Les chefs s’invitent à l’hôtel dans le cadre de Montréal en lumière

Marie-Julie Gagnon Collaboration spéciale
Vue sur le centre-ville de Montréal et le mont Royal depuis le Fairmont Reine Elizabeth
Photo: Marie-Julie Gagnon Vue sur le centre-ville de Montréal et le mont Royal depuis le Fairmont Reine Elizabeth

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Depuis sa création il y a plus de vingt ans, Montréal en lumière est l’occasion de couper l’hiver par une manifestation festive, mettant en avant le plaisir de se retrouver ensemble autour de la gastronomie d’ici et d’ailleurs. En attendant de pouvoir de nouveau manger dans les restaurants de la zone rouge, le festival propose cette année de transformer sa chambre d’hôtel en restaurant privé dans 16 établissements de la métropole grâce aux forfaits « Couette et gastronomie ».

En poussant la porte de la suite du 20e étage du Fairmont Reine Elizabeth, j’aperçois les lumières de la ville et le mont Royal. C’est la vue que j’aurai pendant mon repas cinq services concocté par le chef Baptiste Peupion. Les plats arrivent tous en même temps dans un chariot à roulettes. À l’intérieur, un réchaud permet de les garder à la bonne température.

Au menu : duo de pétoncles et tataki de bœuf Highland, velouté de courge poivrée, demi-homard des Îles poché au beurre clarifié, filet de veau de lait du Québec, Forêt-Noire et une bouteille de prosecco. Le nécessaire pour concocter un « Pink Moscow mule », à base de vodka, des caramels au beurre salé et un coffret de chocolats complètent le tout.

Photo: Marie-Julie Gagnon Le demi-homard des Îles poché au beurre clarifié

J’assemble moi-même la soupe, avec foie gras et crème de coco montée à la truffe, et je nappe les autres plats de sauce. Le bon côté ? Pouvoir manger à son rythme… et inverser les services selon nos envies spontanées. Je prolongerai le plaisir le lendemain en dégustant le reste du gâteau…

Disponible à partir de 536 $ (taxes et service en sus), le forfait comprend aussi le petit-déjeuner pour deux à emporter, qu’on se procure au Marché Artisans, au rez-de-chaussée.

Une édition adaptée

En 2020, Montréal en lumière s’est terminé juste avant que tout bascule. Il est rapidement devenu clair pour Julie Martel, chargée de programmation du volet gastronomique, que l’édition 2021 devrait se dérouler sans le volet international. « Face à l’appel du gouvernement, au panier bleu et à la réponse des citoyens, nous nous sommes dit que ce serait une belle façon de mettre en avant les chefs locaux. »

Si l’idée de jumeler chefs régionaux et chefs montréalais a dû être abandonnée à cause des restrictions de déplacements, d’autres pistes ont surgi en cours de route. En plus des plats à emporter, « Couette et gastronomie » est né du désir de réunir deux industries fragilisées par la pandémie. « J’ai contacté l’Association des hôtels du Grand Montréal pour leur parler du projet, raconte Julie Martel. Ils se sont jumelés aux restaurateurs de leur choix, de leur propre initiative. Certains hôtels, comme le Monville, m’ont aussi contactée pour me demander si j’avais un restaurant à suggérer et j’ai pu faire la mise en relation. J’y vois une belle forme de solidarité, particulièrement au centre-ville de Montréal. »

Si des établissements comme le Fairmont Reine Elizabeth et Le Germain Montréal proposaient déjà des formules combinant séjour à l’hôtel et gastronomie, d’autres ont pu développer de nouvelles collaborations. C’est le cas du Boxotel, dans le Quartier des spectacles, qui propose un repas cinq services du restaurant État-major. Les prix affichés sur le site de Montréal en lumière comprennent parfois la nuitée et le repas, ou simplement le repas, comme dans le cas du Boxotel (49 $, taxes et service en sus).

Un seizième établissement s’est ajouté quelques jours après le coup d’envoi de Montréal en lumière, l’hôtel Zéro1. L’expérience Bubble Room comprend une capsule de mixologie, un repas crée par Franco Parreira, un DJ live par Gone Deville et une nuitée (595 $ pour le couple, avant taxes, alcool non compris). « Le DJ live est en virtuel », précise Mme Martel. Signé Madame Bombance, le décor transporte les visiteurs dans un univers complètement déjanté.

Julie Martel se dit enchantée par les réactions, tant celles de l’industrie que celles du public. Elle espère réitérer l’expérience l’année prochaine, même si les chefs internationaux sont de retour. « Je le souhaite vraiment, dit-elle. Et de prendre le temps de développer des jumelages et la formule. Ça fonctionne bien. L’idée a plu à tout le monde. La mise en valeur des forces vives du tourisme au centre-ville est idéale pour montrer ce que Montréal a dans le ventre. C’est une belle façon d’être touriste dans sa propre ville. »

Deux événements à surveiller

En plus des menus exclusifs proposés par les restaurateurs à emporter, des événements numériques invitent les Montréalais à mettre la main à la pâte. « Tous les samedis pendant le festival, le nouveau chef du restaurant Pastel, Yoann Van Den Berg, propose des cours de cuisine entre 16 h et 18 h », souligne Julie Martel. Prix de l’expérience, qui comprend les recettes et une boîte contenant les ingrédients nécessaires à la réalisation de l’entrée, du plat et du dessert : 150 $.

Le restaurant Manitoba proposera pour sa part une version virtuelle de son « Wine Pairing Battle » le 26 mars, animé par le sommelier Frédéric Fortin. « C’est un concours d’accord mets-vins, explique Mme Martel. Deux agences d’importations privées s’affronteront, Vini-vins et Les Vieux Garçons. Les gens vont chercher leurs plats à emporter et deux bouteilles de vin. »

Marie-Julie Gagnon

 

Et même dans le confort de son chez-soi

« Couette et gastronomie », c’est bien beau, mais que fait-on des enfants, demanderont les parents dans l’impossibilité de les faire garder par les grands-parents en ces temps de pandémie ? La réponse de Montréal en lumière se nomme les « Bonnes tables Air France » et consiste à se faire livrer (ou à aller chercher) les plus belles créations des restaurateurs participants, afin de les déguster à domicile.

Avec des menus variés et préparés par des chefs aussi prestigieux que Jérôme Ferrer ou Antonin Mousseau-Rivard, il y a de quoi avoir l’eau à la bouche, d’autant que les tarifs proposés s’avèrent plus que compétitifs. Nous avons opté pour le menu des restaurants de la famille Signé Toqué, offrant un menu trois services pour deux personnes à 76 $, livraison comprise. Tandis que les plats réchauffent au four, on sort la belle vaisselle et on s’ouvre une bonne bouteille. En attendant, le site du festival vous invite à visionner une capsule vidéo parmi la vingtaine proposée, explorant les méthodes de création des grands chefs impliqués dans l’opération. De quoi vous exciter les papilles en attendant que le minuteur sonne.

Pour notre part, nous avons pu commencer par une entrée de bourgots gratinés aux subtils arômes de citron, suivie d’un flanc de doré sur lit de patates et topinambours agrémenté d’une bisque de homard. Le gâteau au chocolat tout simple, mais relevé d’une jolie ganache à la bière, concluait de belle façon ce repas, auquel il ne manquait qu’une jolie corbeille de pain frais pour nous faire vraiment sentir au restaurant. L’ambition est réussie, et on se languit encore davantage du moment tant attendu où nous pourrons enfin tous nous rasseoir à une table en bonne compagnie.

Tristan Roulot

 

Marie-Julie Gagnon et Tristan Roulot étaient les invités de Montréal en lumière.