraux présents dans l’eau.

Nouveau domaine agroalimentaire

 

Un petit milieu, donc, qui aurait tout à gagner à s’épauler, croient les deux nouvelles entrepreneures. « Nous sommes plus dans la collaboration que la compétition. Peu importe où l’on se trouve, chaque sel a ses particularités, donc chaque entreprise peut offrir un produit différent, affirme Joëlle. Je pense aux microbrasseries ou aux producteurs de champignons qui n’hésitent pas à partager des connaissances ; créer une association nous permettrait de nous élever davantage, parce qu’il y a beaucoup d’innovations possibles. »

Un avis partagé par Manuel Bujold Richard, de Sel Saint-Laurent, le premier à avoir commercialisé un sel alimentaire au Québec. « Je ne peux pas desservir tout le Québec, alors c’est une très bonne nouvelle que d’autres [acteurs] embarquent pour répondre à la demande », expose-t-il. Roberto Blondin, propriétaire de Flocons de sels gaspésiens, abonde dans le même sens : « Ça fait longtemps que ça aurait dû être produit au Québec. En fin de compte, c’est le consommateur qui est [gagnant]. » Il s’apprête d’ailleurs à lancer sa fleur de sel d’ici le temps des Fêtes.

Et, signe d’une conjoncture favorable pour des sels québécois, Élisabethe et Joëlle Arseneau ajoutent des points de vente sur le continent, tout en élaborant de nouveaux produits, dont une gamme d’assaisonnements. « On y va une étape à la fois. Notre production est artisanale et on veut être certaines de fournir à la demande, confient-elles. Le sel offre un univers infini de possibilités. Notre but n’est certainement pas de stagner ! »

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