Savez-vous planter des choux… dans l’espace?

Catherine Lefebvre Collaboration spéciale
Plus les missions seront longues et lointaines, comme celles sur la Lune, plus il faudra trouver de nouvelles façons d'approvisionner les astronautes en denrées alimentaires.
Photo: Robert Atanasovski Agence France-Presse Plus les missions seront longues et lointaines, comme celles sur la Lune, plus il faudra trouver de nouvelles façons d'approvisionner les astronautes en denrées alimentaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

L’Agence spatiale canadienne (ASC), en collaboration avec la NASA, a lancé le Défi de l’alimentation dans l’espace lointain en janvier dernier. La mission consiste à produire des aliments dans l’espace pour soutenir des missions spatiales de longue durée tout en procurant des bienfaits sur Terre. Coup d’œil.

 

Étant donné la prévision des effets des changements climatiques sur la production agricole mondiale, il n’est pas étonnant qu’autant de scientifiques s’intéressent à l’avenir de l’agriculture terrestre. Le fait que l’ASC se joigne à la partie peut paraître surprenant.

Toutefois, elle est d’avis que la sécurité alimentaire est un défi chronique auquel font face les communautés urbaines, rurales, nordiques et éloignées. Elle croit aussi que la technologie permet d’offrir des solutions de rechange adaptées aux différents milieux, sur la Terre comme au ciel.

Le Défi de l’alimentation dans l’espace lointain est un concours offert aux Canadiens de divers milieux professionnels. Ils peuvent soumettre de nouvelles idées, de nouvelles technologies ou de nouveaux systèmes de production alimentaire pour les missions spatiales de longue durée, tout en ayant le potentiel de profiter aux gens sur Terre. « Si nous sommes capables d’opérer des technologies terrestres pour faciliter l’accès à la nourriture partout au Canada, même dans le Grand Nord, cela nous permettra sans doute d’aider les astronautes à cultiver des aliments dans l’espace », explique Clélia Cothier, gestionnaire du Défi de l’alimentation dans l’espace lointain à l’ASC.

Au-delà des aliments lyophilisés

Notre image de l’alimentation des astronautes se résume souvent aux aliments lyophilisés. Exempts d’eau, ils prennent peu de place et ils sont très légers à transporter. C’est pratique en camping. Mais pour un long séjour comme celui de l’astronaute canadien David Saint-Jacques et ses collègues, un vaisseau de cargaison spatial envoyé depuis Houston aux États-Unis transportait périodiquement des équipements et des aliments destinés aux astronautes toutes les quatre à six semaines. Ils ont passé 204 jours dans l’espace. Cela représente donc un nombre considérable de livraisons « à domicile ».

C’est entre autres pourquoi l’ASC et la NASA se penchent sur la question de l’alimentation des astronautes. Dans leur contexte particulier, serait-il réellement possible de faire pousser une partie de leur nourriture dans l’espace ?

« Les équipes du Centennial Challenges Program de la NASA travaillaient depuis quelques années sur un défi lié à l’alimentation des astronautes, un élément essentiel des futures missions de longue durée dans l’espace », ajoute Clélia Cothier. Il va sans dire, plus les missions seront longues et lointaines, comme celles sur la Lune et sur Mars, plus il faudra trouver de nouvelles façons de les approvisionner en denrées alimentaires.

Citoyens, à vos tables à dessin !

Outre les nombreux films de science-fiction qui mettent en scène une agriculture florissante dans l’espace, les avancées technologiques en agroalimentaire ont surtout lieu sur Terre. Pour le moment, du moins. « Nous voyons de plus en plus de fermes verticales apparaître aux États-Unis et au Canada et c’est une période passionnante où la technologie terrestre peut bénéficier aux missions spatiales. Parallèlement, la technologie spatiale peut à son tour bénéficier aux systèmes alimentaires développés sur Terre », avance-t-elle.

Par l’entremise de ce défi, l’ASC espère justement que les innovateurs développent des solutions de production alimentaire avancées, compactes et novatrices. Ainsi, cela pourrait améliorer la production locale, réduire les pénuries liées à la chaîne d’approvisionnement et l’incidence sur les ressources nécessaires à la production alimentaire dans les environnements extrêmes, les zones touchées par des catastrophes naturelles et les régions où les ressources sont limitées. Puisque les contraintes rencontrées en agriculture sur Terre sont parfois similaires à celles dans l’espace, ces solutions de rechange peuvent même servir de source d’inspiration pour les astronautes !

« La NASA est un leader mondial dans ce domaine [agriculture dans l’espace] et travaille depuis des décennies à la fois sur la façon dont elle nourrit ses astronautes lors des missions spatiales actuelles, mais aussi sur la planification de l’avenir, note Clélia Cothier. Elle est aussi notre plus proche partenaire et nous sommes heureux de collaborer avec elle dans le cadre du Défi et éventuellement d’autres activités dans le domaine de la production alimentaire. »


 

Le Défi de l’alimentation dans l’espace lointain accepte les dossiers de candidature jusqu’au 31 juillet 2021.

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