Pour l’amour du fromage

Par-delà les montagnes Rocheuses, le Québécois David Beaudoin bouleverse les habitudes alimentaires de nos voisins anglophones. 
Photo: Collection personnelle Par-delà les montagnes Rocheuses, le Québécois David Beaudoin bouleverse les habitudes alimentaires de nos voisins anglophones. 

Par-delà les montagnes Rocheuses, un Québécois bouleverse les habitudes alimentaires de nos voisins anglophones. À mi-chemin entre Charles Tisseyre et Bob le chef, David Beaudoin veut faire connaître sa passion pour les fromages locaux au plus grand nombre possible.

On pourrait croire qu’il est tombé dans le monde du fromage lorsqu’il était petit, mais il n’en est rien. Né à L’Ancienne-Lorette, il a grandi en dévorant du cheddar en grains comme bien des jeunes. C’est son sens inné de l’entrepreneuriat qui l’a fait voyager de l’autre côté du Canada. Ça, et un coup de foudre immense pour le paysage avec ses montagnes et ses rivières turquoise.

David Beaudoin s’installe en 2005 dans l’Okanagan. Et découvre que le seul fromage en grains vendu en Colombie-Britannique est orange et réfrigéré. Le Québécois — qui en a tant mangé ! — flaire le défi. « J’ai démarré un partenariat avec la fromagerie locale, The Village Cheese Company, connue pour son cheddar. Je les ai aidés à améliorer la qualité de leur fromage en grains, j’ai créé des systèmes pour l’ensacher et revu le marketing. [Parallèlement], j’ai démarré mon réseau de distribution de fromages et créé ma propre marque de commerce : The Squeaky Cheese. »

Après cinq ans de labeur, le propriétaire de la fromagerie lui offre d’en tenir les rênes, ce que David accepte. À ce moment-là, la fromagerie enregistrait un déficit de 400 000 $ par année. « Ça m’a pris cinq ans et j’ai tourné ça de bord. J’ai appris à faire du fromage, à le faire vieillir, même comment diriger un restaurant ! C’est pour ça que je n’ai aucun problème à dire que je suis l’ambassadeur des fromages canadiens ; je connais tout de l’industrie. Il n’y a pas un aspect que je n’aie pas touché en profondeur. »

On l’appelle désormais « The Squeaky Cheese Guy ». Il collabore ensuite avec la compagnie Bothwell pour produire du fromage en grains et Les Producteurs laitiers du Canada l’embauchent comme consultant et expert.

Ambassadeur

Pendant qu’il remettait sur pied la fromagerie, son prochain défi se dessinait déjà : éduquer les gens sur la richesse fromagère locale. « Ce n’est pas nécessairement un manque d’intérêt de la part des consommateurs, explique David Beaudoin. Il y a un manque de connaissances. »

Ne ménageant aucun effort, et ce, sur différentes plateformes, il travaille à changer les perceptions sur la santé et explique les réalités des producteurs laitiers et des artisans fromagers. En animant des séminaires ou des événements de dégustation, David raconte l’humain derrière chaque meule. Boulimique de lectures scientifiques et toujours partant pour de savoureuses anecdotes, le cheese ambassador vulgarise ses connaissances à différents publics un peu partout au Canada.

« L’intégrité, c’est une valeur importante pour moi. Je ne veux pas dire quelque chose et me rendre compte deux ans plus tard que j’ai influencé un million de personnes à faire le mauvais choix. »

Sa grande épreuve demeure le changement de mentalité des chaînes d’alimentation. « On fait énormément de bons fromages. Les chaînes veulent les avoir parce que l’achat local, c’est à la mode. Mais s’il faut qu’ils paient deux fois plus cher ou s’ils voient des fromages importés connus et moins chers, ils vont choisir de vendre ça parce qu’ils font plus d’argent », se désole-t-il.

« En France, le prix du lait n’est pas dans le prix du fromage. Tout le monde pense que le fromage devrait être le même prix que là-bas, mais en 2017, plus de 200 producteurs laitiers se sont enlevé la vie parce qu’ils n’étaient pas capables d’arriver, laisse tomber David. Acheter local, c’est soutenir notre monde, notre communauté. »

Et cette communauté, il l’a bien sentie depuis le début de la pandémie, et les demandes de séminaires en ligne ont explosé. Un beau problème pour celui qui se dit prêt à tout pour aider les gens à faire des choix conscients et à mettre en valeur des produits méconnus.

« Ma passion, c’est plus que le fromage. Ma passion, c’est la vie. Le fromage, le lait, c’est vivant. [En consommer], c’est bon pour nous et ça aide [nos entreprises]. Et tout ça permet une communion — breaking bread, comme on dit — et ça aussi, c’est la vie. »  

Le fromage qui fait skouic, skouic

Fascinante aventure que celle de la journaliste Pascale Lévesque, qui a parcouru le Québec et une partie de l’Ontario pour tout connaître du fromage en grains. Elle-même friande de cet aliment national, elle consigne toutes les informations acquises sur son chemin dans La route du fromage en grains. Un guide qui fait skouic, skouic (Éditions de L’Homme). De faits historiques en récits sympathiques, on comprend mieux pourquoi le fromage en crottes est devenu emblématique. Portraits d’artisans fromagers et de vaches, cartes routières et recettes complètent ce guide aussi inusité qu’essentiel. Mise en garde : ce livre peut donner faim.