La tournée des tables champêtres du Québec

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
Un pique-nique préparé par le projet de La Famille, dans les Cantons-de-l’Est
Photo: Tristan le photographe Un pique-nique préparé par le projet de La Famille, dans les Cantons-de-l’Est

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Bucoliques, généreuses, rassembleuses, festives. Ah, ce qu’elles sont chouettes, les tables champêtres du Québec ! Elles cristallisent pour beaucoup ce que les produits locaux ont à offrir de mieux, et elles se teintent de plus en plus de valeurs citoyennes et responsables, à l’image de la société qui les entoure. Petite balade à travers ces adresses aussi gourmandes que colorées.

Les tables champêtres sont présentes dans toutes les régions du Québec et nous accueillent la plupart du temps aux beaux jours, lorsque les produits de la terre sont à leur apogée. Toutefois, elles peuvent prendre diverses formes.

Traditionnellement, ce sont des fermes qui se caractérisent par des repas concoctés « du champ à l’assiette ». Certaines d’entre elles sont d’ailleurs le fruit d’une longue tradition d’agriculture familiale. C’est le cas par exemple de L’Orée des champs, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dont la terre a été travaillée depuis 1925 et qui s’est spécialisée dans l’élevage ovin. On peut aussi penser à Labonté de la pomme, une exploitation d’Oka qui existe depuis cinq générations et qui dispose d’une érablière, de vergers, de ruches et d’un immense jardin.

D’autres tables champêtres, plus récentes, ont marqué le retour, ou l’aller simple, vers la terre de personnes qui n’étaient pas agricultrices, comme la ferme Au pied levé à Magog, tenue par une ancienne infirmière et un designer d’exposition ; ainsi que le nouveau Mangeoir, en Montérégie, créé par un jeune couple de Montréalais qui vise l’autosuffisance alimentaire.

Agrotourisme et développement durable

Ils ne sont pas les seuls à avoir fait ce choix. La cheffe Fisun Ercan a troqué en 2018 les cuisines montréalaises du Su pour une maison ancestrale et un grand jardin d’une acre à Saint-Blaise-sur-Richelieu, où elle reçoit à présent les fins de semaine des clients pour des repas et des ateliers de cuisine. « Avec mon projet Bika, je retourne à mes racines, raconte-t-elle. J’ai grandi en Turquie au sein d’une famille qui n’utilisait que des produits locaux, frais et de saison. Ce fut donc un vrai choc quand je suis arrivée ici à l’âge de 28 ans. Trouver du melon d’eau en janvier, c’était aberrant pour moi. J’ai donc travaillé, comme cheffe, à prioriser les produits locaux, mais ce n’était pas suffisant, alors j’ai acheté une terre et m’y suis installée. »

Ce fut un vrai choc quand je suis arrivée ici à l’âge de 28 ans. Trouver du melon d’eau en janvier, c’était aberrant pour moi. J’ai donc travaillé, comme cheffe, à prioriser les produits locaux.

 

L’objectif de Fisun Ercan n’est pas de devenir maraîchère, même si son jardin biodynamique la fournit généreusement en légumes de toutes sortes qui constituent le cœur de ses menus. « Je veux rester dans ou autour d’une cuisine, c’est mon métier. Je souhaite juste avec Bika partager ma vision de l’alimentation, basée sur des valeurs de durabilité et d’écoresponsabilité. »

Locavorisme ludique

Tous les concepts de table champêtre ne se donnent pas une mission éducative du même ordre que Bika, mais la majorité d’entre eux mettent en avant les produits locaux, voire hyperlocaux, et reflètent la personnalité de leurs propriétaires. Dans Lanaudière, Les jardins sauvages ont été fondés par un cueilleur d’expérience et une cheffe créative qui sait transformer les bijoux méconnus de notre territoire. Dans les Basses-Laurentides, le Vignoble du Ruisseau fait profiter ses visiteurs de formules gourmandes réalisées avec les produits de son érablière et de ses élevages. Un peu plus au nord, il faut tester l’atmosphère festive des soirées MLV la nuit, de la boulangerie Merci la vie et de la Cantine Pollens et Nectars de Miels d’Anicet. Près de Baie-Saint-Paul, la cantine des Faux bergers est incontournable. Et la liste serait encore longue…

Une nouveauté apparue lors de la pandémie est également intéressante à observer : les pique-niques gourmets, qui sont devenus très populaires depuis un an. La Cabane d’à côté, qui fait partie du groupe Au pied de cochon, propose par exemple en été des pique-niques que l’on peut déguster entre deux rangées de pommiers.

Dans les Cantons-de-l’Est, le projet de La Famille mérite aussi le déplacement. Composé de huit associés, dont quatre cuisiniers professionnels, un cuisinier-maraîcher et deux sommeliers, ce groupe travaille depuis deux ans à la création d’une table champêtre et propose, en attendant, des pique-niques élaborés à partir de produits 100 % locaux. « Nous voulons montrer qu’un restaurant peut être un vecteur économique régional et combien notre Famille est vaste ! » confirme Sandra Jarry, qui collabore avec des producteurs, mais aussi des tresseuses et des couturières québécoises pour les paniers et les couvertures qui accompagnent les huit délicieux petits plats à partager de cette formule. Comme quoi, miser sur l’agrotourisme local et responsable, c’est gagnant pour tous !

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