​Marchands de bonheur: Yannick Achim, l’éternel optimiste

Le marchand fromager Yannick Achim a établi sa boutique principale à Saint-Jérôme, et il dispose de quatre autres comptoirs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le marchand fromager Yannick Achim a établi sa boutique principale à Saint-Jérôme, et il dispose de quatre autres comptoirs.

L’année qui s’achève aura été marquante dans l’imaginaire collectif. Elle aura aussi changé nos habitudes. Dans ce tour de manège incessant, de nombreux épicuriens se sont engagés à soutenir les artisans de notre garde-manger. Le Devoir a pris le temps d’en jaser avec des personnalités du milieu culinaire. Une façon de clore le chapitre 2020 avec bienveillance et légèreté. Troisième texte de notre série Marchands de bonheur, cette fois-ci avec le marchand fromager Yannick Achim.

À l’instar d’Obélix et la potion magique, Yannick Achim est tombé dans le monde du fromage quand il était étudiant en économie. À 22 ans, il achetait un comptoir de fromages à Saint-Jérôme et inventait sa profession : marchand fromager. Vingt ans plus tard, avec quatre autres comptoirs à Montréal et à Québec, ce passionné chérit toujours sa chance de pouvoir conseiller la clientèle et de garder pérennes les liens avec son équipe et les artisans fromagers.

La tempête qu’on a traversée a eu quelles répercussions dans le milieu des marchands comme vous ?

Commercialiser, c’est notre métier, alors on a adapté notre offre. On dessert le corporatif depuis plusieurs années avec des plateaux [de fromages]. Des grandes entreprises à 200, 300 personnes pour un événement, on a créé en 200, 300 colis personnalisés […] à la nouvelle situation des gens qui travaillent à la maison. Je pense que pour les artisans fromagers on a vraiment été profitables pour eux dans les derniers mois. On a tout vendu. On a accentué notre demande, on a même eu quelques manques.

Avez-vous senti qu’à travers les achats les gens avaient envie de se faire plaisir davantage ?

Je pense que oui, d’autant plus qu’ils avaient plus de budget pour subvenir à cette envie-là. Pas de resto, pas de voyage, les déplacements réduits et plus de temps. Les gens ont du temps ! Quand on dit que du temps, c’est de l’argent, il y a une valeur associée à ça. On a senti un changement de style de vie ! La façon de consommer ou de se faire plaisir, ça faisait partie de ce mouvement-là.

Il y a aussi eu un mouvement vers l’achat local ; est-ce que vous sentez que les consommateurs ont saisi les effets qu’ont leurs choix ?

Les Québécois le réalisent, mais je pense que c’est un cumul. Je pense que c’est le travail de plusieurs années qui donne à cette conscientisation plus d’espace auprès du consommateur. Il est de plus en plus sensibilisé [à l’achat local]. On fait la promotion des fromages du Québec depuis 10 ans et je pense que cette [répétition], ça profite encore plus cette année. Et ça serait hypocrite de dire qu’on n’achète que québécois. Il y avait des clients qui se sentaient coupables et qui me disaient : est-ce qu’on fait du parmesan au Canada ? Est-ce qu’il est aussi bon ? Je disais : écoutez, si ça peut vous faire enlever de la culpabilité, faire venir du parmigiano reggiano, ça fait travailler du monde d’ici !

L’année 2020 aura été marquante à quel niveau pour vous ?

Notre capacité à nous adapter. On est une petite entreprise, à dimension humaine. S’il manque une personne, ç’a un impact. Les gens qui travaillent avec moi ont cette volonté d’avoir une qualité de vie. Tout le monde est resté en poste, tout le monde a fait attention, tout le monde essaie de faire pour le mieux à mesure que les connaissances et les informations entrent. Je suis admiratif de la qualité d’adaptation de mon équipe.

On entre dans un temps des Fêtes bien différent. L’art de recevoir en temps de confinement, ça peut ressembler à quoi, selon vous ?

L’art de se recevoir soi-même (rires) ! Je conseille aux gens d’y aller dans une moins grande diversité, mais prendre des fromages plus marquants. Avoir des produits un peu plus gros et s’amuser ensuite en cuisine à leur donner une deuxième vie pour profiter de ces fromages-là les jours suivants. Faire des recettes pour s’amuser. On a du temps !

Un plat classique qui revient année après année sur votre menu des Fêtes ?

Fondue au fromage ! Plate de même (rires) !  Il y a tellement de possibilités ! Ça peut être avec de la bière, du cidre, du vin. Tu peux prendre des fromages du Québec, tu peux mixer avec des fromages suisses. Tu peux t’amuser à l’infini dans les intensités. Ça demeure un classique chez nous.

Votre plus beau souvenir de Noël ?

Le commerce de détail, c’est difficile durant la période des Fêtes. C’est intense, on fait beaucoup d’heures, beaucoup de nuits. De me retrouver avec mes deux filles, l’espace d’une journée, ç’a beaucoup de valeur. C’est tout simple, mais c’est ça.

Votre souhait pour la nouvelle année ?

Rester optimiste face à l’avenir. Amener le bon côté des choses.