Des résolutions bienveillantes

Caroline Huard, alias Loounie
Photo: Caroline Huard Caroline Huard, alias Loounie

La saison des résolutions bat son plein. Et parmi elles, la sempiternelle quête de minceur. Et si on abordait l’alimentation avec bienveillance plutôt qu’avec des restrictions ? C’est du moins l’idée qu’a partagée la créatrice de recettes Caroline Huard, connue sous le nom de Loounie, dans une publication Instagram qui a suscité bien des applaudissements. Le Devoir s’est entretenu avec elle pour creuser le sujet. Propos recueillis par Sophie Grenier-Héroux.


 

Janvier rime souvent avec un nouvel objectif de mieux-être. On veut bouger plus, manger mieux, dormir suffisamment. Et pour plusieurs, c’est aussi une quête pour perdre du poids. Dans votre publication, vous avez fait une liste d’idées de résolutions alimentaires qui n’avaient rien à voir avec les diètes. D’où est venue l’idée ?

Après le temps des Fêtes, ce dont on a besoin, c’est de retrouver une routine. On valorise beaucoup le fait de ne pas aimer la routine alors que notre système nerveux l’aime. Il aime quand on se couche à des heures régulières, quand on mange et bouge régulièrement. Ça ne veut pas dire d’être rigide, mais c’est une tendance vers laquelle on doit se rendre.

Ce qu’on recherche aussi, c’est de reprendre un certain contrôle. En ce moment, on n’a pas le contrôle sur grand-chose. Alors, on va essayer de contrôler ce que l’on mange ou notre poids. Depuis que j’ai mis de côté la mentalité des diètes, j’ai transféré la recherche de routine et de contrôle dans ma cuisine. Je suis naturellement désorganisée et, régulièrement, je dois faire un désencombrement. C’est pour ça que j’ai décidé de partager quelques astuces. C’est tellement plus agréable de passer plus de temps en cuisiner et de préparer ses repas.


Faire le tri dans le tiroir à spatules, aiguiser ses couteaux, faire un ménage dans les épices, apprendre à cuisiner les légumineuses… Vos trucs étaient tous bien concrets. Quel est votre principal conseil pour prendre des résolutions réalisables ?

Une des résolutions qu’on pourrait prendre, c’est de réévaluer notre environnement de cuisine chaque semaine ou chaque mois. Est-ce que ma cuisine est encore optimale ? Les trucs qui fonctionnent ne sont pas toujours esthétiques comme sur Pinterest. Par exemple, sur mon comptoir, j’ai un pot dans lequel j’ai mis mon couteau préféré, ma spatule, ma pince et ma cuillère de bois préférées. Si on sait qu’on a tendance à être un peu fatigué ou à oublier, il faut rendre les choses visibles. Même chose dans le frigo. Et il ne faut pas tenir pour acquis que si on a fait une réorganisation une fois, c’est fini. On peut garder sur le frigo une liste de choses à faire pour rendre la cuisine invitante, comme se procurer un nouvel ouvre-boîtes ou une nouvelle poêle antiadhésive.

Il y a une multitude de stratégies marketing qui tentent de susciter le réflexe de perte de poids. Comment adopter un mode d’alimentation saine sans tomber dans le piège des régimes et des contraintes ?

Avoir une cuisine invitante et fonctionnelle qui nous donne envie d’y passer du temps, ça va sans doute nous donner envie de cuisiner davantage. Et on sait que c’est bon de cuisiner nos repas nous-mêmes. Si notre objectif cette semaine est de cuisiner trois soupers plutôt que de faire livrer du Uber Eats et qu’on réussit à le faire, ça nous procure un sentiment de contrôle, d’accomplissement qu’à l’inverse, on irait chercher avec le contrôle d’une diète. Cuisiner plus vient combler certains besoins qui vont nous rendre moins vulnérables à la culture des diètes. Après… Ça ne nous protège pas complètement. On vit une pression de minceur. On est dans un monde grossophobe.

Vous parlez souvent ouvertement d’image corporelle et de la stigmatisation en société. Croyez-vous que le mouvement anti-diète réussit à nous faire voir la pression de la minceur autrement ?

Le mouvement est là et beaucoup de gens réalisent que les diètes ne fonctionnent pas. Mais ça ne veut pas dire que la mentalité des diètes n’est plus là. On se dit : moi, je fais attention. On peut vraiment être à la diète sans le savoir. On commence à reconnaître que la grossophobie, c’est la discrimination des personnes grosses. Mais on a de la misère à reconnaître que si on est une personne de taille moyenne et qu’on n’aime pas notre bourrelet, ça, c’est grossophobe. On a été programmé comme ça. Il y a beaucoup de travail à faire.

Avant d’être créatrice de recettes, vous étiez ergothérapeute en santé mentale. Nous sommes justement dans une ère très sensible pour la santé mentale et souvent la nourriture est vue comme un objet de réconfort. Comment fait-on pour ne pas voir la nourriture comme un plaisir coupable ?

La culture des diètes démonise beaucoup le fait de manger ses émotions, mais c’est normal que la nourriture soit liée aux émotions. Manger un gâteau de fête parce qu’on célèbre quelqu’un, c’est manger ses émotions ! Utiliser la nourriture, ce n’est pas un problème. Le problème c’est si c’est le seul ou notre principal outil. Cuisiner est quelque chose de très thérapeutique, manger peut en faire partie, mais il faut avoir d’autres moyens pour se réguler émotivement. Auparavant, mon rôle était d’aider les gens dans la reprise de leurs activités. La dépression commençait à être un fléau, à l’époque. Je connais bien ce qui touche à la motivation. Au lieu de juger, il faut essayer de comprendre nos obstacles.

Vous avez lancé cette semaine votre balado À plat ventre : la culture des diètes avec Loounie, où vous tentez de mieux comprendre la culture des diètes et, surtout, de comprendre comment développer une relation saine avec l’alimentation et notre corps. Que retenez-vous de vos entretiens ?

Je retiens qu’avoir de l’insatisfaction par rapport à notre corps, c’est quasiment universel et c’est une préoccupation quotidienne. Et puis, on a beau travailler sur nous-mêmes, devenir un mangeur intuitif, accepter notre corps comme il est ; il y a encore des enjeux systémiques, des vêtements qui ne sont pas accessibles, moins de représentation à la télé et des messages envoyés par les professionnels de la santé qui nous disent que si on est une personne grosse, on a moins de valeur. Tant qu’on ne va pas collectivement poser des actions pour déconstruire les idées liées à la minceur, ça va toujours être à refaire pour les générations d’après.

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