Une Grande Presse pour redonner du lustre au cidre

Le cidriculteur Marc-Antoine Lasnier (à droite) et le vinificateur Éric Vincent, à la Cidrerie Milton, située en Estrie
Charles Briand Le cidriculteur Marc-Antoine Lasnier (à droite) et le vinificateur Éric Vincent, à la Cidrerie Milton, située en Estrie

À l’instar des bières de microbrasseries ou des vins québécois, les projecteurs se tournent sur les cidres d’ici. Mais les préjugés pour cet alcool — l’un des plus vieux fabriqués au Québec — sont tenaces et c’est pour mettre en lumière les distinctions et le savoir-faire local que l’association des Producteurs de cidre du Québec invite les curieux à venir les rencontrer du 22 au 24 octobre, un peu partout en province.

L’événement, nommé La Grande Presse, arrive pile-poil en pleine saison des pressages. Un beau clin d’œil arrangé par le gars des vues, Marc-Antoine Lasnier, président de l’association et cidriculteur dans l’entreprise familiale Cidrerie Milton, établie en Estrie depuis quatre générations. Inspiré par un rassemblement qui a lieu depuis une vingtaine d’années à Franklin, au Massachusetts, il s’est mis à vendre du jusde pomme aux amateurs qui font leur propre cidre maison. « Au Massachusetts, c’est un incontournable. J’aimais beaucoup l’ambiance et j’ai eu envie [de rapporter le concept]. Alors, il y a trois ans, on a commencé à vendre notre jus et cette journée-là est tellement nourrissante humainement que je ne passerais plus à côté de ça », s’enthousiasme-t-il.

Une journée si chère à ses yeux que Marc-Antoine Lasnier a décidé de déployer l’idée à travers le Québec pour que les confrères puissent avoir une belle raison d’ouvrir leurs portes aux consommateurs.

« Alors que normalement on est un peu malmenés — on ne fait ni du vin ni de la bière —, là on devient les stars, rigole-t-il. Le cidre, c’est un des alcools les plus québécois. C’est très local et à travers La Grande Presse, on veut valoriser cette culture. » La programmation de cette première édition rassemble plus d’une dizaine de producteurs. En plus des visites guidées, des dégustations et des démonstrations de pressage, des rassemblements plus participatifs seront aussi organisés, dont un atelier pour faire son propre cidre effervescent à la Ferme Black Creek, en Montérégie, ou encore un OktoberCidre à la Cidrerie Milton où se marieront saucisses, choucroute, bretzel et dégustation de cidre sec.

Prophète en son pays

Si un engouement pour le cidre est palpable depuis les cinq dernières années, il n’en reste pas moins que la majorité des gens méconnaissent encore ses genres et ses déclinaisons, remarque Marc-Antoine Lasnier. Après avoir lancé la Semaine des cidres du Québec, où les détaillants exposent la diversité de leurs inventaires, il estime qu’il fallait inciter la population à rencontrer les cidriculteurs et à discuter avec eux pour qu’ils puissent, à leur façon, démocratiser leurs produits.

Toujours selon Marc-Antoine Lasnier, la maxime « nul n’est prophète en son pays » pourrait s’appliquer encore au cidre québécois, lui qui est encensé pour sa qualité à l’international. Une reconnaissance qui est d’autant plus enviable par des pays où le cidre est largement consommé, comme l’Irlande ou l’Angleterre qui compte un ratio de 15 litres par habitant. En comparaison, il s’en boit 0,4 litre par habitant au Québec.

« Dans les concours, j’ai plus peur de me faire déloger par des confrères québécois que par les autres ! relate M. Lasnier, qui a aussi été juge sur des compétitions mondiales. Le caractère emblématique du cidre d’ici est une conséquence des règles de production obligeant tous les cidriculteurs à être aussi pomiculteurs.

« Nos collègues américains, eux, ils appellent le gars de la presse qui leur livre du jus. Ils ne savent pas de quelles variétés de pommes ça provient ni les niveaux de maturité. Ils ne connaissent pas le terroir non plus. Nous, au Québec, on maîtrise tout ça. »

Vente interdite

Et le plus étonnant, c’est que l’unicité du cidre québécois à travers le monde est venue grâce à son interdiction au Québec, en 1921. Cette année-là, la Loi sur la Commission des liqueurs interdira la vente de cidre jusqu’en 1970, où sa légalité fait exploser les ventes. On dit qu’à l’époque, il s’est consommé trois fois plus de cidre qu’actuellement.

« Pour répondre à la demande, les producteurs ont tourné les coins ronds et il y a du mauvais cidre qui s’est fabriqué, raconte Marc-Antoine Lasnier. Tous les baby-boomers ont une mauvaise perception du cidre en raison de celui qui a été fait dans ces années-là. »

Dans les années 80, des pionniers ont décidé de revoir le cahier de charges balisant la production de cidre. Des bases restrictives — comme l’obligation d’être d’abord pomiculteurs — ont permis d’amener une qualité de cidre qui est inégalée, estime Marc-Antoine Lasnier.

Le revers de la médaille, c’est que les règles empêchent de produire à plus gros volume, alors que le Québec est la province qui compte le plus de producteurs au Canada. « On boit moins de cidre au Québec, mais on en boit du meilleur ! »

 

Le terroir à votre porte

Les produits de l’île d’Orléans, de la Côte-de-Beaupré et de Charlevoix sont désormais disponibles en commande en ligne avec livraison à domicile grâce à la plateforme Les 3 Terroirs. Cette idée de la Chambre de commerce de l’île d‘Orléans est une réponse à la demande grandissante des consommateurs de la grande région de Québec pour les produits locaux de l’île à l’année. Rapidement, l’initiative a trouvé écho chez les producteurs de la Côte-de-Beaupré et de Charlevoix qui cherchaient également une façon de soutenir l’intérêt pour leurs produits et leur artisanat local auprès des gens de la ville de Québec.

Lancé il y a quelques mois pour tester le modèle d’affaires, le site transactionnel est désormais fin prêt et propose maintenant plus de 300 produits, dont une sélection d’aliments, des boîtes-repas, des oeuvres d’art ainsi que des produits de beauté. Quelques offres de services et forfaits font aussi partie du lot. Des boîtes découvertes sont offertes pour les friands de surprises qui souhaitent encore mieux connaître les saveurs locales.

La clientèle peut passer sa commande avant minuit chaque mardi, pour une livraison à domicile le vendredi ou le samedi. Des points de dépôt sont aussi prédéterminés pour plus de flexibilité. Les3terroirs.com



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