Le Groupe Yoke, porte-étendard du circuit court

La propriétaire du ranch Bisons Sur Mer, Nancy Pouliot, et la restauratrice Manon Cambefort, illustrent bien le point de départ du regroupement Yoke, qui vise notamment à soutenir l’économie locale.
Photo: Éric Truchon La propriétaire du ranch Bisons Sur Mer, Nancy Pouliot, et la restauratrice Manon Cambefort, illustrent bien le point de départ du regroupement Yoke, qui vise notamment à soutenir l’économie locale.

Soutenir l’économie locale, nourrir des liens entre producteurs et consommateurs, protéger l’environnement, mettre l’humain au cœur des décisions ; certains pourraient y voir une liste de vœux pieux. Pour les fondateurs du Groupe Yoke, c’est ni plus ni moins leur philosophie. Et pour sauter dans l’arène du concret, ils ont récemment acquis l’abattoir de Luceville, dans le Bas-Saint-Laurent.

La prémisse a des airs de déjà-vu : une pandémie, des remises en question, une volonté de changement et, finalement, le saut de l’ange. Voilà ce qui a amené Frédéric Noreau à quitter une carrière dans la finance pour cofonder, avec quatre autres partenaires, le Groupe Yoke. Parmi eux, la restauratrice Manon Cambefort et la propriétaire du ranch Bisons Sur Mer, Nancy Pouliot, illustrent bien le point de départ de leur regroupement.

« Quand j’ai rencontré Nancy et qu’elle m’a parlé du bison, je trouvais que c’était un produit assez exotique pour qu’il soit servi dans mes restaurants, raconte la copropriétaire de Nicky Sushi. Puis, c’est là qu’elle m’a dit que ses bêtes partaient vivantes pour l’Ontario ou les États-Unis, qu’elle ne pouvait pas faire abattre ses bisons [au Québec] parce que ça demandait une modification [des infrastructures] de l’abattoir par les propriétaires [qui, eux, cherchaient à vendre]. J’ai dit : eh bien, on va l’acheter ! De là est parti le processus. »

« L’innovation n’était plus au rendez-vous depuis quelques années, pas plus que la relève, ajoute Frédéric Noreau, conscient que certains producteurs québécois ne pouvaient pas vendre leurs produits au Québec, faute d’un abattoir modernisé. Et l’éventuelle fermeture signifiait surtout la perte d’un fleuron régional. Cette entreprise familiale du Bas-Saint-Laurent a toujours été connue pour la qualité de ses viandes. »

À Noël dernier, un duo de tartares de saumon et de bison figurait au menu des restaurants de Manon Cambefort, signe du nouveau souffle pour l’abattoir de Luceville. Elle s’en réjouit encore. « Nous voyant sérieux dans notre démarche, Carol et Claude Bernier, les anciens propriétaires, ont fait les modifications nécessaires. Ils vont rester avec nous quelques années pour la transition, pour le passage du savoir-faire. »

Déjà, la demande s’emballe. L’acquisition suscite beaucoup d’enthousiasme chez les producteurs. « C’est comme si ça grouillait derrière le barrage et que le barrage vient de s’ouvrir », expose Mme Cambefort. Celle qui porte le chapeau de responsable du développement des affaires dans le Groupe Yoke indique que son objectif est d’augmenter le volume d’abattage et d’être à la fine pointe de la technologie pour assurer la pérennité de l’entreprise. « Plusieurs producteurs demandent des valeurs ajoutées. Certains aimeraient faire du bacon, d’autres de la saucisse. Ils veulent qu’on aille plus loin dans l’offre. »

De la ferme à la table

Pour les nouveaux propriétaires, le souhait ultime est de démocratiser le circuit court entre producteurs et consommateurs. « La demande est là pour que les matières premières ne passent plus par deux, trois ou quatre intervenants. Tout le monde prend sa cote et, du coup, à la fin, le restaurateur a un prix qui n’a plus de sens », souligne Manon Cambefort, qui voit dans l’approche du Groupe une façon d’incarner davantage l’expression « de la ferme à la table ».

Elle montre en exemple les chefs Tommy Roy, du restaurant Arlequin, Colombe St-Pierre et Stéphane Modat, qui mettent la lumière sur ceux qui créent la matière première. « Les restaurateurs doivent s’informer sur l’éthique du producteur, sur la provenance du produit. Et ça fait des petits. Les clients mangent du bison, par exemple, savent ensuite qu’il vient d’un ranch, se disent : “Tiens, on va aller voir”. »

Selon Frédéric Noreau, les conditions idéales étaient réunies. Non seulement l’acquisition de l’abattoir assurait la santé économique de la région, mais elle garantissait une variété de viandes québécoises au moment où l’importance de l’achat local est devenue une évidence.

« En humanisant les produits, en travaillant main dans la main, on veut faire les choses différemment », affirme-t-il en se rappelant les enseignements inspirants de son ancien professeur d’économie et ancien rédacteur en chef du Devoir, Jean-Robert Sansfaçon. Il vise à devenir un agent de changement. « La pandémie, ça aura donné ça ! »

Le Groupe Yoke a plus d’un projet dans sa besace. Les gestionnaires prévoient soutenir d’autres projets ou organismes qui ont des activités durables sur les plans environnemental, économique et social.

À voir en vidéo