L’alimentation en 2022, 5 tendances axées sur l’humain

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
Désormais, ce sont les valeurs sûres, réconfortantes, simples et goûteuses qui ont la cote auprès des consommateurs.
Photo: Max Delsid/Unsplash Désormais, ce sont les valeurs sûres, réconfortantes, simples et goûteuses qui ont la cote auprès des consommateurs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Nos habitudes alimentaires ont beaucoup changé depuis deux ans. La pandémie de COVID-19 a notamment accéléré l’émergence de l’épicerie en ligne, des boîtes-repas et des prêts-à-cuisiner. Elle a aussi forcé les gens à reprendre contact avec leurs fourneaux, leurs besoins, leurs produits locaux et leurs artisans. Ce nouveau paradigme où l’humain est de retour au cœur de l’alimentation semble à présent guider les consommateurs vers des choix qui mêlent l’individuel au collectif. Alors, quel sera le mot d’ordre en 2022, et quelles tendances alimentaires en résulteront ? Deux expertes de l’industrie nous répondent.

Chaque fin d’année, la spécialiste et consultante en marketing alimentaire Isabelle Marquis fait le point sur ce qui s’est passé sur la scène alimentaire québécoise au cours des 12 derniers mois. « Je peux avancer que les mots d’ordre pour 2022 seront au nombre de trois, dit-elle : collaboration, valorisation et simplification. » Des notions qui ne sont pas étrangères à Sylvie Cloutier, présidente du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ),puisque plusieurs lauréats des prix Innovation en alimentation de l’organisme, en 2021, reflètent cette mouvance. Mais comment ces valeurs se traduiront-elles concrètement en 2022 ?

1. Économie circulaire

 

Déjà volatils cette année, les prix à la hausse des aliments, en 2022, modifieront les habitudes d’achat de 63 % des Canadiens, selon le rapport sur l’avenir du secteur de l’industrie alimentaire, mené par le Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université de Dalhousie. « Ce qui signifie que plus de gens vont cuisiner à la maison et limiter le gaspillage », pense Sylvie Cloutier.

Mais ce mouvement va aussi amplifier, selon Isabelle Marquis, une autre tendance : la revalorisation de sous-produits auparavant destinés à la poubelle, que l’on nomme aussi l’économie circulaire. En effet, des entreprises, comme Loop Mission, qui utilisent des fruits et des légumes rescapés pour produire des boissons, ainsi que des pelures de pommes de terre pour fabriquer de la vodka, ont le vent dans les voiles. On a aussi vu la drêche, ce sous-produit végétal issu de la confection de bière, s’illustrer dans du pain, des croustilles et de la nourriture pour animaux.

« Et ce n’est qu’un début », souligne l’experte, qui voit les projets de valorisation se multiplier grâce à la collaboration de centres de recherche universitaires.

2. Santé

 

Le principe d’une alimentation saine n’est pas nouveau, mais il évolue. Moins de sel, moins de gras, remplacement des sucres raffinés par des sucrants naturels, comme l’érable ou le miel, développement de nouvelles protéines végétales (dont les insectes, à surveiller au cours des prochaines années) ; des céréales jusqu’aux sauces, en passant par les congelés et les desserts, la tendance santé se généralise. L’élan du télétravail et la restructuration de nos repas qui y est liée ont d’ailleurs fait exploser l’offre en matière de collations hybrides plus nutritives qui s’apparentent à des repas légers.

On parle aussi de plus en plus de santé digestive, avec des produits qui vont au-delà des probiotiques. « On assiste au grand retour d’une méthode millénaire, la fermentation », confirme Isabelle Marquis, qui pense qu’en 2022, on verra beaucoup de boissons, d’algues et de légumes fermentés, mais aussi des produits dont certains ingrédients seulement le seront.

3. Transparence

 

C’est l’un des mots clés de l’heure en alimentation. Même s’il reste beaucoup à faire en matière de transparence, par exemple pour les poissons et fruits de mer aux origines souvent opaques, les consommateurs veulent désormais savoir ce qu’ils mangent et comment cela a été fait.

« Ils sont sensibles à la notion de clean label, qui favorise une courte et claire liste d’ingrédients, l’absence d’OGM et d’agents artificiels, et la traçabilité du produit », indique Sylvie Cloutier. Ce principe s’applique à tout, y compris aux produits à base de plantes développés par l’industrie, du végéburger à la pizza à croûte de chou-fleur.

« On réalise que ce n’est pas parce que c’est végé que c’est meilleur pour la santé ou l’environnement, explique Isabelle Marquis. Si les ingrédients végétaux d’un produit sont hypertransformés, issus de monocultures et ont fait trois fois le tour du monde, ils ne valent pas mieux qu’un produit traditionnel. »

4. Local et ethnique

 

Le local est sur toutes les lèvres et dans tous les paniers d’épicerie depuis deux ans. Les champignons Blanc de gris, produits dans le quartier Hochelaga, et les micropousses cultivées et vendues au supermarché Avril de Laval, illustrent bien cette tendance, que la présidente de la CTAQ craint de voir freinée en 2022 pour les produits de niche en raison de la hausse du prix des aliments.

On peut même parler d’ultralocal puisqu’on n’achète plus seulement québécois, mais une région, un quartier, le nom d’un producteur

 

« Ils seront peut-être plus occasionnels que quotidiens, mais ils continueront à être synonymes de fierté et d’appartenance », estime de son côté la consultante, qui souligne que ce sentiment est aussi partagé par les néo-Québécois. « Nous assistons à l’émergence de l’ethnique d’ici en dehors de la simple restauration », dit-elle.

Effectivement, le succès des kits de pizzas napolitaines NO 900, de paellas Marisol ou de tacos Lili et Gordo, ou encore des prêts-à-manger de J’ai Feng cristallise dans nos assiettes le caractère multiculturel du Québec. Il faut donc s’attendre à voir apparaître bien d’autres initiatives du genre au cours de la prochaine année.

5. Réconfort et sérénité

 

Jusqu’à l’arrivée de la pandémie, il était toujours question d’aliments « plus tout » — plus explosifs, plus stimulants, plus étonnants, plus colorés —, mais maintenant, nous vivons, selon Isabelle Marquis, un retour aux sources. Désormais, ce sont les valeurs sûres, réconfortantes, simples et goûteuses qui ont la cote.

Au rayon des céréales, des sauces, des conserves, des congelés ou des produits laitiers, la sobriété est de nouveau de mise. « C’est encore plus vrai pour ce qui se boit, précise l’experte. Toute la vague des boissons énergétiques est en train de céder sa place à des boissons à base de plantes destinées à nous apaiser et à nous recentrer. »

L’année 2022 sera-t-elle synonyme de tisanes ? Peut-être, mais nous vous souhaitons quand même d’ici là de bonnes bulles pour les Fêtes ! 

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