La corvée de beignes, une tradition à l’épreuve du temps

Virginie Landry
Collaboration spéciale, cariboumag.com
Au XIXe siècle, les familles du Québec préparaient des beignes aux patates en abondance en prévision des repas de Noël.
Photo: Getty Images Au XIXe siècle, les familles du Québec préparaient des beignes aux patates en abondance en prévision des repas de Noël.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Parmi les traditions du temps des Fêtes gravées dans l’imaginaire des Québécois, il y a la fameuse corvée de beignes. Grand-mère, beau-frère, tante, cousin, mère : tout le monde ou presque a un membre de sa famille qui était responsable de gérer la production de délicieux beignes aux patates qui seraient servis pendant les repas des Fêtes. Si certaines familles ont laissé tomber cette tradition au fil des ans, d’autres la gardent toujours bien en vie.

Cette tradition trouve sa source au XIXe siècle, lorsque la production de blé au Bas-Canada diminue pour de multiples raisons. Dans son livre La nation canadienne et l’agriculture, l’historien québécois Maurice Séguin explique que la décennie 1830 est marquée par une succession de mauvaises récoltes causées par des insectes et des maladies du blé ainsi qu’à un appauvrissement des terres en raison des méthodes agricoles mal adaptées. Les paysans du Bas-Canada abandonnent donc tranquillement, mais sûrement, la culture du blé et se tournent vers l’avoine, l’orge, le sarrasin ainsi que la pomme de terre.

Selon l’historien actuel du Village québécois d’antan à Drummondville, Claude Tessier, c’est vraisemblablement à ce moment que les Québécois auraient troqué la farine de blé pour la purée de pommes de terre dans leurs recettes. À son avis, les ménages québécois gardaient ainsi le peu de blé qu’ils avaient pour faire du pain et utilisaient la patate, beaucoup moins dispendieuse et disponible en grande quantité, pour les autres recettes.

C’est à cette époque qu’est née la corvée de beignes aux patates à l’approche des Fêtes dans plusieurs familles au Québec, rappelle Claude Tessier. Les familles en préparaient en abondance en prévision des repas de Noël. « Chez nous, c’était très populaire jusqu’à tout récemment. Nous, on ne la fait plus, mais ma belle-sœur et ma petite-fille de huit ans, elles, le font encore. Et c’est à la demande de la petite ! En tant qu’historien, c’est sûr que j’aime les traditions et que je trouve ça important de les perpétuer. »

Une recette toute simple

Steve Harnois, propriétaire de la compagnie Délices d’antan, qui produit et distribue des beignes aux patates à l’ancienne sous la marque Beignes d’antan, avoue que plusieurs clients sourcillent encore lorsqu’ils entendent que ses beignes sont faits avec des patates. « On dit toujours que c’est notre meilleure carte de visite, parce que ça pique la curiosité des gens », confie-t-il en riant.

La corvée de beignes n’était pas du tout ancrée dans les mœurs familiales de la famille Harnois lorsque Steve et son père ont acheté la compagnie en 2003. Le fils a repris les rênes de la compagnie en 2004 et depuis, ses beignes ont fait bien des petits. Les créations de Beignes d’antan se retrouvent aux quatre coins de la province dans les épiceries et les boulangeries, preuve que les Québécois ont encore une place dans leur cœur, et leur ventre, pour des beignes comme ceux que faisait leur grand-maman.

En effet, la recette de beignes aux patates de Beignes d’antan ne pourrait pas être plus traditionnelle. Le mélange est fait à 30 % de purée de pommes de terre lanaudoises. Le reste, c’est du sucre, du beurre, de la farine et du lait : la même recette depuis les tout débuts de la compagnie.

Une liste d’ingrédients courte, peu d’étapes de préparation, mais quelques détails cruciaux à ne pas négliger.

« Le truc, c’est vraiment de laisser le temps à la pâte de reposer au moins 24 heures », explique Steve Harnois. Ensuite, le choix de l’huile à frire fait toute la différence pour obtenir un extérieur croustillant et un intérieur moelleux. « On suggère de faire cuire ses beignes dans l’huile de canola ou de [la graisse végétale] Crisco », rajoute le propriétaire de Beignes d’antan.

D’ailleurs, Steve Harnois n’est absolument pas frileux à l’idée partager sa recette, bien au contraire.

« On encourage les gens à faire leurs beignes aux patates eux-mêmes, c’est pourquoi on partage toujours notre recette. On veut leur dire de s’amuser pendant le temps des Fêtes, de faire des beignes en famille. C’est une belle activité. Le reste de l’année, achetez-en des frais faits ! » lance Steve Harnois, avec bonhomie.

La pandémie semble avoir redonné aux gens le goût de cuisiner. Certains en profiteront sûrement pour faire revivre des traditions familiales, estime l’historien Claude Tessier. La corvée de beignes aux patates reprendra peut-être du galon cette année, qui sait ? 

Recette de beignes aux patates

INGRÉDIENTS

  • 1 lb (454 g) de patates pilées
  • 2 c. à soupe (30 ml) de vanille
  • 2 tasses (500 ml) de sucre
  • ½ tasse (125 ml) de beurre
  • 7 tasses (1750 ml) de farine
  • 2 c. à soupe (30 ml) de poudre à pâte
  • 2 tasses (500 ml) de lait

PRÉPARATION

Mélanger tous les ingrédients dans un grand bol et laisser reposer au réfrigérateur pendant 24 heures. Former les beignes à la main ou à l’emporte-pièce et les faire frire dans de la graisse végétale ou dans de l’huile de canola. Saupoudrer de sucre à glacer (facultatif).



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