Karine Jacques et son secret de moins en moins bien gardé

Depuis une dizaine d’années, Karine Jacques trimballe sa passion pour les bons produits dans différents établissements de la capitale.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Depuis une dizaine d’années, Karine Jacques trimballe sa passion pour les bons produits dans différents établissements de la capitale.

Les gourmands et gourmandes de Québec connaissent le nom de Karine Jacques. Depuis une dizaine d’années, elle trimballe sa passion pour les bons produits dans différents établissements de la capitale. Après son départ du Diner Saint-Sauveur, on avait perdu sa trace, jusqu’à ce qu’on la repère à la tête de sa propre marque : Babeurre délicatesses.

Au moment où nous venons prendre de ses nouvelles, Karine Jacques est en train de napper ses madeleines d’un miel infusé avec la camomille de son jardin. Une musique folk se fait entendre et le soleil d’août rayonne dans la salle à manger de sa nouvelle maison dans Limoilou. Il règne un air léger, et l’attitude de la cheffe n’y est pas étrangère. Son nouveau terrain de jeux, Babeurre délicatesses, dont la rumeur favorable est sans cesse grandissante, la comble beaucoup.

« Je suis cachottière, je n’en ai pas tellement parlé. Je suis quand même timide dans la vie. Je fais mes petites affaires… glisse-t-elle, visiblement intriguée qu’on s’intéresse à son nouveau projet. J’ai toujours travaillé pour du monde et là, je me donne carte blanche. Je n’ai aucune contrainte. J’étais rendue là. Soit je me lançais, soit je faisais carrément autre chose. Babeurre, c’est comme un projet-pilote. »

Après avoir laissé sa signature au regretté Moine échanson ou encore au Renard et la Chouette, c’est visiblement les petites douceurs qu’elle livrait sans attente au microtorréfacteur Cantook qui ont allumé des lumières et des possibles. Alors que s’organisait début juin le premier marché public du quartier Saint-Jean-Baptiste, elle a décidé de faire le saut et de lancer sa marque.

Babeurre, c’est d’abord un clin d’œil à l’autocorrecteur de son téléphone un jour où elle textait un terme affectueux à son amoureux. C’est devenu une évidence. « J’adore le babeurre, j’en mets partout ! Ça sonne réconfortant et doux, mais c’est aussi ce qui reste du barattage de la crème pour faire du beurre. Cette idée de recycler, de ne rien gaspiller, de réutiliser, je suis là-dedans. Je ramasse les tomates [déclassées] de la ferme La Baigneuse, j’aime rendre nobles des produits qu’on laisserait de côté normalement et mettre en avant les producteurs. J’aimerais plus tard m’associer à des fromageries pour avoir leur babeurre. »

Il n’en fallait pas plus pour qu’elle se retrouve sur le parvis de l’église Saint-Jean-Baptiste avec ses délicatesses du moment. L’enthousiasme de la clientèle ne s’est pas fait attendre et les ventes augmentent semaine après semaine, au grand dam de la principale intéressée qui transforme sa cuisine en espace de production deux semaines par mois. « Il y a quelque chose d’agréable dans le fait de ne pas avoir d’adresse [fixe], mais là, ça me prend un local [pour cuisiner] ! »

Ses propres limites

Si son vif succès la surprend un peu, sa décision, elle, est mûrie depuis la naissance de son fils, il y a quatre ans.

« Tu sais jamais comment un enfant va te changer. Le fait d’avoir la vie d’un autre être humain en dedans de moi, ça m’a fait prendre conscience de ma propre personne, de mes propres limites. J’ai tout remis ça en perspective. Ce n’est pas que je ne voudrais pas être cheffe dans un autre établissement, mais je veux que ma vie familiale soit agréable. Je ne veux pas être la maman qui n’est pas à la maison. »

Au contraire, le côté « fait maison » est la touche qu’elle se plaît à mettre dans chacune de ses créations. À l’instar d’un Jamie Oliver, d’une Donna Hay et des confrères Patrice Demers et Stéphanie Labelle — tous des inspirations —, Karine Jacques joue la carte du « réconfort. Du léché, mais pas léché. J’aime utiliser les fleurs et les herbes, par exemple. Ça ajoute de la personnalité ».

Et dans sa recherche d’équilibre de vie, elle a retrouvé le plaisir de créer. « Je m’amuse ! J’essaie de nouvelles affaires. Là, j’ai fait ma pâte phyllo et tantôt je ferai des spanakopitas. Je vais aussi faire des palmiers bleuets et sapin, des scones, de la tarte à la tomate, des financiers, des trottoirs aux fruits, liste-t-elle. Et des bomboloni, des beignes italiens. Ça, c’est fou ! C’est comme [mon] trade-mark. »

D’ores et déjà, les offres fusent et plusieurs cafés ou épiceries aimeraient mettre ses douceurs au menu. Karine, elle, mijote plein d’idées comme celle de devenir traiteur et offrir des boîtes de prêt-à-manger pour le brunch. « J’ai un filon… » laisse-t-elle simplement tomber, de toute évidence pas pressée de se décider. Pour le moment, elle savoure la réponse du public face à son saut dans le vide. Et espère, répète-t-elle, trouver un lieu de production pour que Babeurre délicatesses puisse s’épanouir encore mieux.

Babeurre délicatesses sera de retour au marché public de Saint-Jean-Baptiste le 4 septembre.

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