Une étoile à Saint-Mathieu-du-Parc

Catherine Lefebvre
Collaboration spéciale
Vue sur le lac Bellemare en face de l'Auberge Saint-Mathieu-du-Lac
Photo: Catherine Lefebvre Vue sur le lac Bellemare en face de l'Auberge Saint-Mathieu-du-Lac

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

À l’entrée du parc national de la Mauricie se cache un trésor: la cuisine du chef Samy Benabed. Au restaurant de l’Auberge Saint-Mathieu-du-Lac, il crée avec soin des plats extraordinaires. Sa cuisine est une destination en soi. Découverte.


 

Nous arrivons à l’Auberge Saint-Mathieu-du-Lac en fin d’après-midi. La lumière sur le lac Bellemare est sublime, l’eau est si calme qu’elle ressemble à un miroir. L’endroit est sans prétention et le personnel est chaleureux. On se croirait au chalet familial.

L’auberge est tenue par Louise Trottier et Jean-Marcel Lacourse. « Ça fait 20 ans que l’auberge est en service, raconte Mme Trottier. Depuis toujours, notre clientèle est composée à 90 % d’Européens. Quand la pandémie est survenue, il a fallu revoir notre stratégie pour attirer des clients du Québec. » Heureusement, Samy Benabed envisageait déjà de revenir dans la région l’été dernier pour prendre les commandes de la cuisine du restaurant de l’auberge.

Formé en philosophie, il travaille en restauration pendant ses études. Il passe notamment par La Salle à manger à Montréal. Il se rend ensuite au Danemark pour faire deux stages au réputé restaurant Relae — fermé à la fin de 2020. À son retour, Laurent Godbout le recrute pour diriger la cuisine de L’Épicier. Manifestement, le chef autodidacte a fait ses classes.

Une émotion en bouche

C’est le moment de passer à table. La table d’hôte commence par du pain au levain de la boulangerie Du bon pain, croûte que croûte de Saint-Élie-de-Caxton, la municipalité voisine. Il est accompagné de beurre noisette et de miel d’automne de la miellerie locale Belle-de-mai. Le choix du pain et du beurre est habituellement un bon signe de la suite du repas.

Le festin commence par une soupe froide de pois verts. Au fond du bol, il y a des pois verts brûlés, des feuilles de mélisse, de basilic citron et de marjolaine, des fleurs de ciboulette, de la poudre de pois verts et des cendres de cosses de pois verts. Ça goûte vert, la fraîcheur des premières récoltes, la douceur d’une nuit au bord du lac.

Une tartelette suit. Elle est garnie d’un tzatziki maison avec aneth du potager et salicorne, de fines lamelles de concombres libanais, d’oursin de Rimouski, de pousses de coriandre et de poudre de lime noire. Rares sont les restaurants d’ici qui servent de l’oursin du Québec. Chapeau !

Photo: Samy Benabed Le plat de magret de canard, accompagné d'un bouquet de brassicacées et d'une purée de broccolini et vert d’ail des bois

Nous passons ensuite au plat de résistance. Mais tout porte à croire que Samy Benabed ne fait pas dans la lourdeur. Le magret de canard est cuit à la perfection et nappé d’un filet de jus de canard. Le bouquet de brassicacées, fait de tatsoi, bok choy, mizuna et broccolini des Potagers sauvages à Sainte-Angèle, vole toutefois la vedette du plat. Le chef prend le temps de sortir de sa cuisine pour nous en parler. « J’ai joué avec les différentes techniques de cuisson pour les mettre en valeur, explique-t-il. Ils sont cuits sur le charbon, en salade crue et en fleurs. » Au centre de l’assiette, il y a une sublime purée de broccolini et vert d’ail des bois. La cuisson au charbon revient souvent dans sa cuisine. Est-ce redondant ? Pas du tout ! En plus, ça goûte l’été !

D’ailleurs, le dessert aussi rappelle les soirées estivales autour d’un feu de camp. Sa version des s’mores est composée de ganache au chocolat noir, de meringue deux façons, d’un émietté de biscuit Graham et de crème glacée au bois brûlé. Même ici, la fraîcheur s’inscrit dans ce dessert parfaitement sucré.

Le seul bémol du repas est la carte des vins, plutôt courte et très classique. Des bouteilles un peu trop convenues pour une cuisine si exceptionnelle.

En pleine nature

Un séjour à l’Auberge Saint-Mathieu-du-Lac est aussi l’occasion de s’amuser dans le parc national de la Mauricie. Depuis l’auberge, nous faisons environ 45 minutes en voiture pour nous rendre au lac Wapizagonke pour récupérer notre canot de location. De là, nous pagayons pendant une heure et demie, nous faisons deux petits portages par-dessus un barrage, et nous accostons notre embarcation au bout du lac. Nous faisons ensuite une randonnée d’une heure jusqu’aux magnifiques chutes Waber. On dîne au bord de celles-ci, on se trempe les pieds dans l’eau fraîche et on revient doucement. Cette sortie de canot-rando est parfaite pour un séjour gourmand en plein air.

Bon à savoir

L’Auberge Saint-Mathieu-du-Lac n’affiche pas encore complet cet été.

Pour louer des embarcations dans le parc national de la Mauricie, c'est ici.

Le parc national de la Mauricie comprend 110 km de sentier de randonnée et plus de 150 lacs.

Ce séjour a été en partie rendu possible grâce à une invitation de l’Auberge Saint-Mathieu-du-Lac.



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