Cuisiner en direct avec les chefs

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
La multiplication des ateliers de cuisine virtuels confirme que les plaisirs de la table ont toujours le pouvoir de rassembler. L'entreprise C’est moi le chef ! propose d'ailleurs des ateliers destinés aux enfants.
Photo: C’est moi le chef! La multiplication des ateliers de cuisine virtuels confirme que les plaisirs de la table ont toujours le pouvoir de rassembler. L'entreprise C’est moi le chef ! propose d'ailleurs des ateliers destinés aux enfants.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

L’écran d’ordinateur est installé sur le comptoir de la cuisine. Les ingrédients frais, livrés la veille, sont disposés sur le plan de travail. Un verre de vin à la main, deux des membres de la brigade virtuelle composée d’une centaine de cuisiniers s’apprêtent à confectionner un saumon en croûte. Samedi à 16 h 30, les chefs Francis Blais et Camilo Nascimento-Lapointe entrent en scène. C’est parti pour deux heures de cuisine en direct. Un exemple parfait d’une nouvelle tendance, éphémère ou durable, qui a vu le jour avec la pandémie.

Parmi les habitudes que la pandémie à transformer dans nos vies, il y a assurément celle des rassemblements : Zoom et les autres plateformes d’échange sont devenues la norme. Et puis, dans plusieurs familles, la façon dont on prépare les repas a elle aussi été grandement transformée : boîtes à cuisiner, mets préparés par des restaurants locaux et multiplication des services de livraison. Combinant ces deux nouvelles façons de faire les choses, une tendance a émergé : celle des cours de cuisine virtuels donnés en direct.

Un contact privilégié

Après le coq au vin, le koulibiac (saumon en croûte) et les gnocchis, c’est au rôti de bœuf que s’attaquera la brigade de Chefs en direct ! au cours de la prochaine formation virtuelle, en mars 2021. D’un dynamisme redoutable et sans aucune prétention, le duo formé de Francis Blais, gagnant de Top Chef Canada 2020, et de Camilo Nascimento-Lapointe, gagnant de l’émission Les Chefs 2020, donne tout un spectacle. Accompagnés d’Alexis Demers (ancien sommelier du restaurant Le Mousso), ils simplifient la préparation de plats gastronomiques sans jamais tourner le dos à ces petits détails qui font toute la différence en haute cuisine.

Photo: Chefs en direct ! Deux fois par mois, la brigade de Chefs en direct ! simplifient la préparation de plats gastronomiques sans jamais tourner le dos à ces petits détails qui font toute la différence en haute cuisine.

Pour l’instant, l’équipe maintient la cadence de deux formations par mois, diffusées en direct à partir de son local montréalais, transformé pour l’occasion en studio. Toutefois, Francis Blais ne s’en cache pas, le concept de cuisine en direct via la plateforme Zoom est une réponse aux restrictions qu’ont imposées la pandémie et la succession de confinement, déconfinement, confinement : « Ça nous a ouvert les yeux sur de nouvelles approches, d’autres façons de maintenir le contact avec notre clientèle. Est-ce que ce sera toujours aussi pertinent lorsque la vie reprendra son cours ? Je l’ignore… En attendant, c’est la meilleure façon de faire ce qu’on aime le plus : cuisiner et rencontrer des gens. »

Penser aux plus jeunes

Karine Desserre-Pezé est la directrice générale et fondatrice de C’est moi le chef !, une entreprise d’économie sociale qui propose des ateliers de cuisine destinés aux enfants. Ceux-ci se tiennent habituellement au Marché Jean-Talon et dans les bibliothèques de la grande région de Montréal, mais confinement oblige, elle a dû en annuler 145, dont plusieurs affichaient déjà complet. « Pour garder notre lien avec les familles, on a développé le programme d’ateliers en ligne. Cette nouvelle approche nous a permis de toucher des familles en région qui auraient été impossibles à rejoindre autrement. On peut ainsi augmenter notre impact social en rejoignant davantage de familles à travers tout le Québec. »

Pour voir au bon fonctionnement des ateliers et assurer un accompagnement ainsi que des interactions avec chacun des enfants, Karine Desserre-Pezé explique qu’il n’y a que 12 familles connectées. « On tenait à préserver la convivialité et la proximité avec les familles et les enfants. » Que ce soit pour confirmer la consistance de la pâte, utiliser la râpe de façon sécuritaire ou répondre à une petite fille qui se demande par quoi remplacer le lait parce qu’elle est intolérante au lactose, la communication bidirectionnelle que permet la plateforme de C’est moi le chef recrée le plus fidèlement possible l’ambiance d’un atelier en présentiel, tout en s’adaptant au rythme et au langage des enfants.

Autonomie en cuisine, progression rapide dans les techniques de préparation des aliments, augmentation de la consommation de légumes, canal de communication efficace pour passer de l’information complémentaire sur une saine alimentation — « maintenant que l’on connaît les impacts positifs de ces ateliers virtuels chez les jeunes, on a pris la décision de poursuivre ces activités, même après la pandémie », assure Karine Desserre-Pezé.

De la forêt à la cuisine

En fouillant sur le Web, on constate que plusieurs initiatives du genre ont vu le jour depuis le début de la pandémie, dont certaines surprennent par leur originalité. C’est le cas des ateliers en direct ou en différé offerts par l’Abbaye Val Notre-Dame où c’est la forêt qui est à l’honneur. Guidés par Josée Miller, de l’entreprise Marcheur des bois, spécialisée dans la cueillette et la transformation de comestibles forestiers, les participants concoctent des repas à saveur forestière.

« Nous offrons depuis plusieurs années des activités sur les terres de l’Abbaye afin de faire connaître les beaux garde-mangers naturels que sont la forêt et les champs qui entourent le monastère et le magasin, explique Hélène Marchand, directrice générale du Magasin de L’Abbaye. L’Abbaye est sur un site unique de 187 hectares qui permet de partager une expérience complètement intégrée de la forêt à la table, du produit brut au produit final, mais tout en le rendant accessible à tous. »

Feuilles de comptonie voyageuse moulues, branches de myrique baumier, fleurs de trèfle rouge et autres saveurs de la forêt sont acheminées par la poste avant l’atelier, de même qu’une liste d’ingrédients à se procurer. Dans ces capsules, on célèbre la cuisine nordique, en plus d’en apprendre davantage sur la cueillette et l’utilisation à table de ces « forestibles » encore si peu connus. « Nous voulions que cela soit un atelier culinaire en ligne, mais aussi un rendez-vous où l’on peut en apprendre davantage avec des passionnés dans une ambiance simple, résume Mme Marchand. Pas de grosse technologie ou de textes préparés. Vrai, authentique, avec des connaissances et de belles techniques. » Et beaucoup de saveurs dans l’assiette.

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