Pour une agriculture écologique et cohérente

Catherine Lefebvre
Collaboration spéciale
Selon Émilie Viau-Drouin, présidente de la CAPE, les solutions pour parvenir à une production alimentaire durable existent déjà.
Photo: Alex Chabot Selon Émilie Viau-Drouin, présidente de la CAPE, les solutions pour parvenir à une production alimentaire durable existent déjà.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

À l’aube de la prochaine saison des récoltes, c’est le moment de réfléchir plus largement à l’avenir de l’alimentation durable. La CAPE (Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique) s’est penchée sur la question et présente un manifeste pour appeler tous les ordres du gouvernement à amener de l’eau au moulin pour une agriculture de proximité, diversifiée, biologique et à échelle humaine.

Le portrait de la situation

 

Le plus récent rapport du GIEC nous le répétait clairement : pour freiner les changements climatiques, l’adoption d’une alimentation durable est de mise. Encore faut-il bien comprendre de quoi il s’agit et que celle-ci soit adaptée à chaque milieu et accessible à tous.

Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’alimentation durable se définit comme ayant « de faibles conséquences sur l’environnement, contribuant à la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi qu’à une vie saine pour les générations actuelles et futures. [Elle] contribue aussi à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes, [elle est] culturellement acceptable, économiquement équitable et accessible, abordable, saine et salubre, et permet d’optimiser les ressources naturelles et humaines. »

En effet, l’alimentation durable va bien au-delà de l’agriculture. Elle tient compte des agriculteurs, des écosystèmes, des différentes cultures culinaires et de l’accès géographique et économique à ce modèle alimentaire.

Les agriculteurs d’abord

Selon Émilie Viau-Drouin, présidente de la CAPE et gérante de la ferme La Grelinette à Saint-Armand, les solutions pour parvenir à une production alimentaire durable existent déjà. « Il suffit d’avoir la volonté politique de le faire », lance-t-elle.

À son avis, si la profession d’agriculteur et d’éleveur durables était davantage valorisée, cela permettrait de faire avancer les choses plus rapidement au sein du gouvernement.

Pourtant, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, annonçait en octobre 2020 le Plan d’agriculture durable 2020-2030 (PAD). Le budget total de 125 millions vise à « accélérer l’adoption de pratiques agro-environnementales responsables et performantes afin de répondre aux préoccupations des acteurs du milieu agricole et des citoyens ».

Parallèlement, le nombre de fermes certifiées biologiques a presque doublé en cinq ans. Il est passé de 1592 en 2016 à 3154 en 2021. Le Québec détient d’ailleurs le plus grand nombre d’entreprises certifiées biologiques au Canada.

Ces statistiques ne surprennent pas Émilie Viau-Drouin. Mais elle croit que le PAD comporte de grandes lacunes. « Le plus grand problème avec cette vision, c’est qu’on ne récompense pas ceux et celles qui ont déjà de bonnes pratiques, explique-t-elle. On donne de petites récompenses à ceux qui veulent maintenant changer leurs façons de faire. » Elle s’interroge aussi à savoir si ces subventions ne vont pas surtout servir à de grands producteurs de soya ou de maïs qui vont passer au bio pour exporter leur production. Malgré ces questionnements, la CAPE a plusieurs pistes de solutions pour rendre l’alimentation plus durable et plus accessible à tous.

Des solutions plein les mains

 

Dans son manifeste, la CAPE souhaite « guider l’État vers ces actions concrètes ». « Le gouvernement pourrait par exemple rembourser les coûts de la certification biologique aux entreprises qui l’obtiennent et qui la maintiennent, indique Émilie Viau-Drouin. Au niveau provincial, on pourrait mettre en place des subventions salariales pour payer les travailleurs convenablement sans que cela influe sur le prix. » Elle suggère également de soutenir les MRC pour qu’elles puissent offrir gratuitement une place aux producteurs locaux dans les marchés fermiers de leurs municipalités.

« Il ne s’agit pas d’un retour à l’ancien temps, mais bien d’une manière d’habiter le territoire, rythmé par les saisons, inspirée par l’histoire et motivée par les enjeux contemporains » conclut-elle.

Des initiatives prometteuses

L’agriculture soutenue par la communauté

Les paniers bios du Réseau des fermiers de famille célèbrent leur 27e saison. Pour permettre au plus grand nombre de s’y abonner, plusieurs fermiers offrent de payer l’abonnement en quelques versements.

Récolte

 

Le collectif Récolte célébrera ses cinq ans d’existence cette année. L’OBNL agit principalement à titre de soutien aux entrepreneurs du secteur de l’innovation sociale bioalimentaire, en plus de cocréer des solutions collectives pour pallier des lacunes des systèmes alimentaires et créer des ponts avec les décideurs et bailleurs de fonds.

Mission SALTO

 

L'épicerie en ligne offre des paniers de fruits et de légumes à prix modique pour réduire le gaspillage alimentaire et améliorer l’accès aux produits frais à Montréal. Pour chaque panier vendu, elle en remet un à une association étudiante ou à une oeuvre caritative.



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