Les irrésistibles gourmands de 2020, la suite

Alambika a créé cinq sirops à cocktails pour soutenir les distillateurs et les restaurateurs québécois durant la pandémie.
Marie-France Coallier Le Devoir Alambika a créé cinq sirops à cocktails pour soutenir les distillateurs et les restaurateurs québécois durant la pandémie.

Il y a de ces histoires qui inspirent, qui nourrissent l’enthousiasme. Il y a de ces histoires qui nous font voir 2020 avec une vitalité bienvenue. Voici quatre portraits de fabricants de bonheurs pour qui l’année qui s’achève est loin d’avoir été négative. Dernière de deux.

À la santé de la restauration

Rien n’arrive pour rien, dit l’expression. Pour la compagnie montréalaise Alambika, boutique spécialisée dans l’univers des alcools, c’est sans doute la phrase qui décrit le mieux son essor. Lorsque les bars et les restaurants ont fermé, le fondateur Jean-Sébastien Michel s’est retroussé les manches. Également responsable de la mise en marché des sirops à cocktails Prosyro, destinés aux mixologues professionnels, il a vu dans cette situation hors de l’ordinaire l’occasion « de brasser la cage et se faire du fun ».

« On venait de décrocher un immensecontrat avec un très gros utilisateur de cocktails pour développer tout leur menu. Ça faisait doubler notre chiffre d’affaires. Puis, boum. COVID », raconte-t-il. Sans hôtels ni bars et restaurants, sans festivals non plus, l’entrepreneur a embrayé le petit hamster pour trouver une idée. « Comme tout le monde, on voulait faire un projet qui fait du sens. Mais je voulais pas faire une fausse bonne idée juste pour faire du bien et le faire tout croche. »

Il appelle donc ses amis des distilleries, dont Cirka, Madison Park et Distillerie Saint-Laurent pour leur fait part de son concept : développer des sirops à cocktails tout-en-un qui vont de pair avec un de leurs alcools, pour ensuite les proposer aux restaurants qui font des plats pour emporter. « Par exemple, avec le gin Saint-Laurent, on a fait [un sirop avec] une teinture des premières salicornes qui sont sorties au printemps, de la fraise verte et des fleurs de concombre. »

Derrière cette initiative, l’envie de venir en renfort aux restaurateurs et distillateurs québécois, mais aussi de montrer l’inégalité de la loi en matière de vente d’alcool. Jean-Sébastien Michel souligne que si les restaurants peuvent vendre bières et vins pour emporter, le gouvernement québécois, contrairement à ceux d’autres provinces canadiennes, exclut les spiritueux. Selon M. Michel, c’est un coup dur pour la jeune industrie locale qui travaille fort pour se distinguer. D’autant plus qu’elle doit une part de sa vitalité aux bars, « les premiers à fermer et [qui] seront fort probablement les derniers à ouvrir », plaide-t-il.

Son idée plaît. Et beaucoup. « On a commencé à proposer ça aux restos et là, coup de théâtre — parce que la COVIDa le don de rendre les choses super intéressantes ! —, les petites bouteilles dans lesquelles on mettait le sirop sont en pénurie mondiale. Les deux producteurs principaux étaient la Chine et l’Italie, eux qui se sont fait ramasser en début de crise. On a réussi à en trouver dans l’État de la Géorgie. […] Mais on a été obligés de ralentir nos efforts avec la restauration et on l’a offert au grand public. »

Depuis, le téléphone ne dérougit pas. « Ç’a commencé à débouler. Les distilleries nous appellent, même hors Québec, pour qu’on leur développe des cocktails pré-assemblés. » Dans le lot, BluePearl et le « major américain » Sazerac, propriétaire de l’ancienne Meagher Distillery qui doit ouvrir sous le nom de Distillerie du Vieux-Montréal.

À quelques semaines des Fêtes de fin d’année, des coffrets découverte arrivent sur les tablettes et des gros formats pour des Old fashion et des mocktails seront lancés. Pour Jean-Sébastien Michel, ce projet « qui devait être très behind the scene » est devenu un savoureux modèle d’affaires.

Un projet à la source

Il était une fois deux gars qui avaient envie de créer quelque chose de nouveau et de beau : une vodka douce au palais présentée dans la plus belle des bouteilles.

« Ça fait près de trois ans que nous travaillons sur le projet. Il fallait en accoucher ! » lance avec entrain, Mathieu Caron, cofondateur de la Vodka Aupale.C’est bon pour le spirit, si on veut ! C’est peut-être pas le meilleur temps, mais un moment donné, pour mieux dormir le soir, il faut faire ce que l’on est capable de faire. »

Faire ce que l’on est capable de faire, pour M. Caron et son partenaire d’affaire Anthony Boccardi, c’est de mettre sur les tablettes des SAQ la vodka qu’ils mijotent depuis plusieurs années. Issus du monde des spiritueux, du design et la production de bouteilles, les deux « geeks de l’emballage » trouvaient la vodka disponible sur le marché très uniformisée. « On voulait consommer autre chose. [Une vodka] qu’on pourrait boire sur glace et en profiter pleinement. »

De fil en aiguille, le projet se dessine. Lorsque Mathieu Caron croise Jérémie Gagnon dans le cadre de son travail, ce dernier lui présente l’eau de la Côte-Nord. « Ça m’a vraiment subjugué et inspiré. »

C’est pas facile, mais on regardera ça dans cinq, dix ans, on va faire : wow ! On a lancé notre première vodka pendant la pandémie !

 

Après des tests faits « avec l’eau d’un peu partout », celle de la Côte-Nord s’est encore plus révélée. « C’était le jour et la nuit comparativement aux autres eaux, en termes de composantes et dans l’assemblage avec l’alcool. [Après un temps de repos], le goût est onctueux, un peu citronné et il n’y a pas de brûlement au niveau de la gorge », s’enthousiasme encore M. Caron.

Inspirés par l’une des plus vieilles bouteilles de vodka, Mathieu Caron et Anthony Boccardi se sont amusés à produire le plus bel emballage : le leur. Ils lui ont accolé des éléments de la nature, les aurores boréales, l’opale, la glace, qui rappellent les origines du produit.

Tout était prêt à être dévoilé au printemps. Jusqu’à ce que… « Certains de nos fournisseurs qui sont en Europe, comme ceux de la verrerie, ont fermé pendant deux, trois mois ou ont roulé avec 15 % d’employés. »

Six mois plus tard, Mathieu Caron livre « enfin ! » des caisses dans les SAQ, heureux et soulagé. « C’est pas facile, mais on regardera ça dans cinq, dix ans, on va faire : wow ! On a lancé notre première vodka pendant la pandémie ! »