La douce introspection de Catherine Monna

La copropriétaire de Cassis Monna & Filles, Catherine Monna, dans sa boutique de l’île d’Orléans, qui a été particulièrement achalandée cette année
Francis Vachon Le Devoir La copropriétaire de Cassis Monna & Filles, Catherine Monna, dans sa boutique de l’île d’Orléans, qui a été particulièrement achalandée cette année

L’année qui s’achève aura été marquante dans l’imaginaire collectif. Elle aura aussi changé nos habitudes. Dans ce tour de manège incessant, de nombreux épicuriens se sont engagés à soutenir les artisans de notre garde-manger. Le Devoir a pris le temps d’en jaser avec des personnalités du milieu culinaire. Une façon de clore le chapitre 2020 avec bienveillance et légèreté. Dernier texte de notre série Marchands de bonheur avec la copropriétaire de Cassis Monna & Filles, Catherine Monna.

Contre vents et COVID, Catherine Monna a tenu le coup sur son île d’Orléans où prospère depuis cinq générations l’entreprise familiale Cassis Monna & Filles. Entre la poésie des grands espaces et les contraintes entrepreneuriales, elle a fait le pari d’y trouver un équilibre pour que l’erre d’aller de la nouvelle année soit plus légère.

Plus que quelques jours avant la fin de cette année singulière. Comment allez-vous ?

Ça va fatiguée. Cette année, il y en a qui ont fait le ménage de leur maison de fond en comble et qui ont écouté des séries, moi je n’ai pas vu ça passer ! (rires) Dès que ç’a commencé, en mars, où normalement on prépare l’été qui s’en vient, tous nos plans de match de prévision à la production et aux ressources humaines ont changé. On ne savait pas à quoi s’attendre, alors ç’a été très stressant. Comme toutes les entreprises, il fallait suivre les consignes du gouvernement, les formations pour s’adapter à tout ça. On a ouvert nos installations un peu plus tard que prévu et on a eu une affluence encore plus grande que d’habitude. Nous étions contentes, mais ç’a été très exigeant pour l’équipe puisqu’on avait mis le frein sur l’embouteillage, sur l’empotage. On ne voulait pas produire trop en ne sachant pas ce qui arriverait ensuite. Depuis la mi-juillet, on remplissait les tablettes sur demande !

En plus de l’engouement pour le fait local, les gens ont pris le temps de découvrir les régions du Québec. Visiblement, vous avez eu de la visite !

Le carré de jeu était restreint, alors le besoin d’évasion et de sortir de la maison était là. Notre positionnement à l’île d’Orléans fait qu’on est juste assez loin pour que les gens de Québec viennent et profitent d’une journée à la campagne. Comme une sorte de parenthèse douce sur leur vie. La notion d’encourager les producteurs locaux, ça aussi, on l’a vraiment senti. Les gens le disaient, ils voulaient se payer du bonheur. Et ç’aura été jusqu’à la fin, parce qu’il y a des entreprises qui ont décidé d’offrir des cadeaux locaux à leurs employés ou à leurs clients. On n’avait jamais développé ce volet-là et les gens sont venus vers nous pour des commandes très importantes. On voyait qu’ils étaient contents de faire la promotion de nos produits. On a reçu des commentaires du genre : « Vous pouvez être fières de vous. Merci d’exister. » Ouf ! (rires) On a couru un coup. On y a laissé quelques plumes de légèreté, alors ça fait un baume.

Quel est le son de cloche dans le milieu agroalimentaire en cette fin d’année ?

C’est vraiment que tout le monde est épuisé. On parle des enjeux d’être entrepreneurs ; il y a de très très beaux côtés à ça, mais là, on l’a eu dans les dents. Le stress et la responsabilité qu’on a envers nos équipes, de continuer à faire travailler les gens dans un milieu sécuritaire. On a bien performé, l’engouement de l’achat local nous aura donné une belle année, mais ç’a été douloureux pour tout le monde. De notre côté, il y a eu des dossiers importants qui ont été retardés, comme le lancement de notre ligne de spiritueux. Toutes les étapes qui, d’habitude, sont bien huilées, étaient plus longues. On va prendre le temps de bien faire ça en 2021.

Quel est le premier mot qui vous vient pour décrire l’année 2020 ?

Incroyable ! Dans tous les sens. Incroyable, ce qui s’est passé. Incroyable, l’affluence. Incroyable, les difficultés. On n’y aurait pas cru, on n’y croit pas encore ! (rires) Ç’a donné l’occasion de mettre en lumière les qualités entrepreneuriales. Ne pas tomber dans le défaitisme, être agile pour trouver des solutions.

Ce temps des Fêtes, ça ressemble à quoi ?

Ce sont les premières semaines depuis le début [de la pandémie] où je mets de côté mes appareils électroniques. Je veux me ressourcer, me regrounder sur les belles choses qui se sont passées. On a beaucoup de travail qui nous attend dès janvier. Alors, j’aimerais le voir comme un reset. Prendre une grande respiration pour avoir un rythme plus sain pour continuer le marathon.

Vos incontournables du temps des Fêtes ?

Faire des biscuits de Noël en écoutant de la musique ! Aller glisser avec les enfants ! Je veux ressortir mes crayons, ma peinture, monter un coin atelier. Ça va faire du bien.

Votre souhait pour la nouvelle année ?

Mon souhait, ce serait de pouvoir se retrouver avec une zénitude pour voir ce qui est beau autour de nous et ce qu’on peut faire pour aller vers le beau et le mieux. Et de tous les côtés : achat local, environnement, faire attention aux aînés, faire attention à nos adolescents et à nos enfants. Qu’une sérénité s’installe et qu’on puisse tous nous retrouver dans cet espace-là.