Une pincée de saveurs

François  Maisonneuve  et Catherine  de Gongre,  propriétaires  de la boutique La pincée,  dans le  Vieux-La Prairie
Marie-France Coallier Le Devoir François Maisonneuve et Catherine de Gongre, propriétaires de la boutique La pincée, dans le Vieux-La Prairie

La pincée semble faire partie de l’univers culinaire québécois depuis toujours. Mais c’est un succès obtenu à la sueur de deux fronts depuis dix ans, au grand bonheur de ses artisans, Catherine de Gongre et François Maisonneuve.

Comme pour bien des réussites, l’histoire de La pincée a débuté pour le plaisir, sans plan de match et encore moins de plan d’affaires. Catherine, formée à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), s’amusait à créer des mélanges d’épices pour elle, dans son quotidien et dans son travail de cuisinière au sein d’un centre de la petite enfance. De fil en aiguille, en partageant ses petits pots avec son entourage, elle y a vu une ouverture certaine pour mettre à profit sa créativité débordante, le tout sous l’œil attentionné de son conjoint, François Maisonneuve, designer graphique et photographe qui allait rapidement y mettre son grain de sel.

« J’aime inventer plein de choses. Et ce que j’ai voulu créer, c’est des recettes en pot, c’est-à-dire que l’épice fait la recette, raconte Catherine. Pour [rehausser] un filet de sole, par exemple, qui est banal. Les épices vont aussi ajouter de la texture. »

En 2010, François conçoit une première étiquette pour mille pots du Classique nº 1, un sel de mer avec les herbes du bouquet garni, présenté au Marché des saveurs, à Montréal. Grâce aux ventes de ce premier lot et à leurs propres talents à l’interne, l’entreprise prend alors du galon. En 2012, après une refonte complète de son image de marque et avec six produits en main, La pincée prenait véritablement son envol, remportant un prix Gaïa soulignant l’excellence en emballage alimentaire, ex æquo avec la marque IÖGO. Une jolie tape dans le dos.

Deux artistes en affaires

 

Dix ans plus tard, le couple se désigne encore comme deux artistes en affaires. « On travaille fort, mais on n’a pas nécessairement l’impression de travailler, dit François Maisonneuve. C’est un attribut qui est cool dans le projet. Il n’est pas rare qu’on arrive au vendredi et que je prendrais une journée de plus ! Même si je suis en train de faire de la comptabilité ou une tâche qui n’est pas si sexy… On aime pas mal toutes les facettes de ce que l’on fait, et le positif prend le dessus sur les défis et les difficultés. » Et la fidélité de la clientèle ainsi que la récurrence des commandes ajoutent de l’énergie au moulin.

« Les années ont passé vite, ajoute Catherine de Gongre. Mais on a avancé à un rythme familial, pour garder un équilibre dans nos vies, et on a énormément appris à respecter nos valeurs. » Elle souligne à quel point elle est touchée de constater que La pincée fait partie de la cuisine des gens. « Ils apprécient les produits, ils ont leurs préférés. Ça les aide à cuisiner mieux et local. Pour moi, c’est une belle réussite. »

« Nos mélanges sont des solutions en cuisine, comme une boîte à outils », renchérit François. Et tous deux constatent aussi que la gamme a évolué avec la clientèle, relatant au passage comment le mélange à gravlax soulevait bien des questions il y a 10 ans. « Il y a une belle ouverture, et aujourd’hui, les mélanges d’épices s’introduisent mieux. »

La créativité, elle, est loin d’être à sec. Comme au premier jour, les inspirations viennent des goûts personnels de la famille. La pincée Kobé, par exemple, a été imaginée après une demande de leur fils de 19 ans : un grand amateur de cuisine japonaise qui s’est mis à la cuisine durant la pandémie. Les rencontres aussi, multipliées au fil du temps, nourrissent la machine à idées. Catherine raconte son partenariat avec le cueilleur d’algues gaspésien Stéphane Maddix Albert. François évoque les arrivages de piments de gorria récoltés à Sainte-Madeleine, les canneberges de Saint-Louis-de-Blandford ou encore les bourgeons de sapin baumier de Danville. Dans leurs voix, on sent leur affection pour les petits producteurs. « On aime travailler avec des entreprises de taille humaine comme la nôtre », disent-ils.

Ces rencontres ont aussi permis de créer plusieurs collaborations et des projets au fil du temps. Et c’est là que la ligne se trace pour l’avenir. Après une bière MonsRegius concoctée avec le mélange d’épices Bombay ou encore un projet de sauce piquante qui sortira bientôt, le couple constate que de plus en plus de gens cognent à sa porte pour faire des associations. À leur grand plaisir. À l’aube de conclure un contrat avec un distributeur au Canada, le duo regarde « les heures et les heures de travail » de la dernière décennie en se disant : « Ça se peut, on l’a fait ! » « C’est puissant de croire en une idée et de bâtir quelque chose selon nos valeurs, soutiennent-ils. Il y a possiblement une magie dans notre façon de travailler qui fait qu’on est encore là après dix ans. »

Yvan Lebrun aux fourneaux de Chez Muffy

Le chef Yvan Lebrun ressort de sa retraite le temps de trois services au restaurant de l’Auberge Saint-Antoine, Chez Muffy, dans la Basse-Ville de Québec. Après une première invitation en mars dernier, le chef Alex Bouchard a relancé son mentor — qui s’est illustré au restaurant L’Initial pendant 30 ans —, avec qui il avait cuisiné avant de remporter le concours télévisé Les chefs ! en 2019. Le menu préparé à quatre mains sera offert du 27 au 29 janvier, pour emporter ou à déguster directement dans sa chambre d’hôtel. À l’instar des valeurs de saisonnalité qui lient les deux chefs, le menu gastronomique — tout de réconfort vêtu — offrira tartelette à l’oignon, filet de lotte poché à la bière, porc et légumes racines, et macaron au chocolat et à la carotte confite.


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