Restos - Destination Cambodge

«Angkor et encore!», dit une inscription-calembour en vitrine du restaurant.
Photo: «Angkor et encore!», dit une inscription-calembour en vitrine du restaurant.

Certains restaurants adeptes des portions colossales invitent le client à détacher leur ceinture, en vue de leur expérience gastronomique. Le Bati Bassak invite plutôt à attacher sa ceinture, le temps d'un voyage gastronomique vers le Cambodge.

Situé sur la rue Saint-Joseph, tout près de l'église Notre-Dame-de-la-Jacques-Cartier, le Bati Bassak invite en effet au voyage. D'abord, il amène le dîneur à se diriger vers les zones un peu moins «gentrifiées» de cette vénérable rue commerciale, redevenue branchée. Ce phénomène de branchement urbain augmente en effet en densité, à mesure qu'on se dirige vers l'est, entre les rues Caron et du Pont. À l'ouest de Caron, il demeure un peu plus sporadique. Il y a bien un nouveau coiffeur, mais aussi un local vide et un fleuriste vétéran dont le commerce semble tout de même avoir gagné en diversité avec la renaissance du quartier.

C'est un contexte tout à fait favorable à un restaurant beau, bon, pas cher et exotique, qui ajoute de belle façon aux standards de la restauration du Sud-Est asiatique. Dans un décor de circonstance, avec agréments de bambou et grandes plantes tropicales, on vous accueille de façon fort sympathique et, sous la nappe de plastique, les napperons vous donnent quelques minutes de lecture, un peu alambiquée, sur la destination du soir, le Cambodge.

À peine le temps d'atterrir que la serveuse a déjà débouché notre bouteille de vin et déposé les verres sur la table. Sirotant une gorgée ou deux, nous faisons le tour du menu avec appétit: des salades et soupes attrayantes et plusieurs apprêts, pour nous, originaux: boeuf kairong au brocoli, poulet sekreï au poivron vert et à la citronnelle, délice Bassak de crevettes sautées avec poulet ou porc, ananas, tomates et champignons...

Pour le plat, nos choix s'arrêtent sur un poulet aux poireaux, un boeuf tiavbaok aux piments verts sauté au curry et sur les crevettes panées Sras-Srère, qu'on nous offre d'accompagner d'une portion de riz et d'une portion de vermicelle. Pourquoi pas. En attendant, il y aura des phkarsor, petits wontons croustillants et, bien sûr, des rouleaux impériaux.

Au fond de la salle où (pour contribuer au dépaysement?) il fait un peu chaud, un groupe fait la fête avec enthousiasme, sous les télés qui diffusent des vidéos de karaoké khmer. Là, vraiment, on commence à avoir l'impression d'être ailleurs.

Les rouleaux impériaux, tout comme les wontons de porc et crevettes, transportent aussi agréablement nos papilles: la combinaison d'épices est originale et bien équilibrée, ce qui donne un air de cuisine maison à l'affaire. Et le tout est bien chaud et croustillant.

Les plats arrivent ensuite, sans trop se faire attendre, et révèlent que la tendance se maintient allègrement. Le poulet aux poireaux est rehaussé d'un goût de bon bouillon où les poireaux ont juste assez molli: dans le contexte, voilà une combinaison qui fait agréablement changement. Le boeuf tiavbaok est bien relevé sans être brûlant — et un peu de riz ou de vermicelles apaise rapidement le tout. Les crevettes Sras-Srère étaient le clou du trio: leur sauce aigre-douce n'était pas bêtement sucrée-vinaigrée, mais bel et bien aigre-douce et bien relevée. Encore là, des saveurs maison, et rien de générique au programme.

La cuisine asiatique n'est pas très forte sur les desserts et le Bati Bassak, à ce propos, reste très classique: beignets aux fruits (banane ou ananas) et tapioca, le soir où nous étions là. Je reste amateur de tapioca et celui-là était onctueux et rafraîchissant, comme il se doit. Le beignet d'ananas était aussi dans les règles de l'art. Mais que pourrait-on en dire de plus?

Nous notons, toujours pour une prochaine fois, que les menus midi du Bati Bassak sont une véritable aubaine, à six ou huit dollars, selon la formule. «Angkor et encore!», dit une inscription-calembour en vitrine du restaurant. En ressortant de là, sur un bout de revenu devenu assez tranquille pour que vélos, planches à roulettes et patineurs à roues alignées y roulent en pleine rue, à contresens, on avait tendance à être d'accord. Avec ou sans le calembour.

Bati Bassak

125, rue St-Joseph Est

Québec, G1K 3A8, (418) 522- 4567

Un repas copieux pour deux personnes coûtera une quarantaine de dollars avant taxes et service, mais on peut s'en tirer confortablement pour moins encore. On peut aussi commander pour emporter.