Allison Van Rassel au service de la communauté

Allison Van Rassel à la librairie-café Saint-Suave pour discuter de son projet de torréfaction responsable de Terroir Café
Photo: Francis Vachon Le Devoir Allison Van Rassel à la librairie-café Saint-Suave pour discuter de son projet de torréfaction responsable de Terroir Café

C’est dans l’adversité que l’on se découvre, dit-on. Pour ceux qui ont vu leur milieu de travail secoué, cette année aura été source, encore, de réflexions. Pour boucler la boucle sur une note joyeuse, voici trois personnes du milieu culinaire qui ont pris 2021 comme un tremplin vers une nouvelle aventure. Dernier de trois textes.

La chroniqueuse Allison Van Rassel est une foodie au sens propre du terme : une groupie de la bonne bouffe. Et des gens qui la cultivent, la fabriquent, la cuisinent. Dans la capitale, depuis près de 10 ans, son nom est associé à ses reportages sur le milieu agroalimentaire et culinaire diffusés sur les plateformes de Radio-Canada. Une position qu’elle a choisi de remodeler en redevenant surnuméraire et en lançant son entreprise : deTerroir Café, un projet de torréfaction de café responsable.

Elle nous avait donné rendez-vous à la librairie-café Saint-Suave, l’un de ses endroits favoris à Québec. La chroniqueuse interviewée s’amuse de l’exercice. « Je vais devoir apprendre un langage d’entrepreneure ! » lance-t-elle, d’autant plus que sa gamme de cafés vient à peine d’être lancée.

Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à quitter un emploi stable pour le monde du café, déjà bien garni en offres en tout genre ? « À la source de ça, il y a eu une opération majeure, ma troisième à la hanche. Je n’avais jamais eu aussi mal de toute ma vie ! Je me suis dit : “Qu’est-ce qui peut arriver de pire que ça ? Rien.” »

Se lancer en affaires, par comparaison, lui a soudainement paru moins intimidant. « C’est juste de l’argent. Le reste, c’est du bonheur. Et le pire qui peut arriver, c’est que ça ne fonctionne pas. Alors on recommencera et je ferai comme je fais depuis le début ; me faire un nom, [me tailler une] place. »

Il faut dire qu’Allison Van Rassel n’en est pas à son premier changement de parcours. D’abord enseignante, elle est retournée sur les bancs d’école en journalisme, puis a fait une carrière à la radio à Toronto et à Montréal avant de revenir dans sa ville natale. « Je me souviens du plan B de mon plan A : si ça ne marche pas, ma carrière, si je n’arrive pas à être la chroniqueuse que je veux être, eh bien je voulais m’ouvrir un café et servir ma communauté. »

Elle raconte sa rencontre avec celui qui est devenu son associé, l’artisan torréfacteur Pier-Paul Fortin. « C’est super cliché, mais quand j’ai goûté à son café, j’ai fait : “Oh ! OK ! Lui, il a les connaissances que je n’ai pas. Moi, j’ai des connaissances que lui n’a pas. Je pense qu’ensemble, on peut faire quelque chose de beau. » Dès lors, l’idée du projet était semée, et elle a bien germé durant sa convalescence.

« Mon instinct m’a dit : “Il y a quelque chose qui se présente à moi que je devrais saisir.” Et en même temps, ma tête me disait : “Ben non, tu travailles pour Radio-Canada, tu as une sécurité d’emploi…” Tu entends toutes les belles histoires de gens qui disent : “Ça me parlait, c’était plus fort que moi”. Alors, je me suis dit : “Mon doux, est-ce que j’en suis là ? Est-ce qu’il y a quelque chose de vraiment fort qui m’appelle ?” Je pense que c’est ça qui arrive en ce moment. J’ai la chienne, c’est épeurant, mais c’est excitant ! »

Un café à la fois

Un an de travail plus tard, huit cafés de torréfaction légère à moyenne sont proposés. Derrière chaque variété, il y a la mission de décloisonner le café de spécialité et d’offrir une option fidèle aux valeurs des cafés de troisième vague, comme la traçabilité, la transparence et le lien avec les cultivateurs. Mais Allison Van Rassel va plus loin : elle veut que son café ait un impact positif dans sa communauté. « Combien d’entrepreneurs se lancent dans l’alimentation, mais ne prennent pas en considération les gens qui font partie de leur communauté ? Je pense que le rôle numéro un d’un entrepreneur, ça devrait être ça. »

L’entreprise de microtorréfaction artisanale de cafés de spécialité s’est donc associée avec Francis Leduc de la marque québécoise Mad Eye qui, pour chaque tuque vendue, en donne une à quelqu’un dans le besoin. « J’ai cogné à sa porte et je lui ai dit que je voulais travailler avec lui. On perpétue ça [avec des tuques à notre effigie]. »

Même chose pour les artistes approchés pour les étiquettes des sacs de café. Cécile Gariépy, Maude Gervais (Les Barbos), Philippe Girard et Paule Thibault ont tous été sollicités afin que leur art puisse servir à plus grand encore. « On ne voulait pas profiter de leur talent, on voulait que ça soit donnant-donnant. On a fait finir les illustrations en format affiche avec un tirage limité et numéroté. Tous les profits de la vente iront à Centraide », explique Allison Van Rassel.

Elle le dit elle-même, son rôle d’observatrice de la scène alimentaire lui donne un regard différent sur le milieu et lui permet de mettre sur la table une offre qui n’existait pas. « On va se le dire, le café c’est une vache à lait, clame-t-elle. Pourquoi crois-tu qu’il y en a autant qui en font ? Nous, on arrive avec un produit plus vert, plus transparent, plus responsable pour avoir un réel impact. Ce que je veux, c’est que ceux qui font de l’argent comme de l’eau avec leur café aient un petit problème de conscience. Qu’ils se disent : “OK, nous aussi il faut faire ça parce que les autres mettent en lumière ce que l’on fait de travers.” Si je réussis à faire ça, eh bien my job is done. »



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