De l'amour pour les restos de quartier dans le temps des Fêtes

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Les restaurateurs, comme ceux du Verre Pickl’, convient les consommateurs à des festins du temps des Fêtes à emporter pour assurer la survie de leur entreprise.
Photo: Verre Pickl’ Les restaurateurs, comme ceux du Verre Pickl’, convient les consommateurs à des festins du temps des Fêtes à emporter pour assurer la survie de leur entreprise.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Il s’agit sans doute de la plus difficile des épreuves qu’ils auront à traverser à titre d’entrepreneurs. En zone rouge, les restaurateurs ne peuvent plus accueillir de clients, et ce, depuis de longues semaines maintenant. Entretien avec trois passionnés de plaisirs et de bonne bouffe, qui misent gros sur les Fêtes.

Ils pourraient s’apitoyer sur leur sort. Pourtant, c’est tout le contraire. Au téléphone, on sent un grand sourire dans leurs voix empreintes d’espoir et de courage. L’hiver s’annonce long pour eux, mais si on ne peut pas amener les gens au resto, amenons le resto chez les gens… « Le défi, c’était de prendre une business qui roule et d’ouvrir une nouvelle business à l’intérieur de la première. Il fallait trouver un moyen de transposer l’expérience de la salle à manger à la maison. La commande téléphonique, la préparation, la livraison, la liste de lecture sur Spotify », énumère Charles-Antoine Crête, figure de proue du Montréal Plaza, que l’on a pu voir dans le documentaire Chef en pandémie.

Un cadeau pour son resto

Donc, même s’il ne peut pas aller au restaurant, le consommateur pourrait quand même donner un peu d’amour et montrer qu’il a à cœur la survie de ces lieux de rencontre. « Bienvenue dans notre réalité à nous, répond Charles-Antoine Crête. On bénéficie des aides gouvernementales, heureusement, mais ce n’est pas tout. Parce que si nous, on survit, ça nous permet d’acheter des produits aux producteurs. Quand on m’encourage, on encourage mon équipe, on encourage aussi les gens dont je suis tributaire. Si on ne le fait pas, le jour de la réouverture, peut-être que Clément ne pourra plus me donner du canard, même si ça fait 15 ou 20 ans qu’on travaille ensemble. » C’est la roue qui tourne et le consommateur y tient un rôle tout aussi important que le chef.

Jusqu’à maintenant, on fait tout ce qui est possible pour passer à travers la crise

 

Alexandra Romero à une feuille de route impressionnante et le bagage culinaire de ses associés Jérôme Gilpin et Pierre-Alain Deschenes l’est tout autant. Mais le trio a vu ses plans chamboulés par le premier confinement. « On planifiait d’ouvrir à la mi-mars. C’était le pire moment… On a seulement pu offrir les sandwichs en take-out. Ensuite, on a été capables d’ouvrir la salle à manger les soirs, pendant à peine un mois. Jusqu’à maintenant, on fait tout ce qui est possible pour passer à travers la crise. » Ouvrir un restaurant en pleine pandémie, c’est espérer que les clients seront assez patients pour vivre la véritable expérience de ce lieu original sur l’avenue Maguire à Québec. « On a tous très hâte de voir ce que ça donnera, notre rêve du Verre Pickl’ », confie la cheffe d’origine mexicaine. Comme pour bien d’autres, ce sont les boîtes de Noël, des concepts éphémères comme le pop-up tacos, les vins d’importation privée et une impressionnante dose de débrouillardise qui assurent la survie du resto.

Une vision à plus long terme ?

Au cœur du Plateau Mont-Royal, suivant cette vague d’innovation et de renouveau pour profiter du temps des Fêtes, la Distillerie vient tout juste d’ajouter à ses formules pour emporter mets congelés, repas frais et base pour cocktails, un marché où sont mis en valeur les produits de ses fournisseurs. Optimiste, le propriétaire, Philippe Haman, est d’avis qu’il restera bien quelque chose de positif de cette réorganisation forcée. « On a compris qu’il y a des occasions qu’on ne voyait peut-être pas dans la façon de garder un contact avec la clientèle. Les produits complémentaires que les gens peuvent apporter à la maison et les plateformes qu’on a développées depuis la pandémie, ça peut certainement durer. Je crois qu’il y aura un mélange qui va s’installer entre ça et ce qu’on faisait avant. »

En parlant avec eux, on sent à quel point l’esprit de famille et l’entraide sont au cœur de leurs actions. Du côté du Montréal Plaza, on a été jusqu’à replacer dans d’autres restaurants certains employés qu’on ne pouvait garder, parfois même aussi loin que Toronto ou Vancouver. Le soutien à l’équipe s’est aussi retrouvé au cœur des préoccupations à la Distillerie, comme le souligne Philippe Haman. « Dès qu’on a compris qu’on ne pourrait pas ouvrir pour le temps des Fêtes, on a cherché un moyen de garder les gens mobilisés et engagés. » Il a lancé l’idée du marché et café éphémère, tout le monde a dit oui et, deux semaines plus tard, on ouvrait. Et c’est le point commun de bien des restaurateurs : face à un défi, une idée, un plongeon.