Des noix qui redonnent au suivant

Nancy Lachance (à droite) a créé la compagnie Les noix de la chance, à Québec, où les noix sont torréfiées à la demande. À gauche: Sylvie Gagnon répond toujours présente lorsque la production se met en marche.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Nancy Lachance (à droite) a créé la compagnie Les noix de la chance, à Québec, où les noix sont torréfiées à la demande. À gauche: Sylvie Gagnon répond toujours présente lorsque la production se met en marche.

Dans une maison de la banlieue nord de Québec, Nancy Lachance accueille non seulement des adultes atteints de déficiences intellectuelles, mais elle a aussi créé une compagnie de noix torréfiées pour offrir une activité stimulante à ses résidents et redonner au suivant.

C’est après avoir visité une amie devenue famille d’accueil que Mme Lachance, éducatrice spécialisée, a eu un déclic : elle transformerait sa maison pour héberger des personnes atteintes de déficiences intellectuelles et en prendre soin. Si elle a « longtemps été gênée » de voir ce rôle comme une vocation, 24 ans plus tard, elle l’affirme avec une modestie qui va droit au cœur.

« C’est certain que ça prend un don de soi parce qu’il y a des contraintes qui viennent avec le fait d’être famille d’accueil — mais il y a plus de côtés positifs ! Donner au suivant, ça fait partie de moi. La relation d’aide sur le terrain, c’est ce qui me plaît. J’ai élevé mes enfants à travers la famille d’accueil. Pour moi, que mes filles puissent voir c’est quoi la différence, je trouve que ça leur donne un plus. Ça les éveille à cette réalité-là. »

Au fil des années, un constat devenait de plus en plus clair : les activités pour les résidents comme ceux de Mme Lachance étaient de moins en moins nombreuses et de moins en moins fréquentes. Les usagers en subissent les conséquences, et cela se répercute négativement dans leurs comportements. « Quand il y a une rupture de service dans les centres de jour, ils ne comprennent pas pourquoi. Et pour eux, la régularité, c’est super important. Je me disais : si on ne parle pas pour eux, qui va le faire ? » se questionne encore l’éducatrice spécialisée. À court d’options, elle s’est tournée vers sa conjointe, originaire d’Allemagne, pour brasser quelques idées autour des noix qu’elle torréfiait de façon artisanale pour la famille. Et si la chance se trouvait dans ses noix ?

Un travail valorisant

 

Petit à petit, une fabrique s’est créée dans le sous-sol réaménagé pour répondre aux normes et accueillir l’essentiel de leur matériel et deux machines à torréfier. Dans une autre pièce, des sacs de noix et des pots de tartinade sont en attente d’être étiquetés — une tâche destinée aux résidents, comme Sylvie Gagnon, qui répond toujours présente lorsque la production se met en marche. « Sylvie vit avec nous depuis neuf ans. Pour elle, m’aider, ça l’occupe et ça lui permet de développer d’autres aptitudes. Ça la responsabilise aussi. Parfois, elle m’accompagne pour la livraison, elle vient avec moi quand on a des kiosques dans les marchés. Elle se sent valorisée par son travail et ça lui permet de socialiser », relate l’éducatrice.

Trois ans plus tard, Les noix de la chance se fait de plus en plus voir dans le paysage alimentaire de la région de Québec. En plus des noisettes torréfiées au sirop d’érable — le produit phare —, Nancy Lachance et sa conjointe ont élaboré une recette de truffes à la noisette, des amandes traditionnelles allemandes, des pacanes épicées et différents beurres de noix. Les dernières concoctions en lice : un « Nutella maison sans huile de palme » et de l’huile de noisette.

Pour Mme Lachance, le plus important, c’est de ne pas brûler d’étapes malgré la demande toujours plus grande. « J’ai toujours dit que je lançais Les noix de la chance lentement, mais sûrement. En déficience intellectuelle, la stabilité, c’est bien important. Alors je me dis : il n’y a pas de presse. C’est sûr que lancer ma compagnie dans la cinquantaine, ça me stimule intellectuellement et je vois l’ampleur que ça pourrait prendre, mais on fait ça vraiment pour aider. Ça fait 24 ans que mes résidents me donnent du pain et du beurre, c’est à moi maintenant de leur redonner. » Avec les profits, Nancy les gâte, avec un plaisir évident.

Lorsque le plus gros de la pandémie sera chose du passé, son but sera d’ouvrir un centre de jour en annexe à sa famille d’accueil pour recevoir, le temps de quelques heures, d’autres résidents qui ont des déficiences légères ou des handicaps. Ce serait là une occasion pour eux de socialiser avec d’autres personnes, d’être stimulés et d’être fiers d’accomplir un travail. « Depuis la COVID, il n’y a plus aucune activité, c’est d’une tristesse immense. J’aimerais ça qu’il y ait d’autres ressources. Que mon idée serve à d’autres maisons d’accueil qui ont envie de le faire ou qui ont un projet en tête », laisse-t-elle tomber, les yeux brillants d’espoir.

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