2020, l’année qui aura même changé nos gardes-manger

Catherine Lefebvre Collaboration spéciale
Selon les données d'une enquête sur l’impact de la COVID-19 sur le comportement des consommateurs, «les ventes dans l’allée de produits nécessaires pour la boulangerie ont bondi, augmentant de 26%» entre le début de l’année et le 4 avril 2020.
Photo: iStock Selon les données d'une enquête sur l’impact de la COVID-19 sur le comportement des consommateurs, «les ventes dans l’allée de produits nécessaires pour la boulangerie ont bondi, augmentant de 26%» entre le début de l’année et le 4 avril 2020.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Pain et conserves maison, épiceries en ligne et boîtes à cuisiner ne sont que quelques-uns des changements survenus tout au long de 2020. Bilan d’une année pas comme les autres, qui aura changé notre rapport à l’autre, mais aussi à notre assiette. 

Tout le monde a fait son pain

Au-delà des achats compulsifs de quantités phénoménales de papier toilette, l’un des comportements marquants de la première vague de la pandémie de COVID-19 est que tout le monde semble s’être initié au pain maison. En effet, selon les données de l’Enquête Nielsen sur l’impact de la COVID-19 sur le comportement des consommateurs, « les ventes dans l’allée de produits nécessaires pour la boulangerie ont bondi, augmentant de 26 % » entre le début de l’année et le 4 avril 2020. Pendant la même période, les ventes de levure ont littéralement explosé de 88 %, le plus grand contributeur à l’augmentation des ventes dans cette catégorie de produits. Certaines épiceries affichaient même à la porte d’entrée de leur magasin : « Nous avons de la levure, première rangée en haut à droite. » Du jamais vu !

Les conserves ont la cote

Le confinement imposé au printemps et à l’automne nous a incités à passer plus de temps en cuisine. Parallèlement, nous avons constaté l’importance d’être plus autonome en ce qui a trait à nos approvisionnements alimentaires et de valoriser le fruit de nos récoltes. Ce faisant, nous avons exploré diverses façons de conserver les fruits et les légumes en saison pour les consommer tout au long de l’année ! La nutritionniste Julie Aubé a d’ailleurs fait paraître, Manger local !, un formidable ouvrage à ce sujet, en plus de la maraîchère Mariève Savaria avec son premier livre, La saison des légumes. Résultat : on a manqué de pot Mason !

Manger local plus que jamais

« Le local commence à remplacer le bio comme critère important pour le consommateur », précise Jordan LeBel, professeur en marketing à l’Université Concordia. Au cours de l’année, toutes sortes d’incitatifs ont vu le jour pour encourager l’achat de produits québécois. Dès avril, le gouvernement du Québec a créé Le Panier bleu, une initiative pour « dynamiser l’achat local ». En entrevue à l’émission Bien entendu l’été dernier, l’économiste et président fondateur de la firme Léger, Jean-Marc Léger, soulignait toutefois que, selon les données de l’un de leurs sondages, « seulement 5 % des Québécois ont acheté plus de produits locaux pendant le confinement du printemps ». Et ce, même si 87 % des Québécois considéraient comme important d’acheter local lors du lancement du Panier bleu et que 57 % des consommateurs projetaient d’acheter davantage de produits locaux. « Les Québécois ne sont pas prêts à accepter une hausse de prix de plus de 5 % pour un produit local », a-t-il ajouté. En bref, l’intention est là. Mais elle ne se traduit pas forcément en ventes pour l’instant.

La ruée vers les épiceries en ligne

Un secteur qui se porte mieux depuis le début de la pandémie est certainement celui des épiceries en ligne, que ce soient les supermarchés ou des entreprises locales, comme les Fermes Lufa ou Maturin — une épicerie en ligne n’offrant que des produits locaux. En effet, dans le plus récent rapport Nielsen à propos de l’incidence de la COVID-19 sur la consommation de produits, « le commerce en ligne au Canada pour la catégorie alimentaire a connu une croissance de 86 % par rapport à l’année dernière. L’épicerie en ligne représentait 3,2 % des parts de marché de la vente de produits en ligne en octobre 2020, alors qu’elle en représentait seulement 1,8 % au même moment l’année dernière ».

La folie des boîtes à cuisiner

Un autre service qui se porte très bien est celui des boîtes d’ingrédients prêts à cuisiner, comme GoodFood et Cook it.

Selon Jordan LeBel, c’est surtout la notion de commodité qui charme les consommateurs. « On recherche la facilité qu’on allait chercher au restaurant avant [leur fermeture]. Les portions de préparation et l’approvisionnement étant déjà organisés, on saute directement à la portion “plaisir” de la cuisine. » La commodité a aussi été bien démontrée, dans une étude de l’Agri-Food Analytics Lab de l’Université de Dalhousie. Elle démontre que 63,8 % des Canadiens auraient commandé de la nourriture entre les mois de mai et novembre 2020. Parmi ceux-ci, 31,3 % ont utilisé des services d’épiceries en ligne, 28,6 % ont commandé directement d’un restaurant, 26,3 % ont commandé d’une application de livraison et 12,8 % ont utilisé les services de boîtes à cuisiner.

Tout compte fait, nos comportements alimentaires ont changé. Certains de façon durable, tandis que d’autres ne sont que passagers et pallient en partie les aléas de la situation actuelle. Souhaitons que cela nous incite à passer à l’action à court et à long terme en matière d’alimentation locale et durable.

Quelques pourcentages

5 %

C’est le nombre de Québécois qui ont acheté plus de produits locaux pendant le confinement du printemps.

87 % d’entre eux considéraient par ailleurs qu’il était important d’acheter local.

5 %

C’est la hausse de prix maximale jugée acceptable pour que la population soit prête à acheter un produit local.