Saveurs - Le merveilleux monde de Mohammed

Comme la plupart des commerçants arabophones, Mohammed Rekik a la bosse des affaires.
Photo: Comme la plupart des commerçants arabophones, Mohammed Rekik a la bosse des affaires.

Tantôt homme d'affaires, tantôt Berbère ou encore prônant en prêcheur convaincu les vertus thérapeutiques et gastronomiques d'un tajine cuisant sur la braise, Rekik le Tunisien est un passionné. L'immigré qu'il est ne cesse de louanger son pays d'adoption, le Québec, à qui il souhaite communiquer les bienfaits du couscous et de la harissa. Après avoir quitté Sfax, en Tunisie, Rekik est arrivé dans la «Belle Province» en 1989, comme technicien en génie mécanique. Peu de temps après, il décide avec sa famille de se lancer en affaires. La famille passe avant tout le reste, et on n'hésite pas à sacrifier le superflu pour ouvrir un premier commerce au marché Jean-Talon.

Changement de cap

Comme la plupart des commerçants arabophones, Rekik a la bosse des affaires. Jamais absent, sauf pour visiter ses fournisseurs, il consacre de 15 à 17 heures à ses nombreux commerces, dont trois ceinturent le marché Jean-Talon, à Montréal. D'ailleurs, ses magasins ressemblent plus aux étals des souks de Tunis ou Marrakech qu'à un magasin de Westmount. Financé avec ses deniers et ceux de sa famille, Mohammed Rekik est devenu, dans sa communauté, une référence en matière de commerce et surtout de produits qui proviennent de son pays. Pour cela, il a créé en parallèle son propre réseau d'importateurs, lui permettant ainsi de garder et de conserver ce lien de la langue et des odeurs l'unissant à son pays d'origine.

«Pas toujours facile, dit-il, d'expliquer, lors du dédouanement, à un fonctionnaire canadien les propriétés gustatives du smen [le beurre rance salé et clarifié] que l'on utilise dans le Maghreb pour finaliser un bon couscous.» Avec un sourire, il précise parfois les aléas d'avoir à traduire des étiquettes sans bien en connaître le sens. Cela amène quelquefois son lot d'humour, lorsque l'on traduit ainsi sur une étiquette «ce produit est bon pour la cousine», au lieu de dire «bon pour la cuisine».

La caverne des découvertes

Depuis qu'il est passé à la télé dans l'émission Marché Jean-Talon, Rekik est une star dans le marché. Il ne se passe pas une journée sans que l'on vienne le voir. Et parfois de bien loin, comme ces Français en vacances au Québec qui ont voulu connaître ce personnage hors du commun, généreux et affectueux comme personne. Rekik a ce talent que les grands marchands de jadis ont su transmettre au monde en y apportant les épices, le thé ou le sel. Dans son magasin, on peut aussi bien acheter une pâtisserie au miel (zlabia) ou du sucre parfumé à l'eau de rose, ou encore y découvrir les meilleures merguez en ville, comme seuls les Tunisiens savent les faire. On les prépare à partir de viande halal, c'est-à-dire provenant d'un animal abattu selon les rites musulmans, puis on ajoute épices et secrets dont Mohammed garde jalousement la recette. À L'Olivier, l'agneau du Québec acheté pour la fête du mouton (l'Aïd) est devenu ici un incontournable, tant pour le monde arabe que bien d'autres.

Reconnaître et faire découvrir les meilleurs produits du monde arabe et les présenter à Montréal est aussi un devoir, selon Rekik. J'abonde dans son sens lorsqu'il parle des meilleures olives cassées du monde, qu'il vend dans son magasin et qui proviennent du Maroc. «Eh oui, ajoute-t-il, on a le même produit en Tunisie, mais on ne sait l'apprêter.» Même chose pour les sardines à l'huile d'exception qu'il vend chez lui. On les pêche en Tunisie, mais c'est au Maroc qu'on les cuisine le mieux. Et, dans son magasin, tout est ainsi fait de découvertes ou d'attirance. Ce père affectueux et dévoué, riche de cinq enfants, considère désormais le Québec comme son pays. «Ici, on se sent bien. Quand j'entends des gens se plaindre, eh bien, qu'ils aillent voir ailleurs et jugent ensuite.»

Avec les beaux jours, méchouis et merguez à griller refont surface et se laissent aller d'odeurs caramélisées. Les magnifiques tajines de terre qu'il importe ainsi que les couscoussiers se languissent d'un bouillon que la pâte harissa viendrait tutoyer de son piquant.

Dans les souks de Mohammed, au marché Jean-Talon, l'eau de géranium ou d'oranger côtoie le halva à base de sésame ou les loukoums de Turquie. L'huile d'olive coule à flots, et les clients de tous les pays s'y retrouvent pour le plaisir des sens.

L'Olivier

Épicerie boucherie

260, place du Marché du Nord, marché Jean-Talon (514) 278-8910

***

Gastroscopie

Les nouvelles pâtisseries de La Gascogne

Depuis que Francis Cabannes a eu la bonne et délicieuse idée de fonder La Gascogne en 1957, on ne cesse de nous surprendre et de nous épater. C'est encore le cas avec la toute nouvelle gamme de desserts glacés uniques et divins que l'on propose cet été: mougins, sur un biscuit sablé, abricot, romarin, nougat et glace pistache ou délice d'été avec fraise, citron et une bavaroise à la vanille. Pour finir, un dôme griotte composé de biscuit fin avec une crème au kirsch et des griottes, une pure merveille de création.

Les beaux jardins et la gastronomie volontaire

Yves Gagnon et Diane Mackay vous reçoivent tant dans les jardins qu'à leur table gourmande en vigueur jusqu'au 15 août, toutes les fins de semaine. On y déguste les produits biologiques du jardin qu'ils proposent.

Les Jardins du Grand-Portage

800, chemin du Portage, Saint-Didace (450) 835-5813

***

Biblioscopie

Toqué de cuisine

Jamie Oliver

Éditions Hachette, 317 pages. Italie, 2004

Star des fourneaux chez lui, en Angleterre, mais aussi partout sur les réseaux câblés, Jamie Oliver est sûrement l'un des plus jeunes chefs millionnaires de la planète. Son look charme, tout comme la simplicité de l'ouvrage qu'il propose. Bien illustrées et simples d'accès, ses recettes passent du classique au flyé en un tour de main. C'est ce qu'on aime chez lui: sa simplicité et son talent.