Portraits de grandes femmes derrière de grands chefs

Geneviève Vézina-Montplaisir et Ann Châteauvert
Collaboration spéciale, cariboumag.com
Ricardo Larrivée, accompagné de sa conjointe Brigitte Coutu (à gauche), et Antonin Mousseau-Rivard, qui forme un duo avec sa mère, Katerine Mousseau.
Photo: Daphné Caron Ricardo Larrivée, accompagné de sa conjointe Brigitte Coutu (à gauche), et Antonin Mousseau-Rivard, qui forme un duo avec sa mère, Katerine Mousseau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

La constance d'une reine

On dit souvent que derrière chaque grand homme il y a une femme. Ricardo Larrivée dirait plutôt que derrière chaque homme il y a une grande femme. La sienne, c’est Brigitte Coutu, sa compagne depuis bientôt trois décennies, la mère de ses trois enfants, et celle qui tient les rênes de leur entreprise.

 

Ce n’est pas parce qu’on a fait vœu de chasteté qu’on ne peut pas jouer les Cupidon. Parlez-en à Sœur Angèle ! S’il y en a une qui doit se frotter les mains en souriant quand elle voit le succès de Ricardo, c’est bien elle. En effet, c’est la dynamique nonne qui a placé une jeune nutritionniste ambitieuse du nom de Brigitte Coutu sur la route d’un jeune diplômé en gestion hôtelière un brin hyperactif de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie, Ricardo Larrivée. Avec son « intervention divine », Sœur Angèle n’a pas seulement contribué à faire naître une grande histoire d’amour : elle a aussi été à l’origine de la création d’un « power couple » qui a bâti un empire, rien de moins !

Dès le début de leur relation, les tourtereaux ont réalisé que leurs différences, une fois combinées, s’avèrent une force et qu’ensemble, chacun était meilleur dans ce qu’il faisait. Ricardo s’est mis à assister Brigitte dans la création des recettes qu’elle rédige pour le magazine L’Essentiel. Brigitte, de son côté, aidait Ricardo à organiser les chroniques qu’il présentait à la radio de Radio-Canada.

« Brigitte a toujours été discrète, alors que, moi, j’ai toujours été exubérant. Elle me calme les nerfs, elle me structure », confie Ricardo.

Le couple commence officiellement à travailler ensemble à l’émission Bon appétit, de Claudette et Marie-Josée Taillefer, où Brigitte s’occupe déjà de la création de recettes avec une certaine styliste culinaire du nom de Josée di Stasio. «  C’est Brigitte qui a eu l’idée de proposer mon nom, confie-t-il. Au début, ça me faisait peur de faire ça pour la télé, mais elle m’a motivé. » Ricardo se fait ensuite offrir d’animer le volet cuisine dans une nouvelle émission qui met Clodine Desrochers en vedette.

Aussi loin que Céline !

Après deux ans, il trouve qu’il a fait le tour de la chronique culinaire, et le couple commence à chérir un rêve fou : « Aller, en cuisine, aussi loin que Céline l’a fait en chanson ! » Ils proposent leur idée d’émission au réseau TVA, qui la refuse. Une semaine plus tard, Radio-Canada leur donne la plage horaire qu’ils occupent toujours aujourd’hui, après 19 ans. « C’est à ce moment qu’on s’est enregistrés comme entreprise. On n’avait pas de plan d’affaires, mais on avait Brigitte, dit Ricardo, la voix pleine d’admiration. La fibre entrepreneuriale, elle l’a dans le sang.»

Ricardo ne sait pas ce qu’aurait été sa carrière sans sa Brigitte. Il dit qu’il n’aurait probablement pas réussi à la télévision, qu’il aurait sûrement lâché avant d’atteindre le succès. Mais Brigitte a toujours été là pour le pousser à persévérer pendant les moments plus difficiles, pour ramener son homme un peu TDA — c’est lui qui le dit ! — sur le droit chemin.

