Cuisiner pour maman… comme un chef!

Sophie Ginoux Collaboration spéciale
Antonin Mousseau-Rivard, accompagné de sa mère, Katerine (à gauche), et Martin Juneau (à droite)
Photomontage: Daphné Caron/Martin Juneau Antonin Mousseau-Rivard, accompagné de sa mère, Katerine (à gauche), et Martin Juneau (à droite)

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

La fête des Mères représente pour beaucoup d’entre nous l’occasion idéale de rendre hommage aux femmes de notre vie, qu’il s’agisse de notre propre mère ou de celle de nos enfants. Et comme les souvenirs les plus indélébiles que nous gardons en mémoire sont souvent liés aux repas que nous avons partagés avec elles ou aux petits plats qu’elles nous ont concoctés — ah, cette madeleine de Proust ! —, les célébrer de manière gourmande va de soi. Un réflexe qui semble encore plus naturel pour des chefs, dont le métier est justement de faire plaisir aux gens en séduisant leurs papilles. Nous avons donc plongé dans l’intimité d’Antonin Mousseau-Rivard et de Martin Juneau pour connaître le lien culinaire qu’ils entretiennent avec les mères de leur vie… et surtout pour savoir comment ils s’y prennent pour les régaler !

Commençons cet article en déboulonnant un mythe. Non, les chefs ne cuisinent pas de la même manière à leur restaurant et dans leur quotidien. « Chez nous, c’est la cuisine familiale qui prime, affirme Antonin Mousseau-Rivard. Je mange encore beaucoup de plats de mon enfance. Et je réserve au resto mon côté artistique. » Même chose pour Martin Juneau, qui jouit tout de même d’un beau terrain de jeu avec une mère, une épouse — enceinte ! — et des enfants ouverts à la nouveauté. « Comme j’ai plus de temps qu’avant pour cuisiner, je m’amuse pas mal. On adore notamment les tacos réinventés et les légumes. J’ai aussi appris avec ma femme à cuisiner moins gras et moins salé. »

L’impact des femmes dans la cuisine d’un chef

Manger plus simplement chez eux n’empêche pas les chefs d’avoir un rapport très personnel avec la nourriture. Antonin Mousseau-Rivard avoue même qu’il voue une vraie obsession à la cuisine de son enfance. « Je me souviens du goût exact de plein de choses que j’ai mangées quand j’étais très jeune, et je suis sans cesse en quête du plaisir que j’ai eu lors de ma première bouchée de ces plats. Par exemple, je ne me rappelle rien de mon premier voyage en Martinique, sauf du boudin créole et des acras. » Le chef garde ainsi en mémoire les nombreux essais culinaires de sa mère Katherine (Mousseau), qui adorait à l’époque recevoir, découvrir des produits et tester des recettes. « C’est sans aucun doute cette profusion de découvertes qui a constitué mon premier éveil à la gastronomie et qui m’a poussé à cuisiner, comme ma mère travaillait beaucoup », raconte celui qui est depuis plus de 10 ans associé professionnellement à Mme Mousseau dans son restaurant. « Elle m’a toujours encouragé dans cette voie, et c’est grâce à elle si je suis à la tête du Mousso aujourd’hui. »

De son côté, Martin Juneau, qui a grandi avec une mère célibataire, se souvient essentiellement de plats traditionnels dans son enfance. « On n’était pas riches, alors on n’allait pas au resto. Mais ma mère cuisinait tous les jours des choses simples comme du hot chicken ou du pâté chinois. » C’est d’ailleurs avec ce savoir-faire familial que Lise (Carette) a préparé pendant les six premiers mois de la pandémie tous les desserts du Pastaga pour rendre service à son fils. Toutefois, c’est avec son épouse Valérie que le chef avoue avoir eu ses plus belles expériences gastronomiques. « C’est elle qui m’a poussé à essayer des restaurants cocardés comme celui de Bottura, par exemple », raconte-t-il.

Un repas pour maman

Martin Juneau est habitué à se retrouver derrière les fourneaux, que ce soit à son domicile ou pour des occasions familiales. « Et je fais la vaisselle, en plus ! » plaisante-t-il. Crise sanitaire oblige, c’est plutôt dans un parc, armé d’un petit barbecue, qu’il se verrait cuisiner dimanche un repas pour les femmes de sa vie. « Une bonne salade d’asperges et de halloumi grillés avec une sauce piquante ou fermentée, de la mortadelle et des champignons marinés sur une belle focaccia, et pour finir un cake au chocolat préparé avec les enfants, ce serait cool, je pense. »

Pour sa part, même si les fêtes commerciales ne sont pas célébrées dans sa famille, Antonin Mousseau-Rivard, qui mange au moins trois fois par semaine avec sa mère qui habite au-dessus de chez lui, sait parfaitement comment lui faire plaisir. « Ma mère n’aime pas les surprises ni les tests culinaires, explique-t-il. Je mise donc toujours sur la simplicité et le réconfort. Je sais qu’elle aimera du homard ou des crevettes fraîches accompagnés de mayonnaise à l’huile d’arachides. Ou bien, un rôti de bœuf avec une purée de pommes de terre et des haricots verts frais sautés. Et en dessert, une pavlova aux fraises bien crémée, mais pas trop sucrée. Par contre, tout repas familial chez nous commence par de bonnes bulles, c’est une tradition ! »



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