Célébrer la culture gastronomique du Québec

Sophie Ginoux Collaboration spéciale
La cheffe du restaurant Foxy, Dyan Solomon, a créé pour le gala du festival un plat mêlant de la féta, découverte lors d'Expo 67, des pommes et des courges.
Photo: Marie-Hélène Lemarbre La cheffe du restaurant Foxy, Dyan Solomon, a créé pour le gala du festival un plat mêlant de la féta, découverte lors d'Expo 67, des pommes et des courges.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Le festival Cuisine, cinéma et confidences, qui a lieu en fin de semaine à Baie-Saint-Paul, a pris cette année la forme d’une grande déclaration d’amour à la gastronomie québécoise et à la dimension culturelle qu’elle revêt pleinement depuis Expo 67. Petit aperçu de l’événement.

Depuis vendredi, la petite commune charlevoisienne de Baie-Saint-Paul s’est transformée en haut lieu gourmand. Lucie Tremblay, fondatrice et directrice du festival Cuisine, cinéma et confidences (CCC), son équipe, plusieurs établissements locaux et une quarantaine d’invités animeront jusqu’à dimanche une série d’activités conjuguant les arts de la table et le septième art.

Cette 4e édition du festival, qui devrait attirer 2000 participants, a pour thème central l’histoire d’amour. Pourquoi ? « Parce que nous voulons faire une déclaration d’amour à nos chefs, restaurateurs et producteurs, qui ont beaucoup souffert pendant la pandémie », explique Lucie Tremblay. Un message qui a rejoint Christine Plante, cofondatrice des Lauriers de la gastronomie québécoise et cheffe d’orchestre cette année de deux activités de l’événement. « L’idée forte, c’est le plaisir, indique-t-elle. Se faire plaisir et faire plaisir aux gens qu’on aime. »

Un délicieux programme

Le menu du festival est fidèle à l’approche qu’il a adoptée depuis 2018. On retrouve donc à quelques endroits stratégiques — l’Hôtel & Spa Le Germain Charlevoix, la Maison mère et le Musée d’art contemporain, principalement — une série de projections à thématique directement ou indirectement gourmande, comme les films Les parfums, ABE et C.R.A.Z.Y., ainsi que les documentaires SAQ : 100 ans d’histoire et Chiliheads, fous de piments forts.

Plusieurs visionnements constituent des prétextes à des repas, à des ateliers et à des conférences. Francis Reddy s’est par exemple intéressé vendredi à la relation que les Québécois entretiennent avec leur société d’État centenaire, tandis que la projection de La Belle et le clochard sera suivie dimanche d’un atelier sur les pâtes. Soulignons aussi que le film Le nez, qui explore l’univers des odeurs, donnera lieu samedi à une discussion puis à une dégustation animée par trois sommeliers.

Parallèlement, un parcours gourmand piéton à travers les restaurants de Baie-Saint-Paul, un panel sur les femmes entrepreneures dans le milieu agroalimentaire animé par Liza Frulla, ou encore un brunch musical préparé par la brigade d’étudiants de l’ITHQ en compagnie de Christian Bégin, Christine Plante et Éléonore Lagacé sont proposés aux visiteurs.

Les regards convergent surtout vers la thématique d’Expo 67, au cœur d’une projection du documentaire Expo 67. Mission impossible, d’une conférence et du repas de gala assuré par plusieurs chefs et sommeliers couronnés par les Lauriers de la gastronomie québécoise.

Fondatrice Expo 67

En 2022, Expo 67 aura eu lieu il y a 55 ans. Événement charnière dans l’histoire du Québec, elle a ouvert au monde une société encore repliée sur elle-même et y a semé les graines de nombreux changements économiques, culturels, sociétaux… et gastronomiques !

Comme le rappelle l’historien Roger La Roche, qui avait 13 ans à l’époque et y a travaillé, « Avant Expo 67, la notion de gastronomie n’existait pas au Québec. Il y avait seulement quatre restaurants internationaux dans la province, et le raffinement se résumait à un repas chez Da Giovanni ou dans un buffet chinois. Quant aux vins et aux bières, les premiers étaient infects et les secondes goûtaient l’eau colorée. »

M. La Roche, qui est entre autres l’auteur de L’homme et son estomac, une bible de presque 300 pages sur le volet gastronomique d’Expo 67, estime qu’elle a été fondamentale à plusieurs points de vue. « Elle nous a notamment permis de découvrir notre curiosité et de nous ouvrir à l’Autre. Des cultures exotiques comme celles du Maghreb, du Japon, ou ne serait-ce que celle du Grand Nord canadien nous ont été dévoilées à travers des spécialités comme le couscous, les sushis et le potage aux queues de castor. Cela a ouvert la voie à l’accueil de ces traditions et de leurs représentants par la suite, et à l’exploration de notre propre cuisine », rappelle-t-il.

Avant Expo 67, la notion de gastronomie n’existait pas au Québec. Il y avait seulement quatre restaurants internationaux dans la province, et le raffinement se résumait à un repas chez Da Giovanni ou dans un buffet chinois. Quant aux vins et aux bières, les premiers étaient infects et les secondes goûtaient l’eau colorée.

 

Il sera donc question d’hommage à ces éléments fondateurs lors du repas de gala, présidé par l’invité d’honneur Jean-Paul Grappe et auquel participeront les chefs Dyan Solomon (FOXY), Vanessa Laberge (Olive + gourmando), Simon Mathys (Mastard), Julien Masia (Arvi), Émile Tremblay (Faux Bergers), Cathy Méra et Jean-Philippe Monette (ITHQ). Les sommeliers Véronique Dalle, Jade Labonté Harvey et Joris Garcia compléteront cette brochette avec des vins exclusifs du Québec, qui accompagneront des plats dont des ingrédients ont été découverts lors d’Expo 67, comme le foie gras, la féta, les œufs de poisson, les huîtres et le piment poblano. Nul doute qu’à son échelle, cette soirée restera elle aussi dans les mémoires.

À voir en vidéo