Quand on lui demande ce qu’il apprécie le plus chez la mère de ses trois filles, Ricardo répond : « Brigitte, c’est la femme la plus fidèle du monde. En fait, j’adore la reine [Élisabeth] pour la même raison que j’aime Brigitte : sa constance. La constance dans l’amour, la constance au travail. Quand Brigitte parle, tout le monde écoute. C’est elle, la leader, la vraie cheffe. »

Geneviève Vézina-Montplaisir


Généalogie d’un grand restaurant

Autodidacte à la signature culinaire particulière, Antonin Mousseau-Rivard est un des chefs les plus prometteurs de sa génération. Cumulant une vingtaine d’années en cuisine, il a réussi à hisser son établissement au sommet du classement des meilleurs restaurants du Canada « tout seul », comme l’attestent les deux mots tatoués sur ses phalanges. « Tout seul… avec ma mère », prend cependant soin de préciser celui qui, depuis quelques années, forme avec Katerine Mousseau un remarquable duo de restaurateurs.

 

Alliant leurs forces, lui en cuisine et elle à la comptabilité — une compétence acquise lors de son passage à la trésorerie de l’Union des artistes —, la mère et le fils ont fait l’acquisition d’un local dans la rue Ontario Est, à Montréal, dans le but de mettre sur pied un projet qu’Antonin avait en tête depuis l’âge de 16 ans : un restaurant qui s’appellerait Le Mousso.

« Dès l’ouverture, en février 2015, j’ai été propulsé à l’avant-scène. Katerine, qui s’occupait de la gestion, est demeurée dans l’ombre, alors que c’est elle qui avait l’habitude d’être sous les projecteurs », nous dit le cuisinier en faisant référence à la carrière de comédienne de sa mère, qui a joué dans des téléromans tels que Le temps d’une paix, Cormoran et Virginie. Fille du peintre automatiste Jean-Paul Mousseau, cosignataire de Refus global, et de l’actrice Dyne Mousso, Katerine est maintenant pleinement investie dans ce resto, qu’elle considère comme la continuité de leur héritage familial : leur œuvre, à elle et à Antonin.

Même si la réussite du Mousso est indéniable, Katerine n’était pas convaincue au départ de sa viabilité. « Elle n’était pas d’accord avec la formule, mais je tenais à mon idée. Notre famille a toujours été très têtue, mais aussi très avant-gardiste », raconte Antonin. À son arrivée sur la scène montréalaise, Le Mousso était en effet du jamais vu au Québec : un menu de dégustation fixe élaboré à partir de produits frais et de saison, servi dans un décor sobre et élégant, à l’exception de quelques Mousseau sur les murs.

Même s’ils ont tous les deux un tempérament de Mousseau, c’est-à-dire explosif, la mère et le fils s’accordent pour faire passer la famille avant tout. « Katerine, c’est ma mère ! Je n’ai pas le choix de bien m’entendre avec elle ! » lance Antonin à la blague. Il ajoute : « Il y a beaucoup de confiance entre nous, ce qui est propice à la créativité. »

On fait tout ensemble !

À la fois figure maternelle et femme d’affaires, Katerine est la force tranquille de cette association. « Au début, dans nos rencontres avec les banquiers, elle arrivait avec un dossier rempli de découpures de journaux à mon sujet. Ce n’était pas sérieux, mais c’était la preuve qu’elle était fière et qu’elle croyait au projet. J’avais dû au départ la convaincre de se lancer dans cette aventure, mais devant les investisseurs, c’est elle qui voulait convaincre tout le monde », relate avec humour et amour le restaurateur.

Véritable défenseuse de la liberté d’expression, Katerine Mousseau a toujours encouragé ses enfants à essayer de nouvelles choses, tout en les encadrant. Antonin n’a pas de mal à témoigner toute sa gratitude à cette femme qui a cru en lui, qui l’a laissé faire ses expériences et qui lui a offert les moyens de ses ambitions en l’aidant à acquérir un beau terrain de jeu pour sa créativité.

Maintenant que Le Mousso et son jeune frère, Le Petit Mousso, sont là, Antonin et Katerine se sont lancés dans un autre projet : la rénovation de condos pour abriter la famille Mousseau, à savoir le fils, la fille et la mère. « Depuis qu’on travaille ensemble, j’ai avec elle la relation que je n’ai pas eue quand j’étais ado. Aujourd’hui, on fait tout ensemble », dit l’entrepreneur en riant. Bref, loin d’être « tout seul », Antonin conclut en mentionnant que, sous les tatouages de ses doigts, il fera bientôt ajouter les mots suivants : Thanks mom.

Ann Châteauvert

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