Les minimaisons ont la cote, les municipalités s’adapteront-elles à la tendance?

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
L'équipe de ilo Mini-Maison encourage les gens à proposer des projets de petites habitations aux municipalités, même si ces dernières ne semblent pas ouvertes.
Photo: ilo Mini-Maison L'équipe de ilo Mini-Maison encourage les gens à proposer des projets de petites habitations aux municipalités, même si ces dernières ne semblent pas ouvertes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

On estime que l’engouement pour les minimaisons est en croissance constante depuis environ cinq ans. Pourtant, le nombre de ces petites habitations déjà construites ne semble pas refléter cet intérêt. Et ce qui freine les acheteurs potentiels n’a rien à voir avec l’effort de vivre dans un plus petit espace. C’est davantage le défi de trouver un endroit où installer sa maisonnette. Accepter ou non les minimaisons sur son territoire ? Deuxième texte d’une série de quatre.

« Les clients ont toujours été au rendez-vous. Le problème, c’est qu’ils ne trouvaient pas de terrain », remarque Josée Bilodeau, présidente de ilo Mini-Maison qu’elle a fondée en 2016, avant d’ajouter : « Avec le temps, les municipalités s’ajustent. Et plus récemment, avec la COVID-19, certaines ont compris qu’il fallait mieux répondre au phénomène d’exode vers la campagne et que la minimaison était une solution intéressante. »

Dans un document produit par la MRC de Kamouraska, les propos sont sans équivoque, les municipalités doivent se positionner et édicter des règles claires face à ce nouveau segment du marché de l’habitation :« Dans un contexte où la popularité de ce type d’habitation va en s’accroissant, il peut être pertinent pour les municipalités de se [demander] si l’implantation de ce type de construction est en cohérence avec le développement souhaité de leur municipalité. » Dans le même document, on poursuit en détaillant quelques avantages de la minihabitation. Parmi ceux-ci, on retrouve l’amélioration de l’accès à la propriété, notamment pour les jeunes, et la construction écologique, étant donné la superficie et, souvent, les matériaux utilisés. On ajoute également que la minimaison peut dynamiser des milieux dévitalisés et contribuer à diversifier l’offre d’hébergement touristique puisqu’elle est un créneau émergent en villégiature de courts séjours.

Ève Letarte, directrice du développement chez ilo Mini-Maison, encourage les gens à proposer des projets aux municipalités, même si ces dernières ne semblent pas ouvertes aux petites habitations. « Il faut avant tout savoir bien présenter son projet. La Ville doit comprendre dès le départ qu’il ne s’agit pas d’un projet artisanal, que c’est une habitation fabriquée selon les normes de construction actuellement en vigueur qui sera installée de façon permanente. Il faut aussi faire attention au terme minimaison, qui peut être péjoratif pour certaines municipalités. On recommande aux intéressés de privilégier “petite maison”, “maison préfabriquée en usine” ou encore “condo maison”. Ça fait moins peur aux villes. »

Dixville, minimaliste et avant-gardiste

Avec un ancien maire fasciné par les minimaisons et une mairesse en poste qui y voit un fort potentiel, la municipalité de Dixville, en Estrie, est une des plus proactives en matière de microhabitation au Québec. Sur des terrains dont la superficie varie de 15 000 à 90 000 pi2, les futurs résidents peuvent bâtir eux-mêmes leur microhabitation, rencontrer l’équipe d’ilo Mini-Maison qui est associée au projet ou encore faire affaire avec le fabricant de leur choix. La superficie d’implantation doit être d’au minimum 365 pi2 et ne doit pas excéder 753 pi2. Et à ceux qui arriveraient avec une minimaison sur roues, la plus difficile à faire accepter par les municipalités à cause de son caractère mobile, Dixville ne dit pas non. « Quelqu’un qui apporte sa maison sur roues et l’adapte ensuite pour la mettre sur pieux, c’est possible. Il y a quelques petits détails à respecter, mais c’est possible », assure Sylvain Benoit, directeur général de la municipalité. En effet, dans la zone autorisée pour les minimaisons, celles-ci doivent être installées sur une fondation de béton, un solage ou des pieux.« On veut une certaine permanence », résume-t-il.

Avec la COVID-19, certaines [municipalités] ont compris qu’il fallait mieux répondre au phénomène d’exode vers la campagne et que la minimaison était une solution intéressante

 

En pleine démarche pour attirer de nouveaux citoyens, la municipalité de Dixville frappe un coup sûr avec ce projet. « En milieu rural, on trouvait que ça pouvait être une occasion d’accueillir des gens qui ne sont pas acceptés partout. Et bien que les taxes foncières soient moins payantes, les résidents branchés aux services municipaux voient certains allègements avec l’arrivée des nouveaux citoyens qui seront eux aussi reliés aux réseaux d’aqueduc et d’égout. Ça donne un coup de pouce pour la taxe de services. »

Le directeur général de cette petite municipalité située à deux heures de Montréal et à 35 minutes de Sherbrooke croit fermement au potentiel du projet : « En réserve, nous avons une rue en périmètre urbain. Si la demande est là pour des minimaisons plus que pour des constructions conventionnelles, la municipalité est ouverte à changer la réglementation. »

Opter pour un projet « clés en main »

À l’instar de bien d’autres entreprises de maisons fabriquées en usine, Confort-Design s’est lancée dans l’aventure de la minimaison en 2015.« On voyait que ça devenait un besoin, surtout avec le phénomène grandissant des tiny houses aux États-Unis. Et même si, au départ, on visait les baby-boomers, le bateau a changé de cap et, aujourd’hui, la clientèle est beaucoup plus variée et plusieurs la choisissent comme résidence principale », assure Michel Boucher, directeur des ventes chez Confort-Design. Et l’arrivée d’une clientèle différente de celle qui cherchait un pied-à-terre entre deux hivers passés au chaud a eu un effet marqué sur le dynamisme de ce segment du marché : « C’est aujourd’hui une grosse partie de notre chiffre d’affaires. Quand on a fait entrer la microhabitation dans notre offre de produits, on a au moins doublé notre achalandage en salle d’exposition. Les gens sont très intéressés par ce concept », poursuit-il.

Pour aider les clients à concrétiser leur projet de vivre dans plus petit, l’entreprise de Mirabel s’est associée avec plusieurs promoteurs qui ont déjà des ententes avec des municipalités. C’est entre autres le cas du Domaine Nature à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, et de deux projets dans la région de Gore, soit ceux de Lakefield et de Domaine de la Vallée. « Non seulement ce n’est pas tout le monde qui souhaite faire une autoconstruction, mais on peut adapter nos modèles en fonction des réglementations de chaque municipalité. Ce n’est pas rare d’agrandir un salon ou de modifier la pente d’un toit pour que le projet soit accepté. » L’expertise des fabricants et la flexibilité qu’offre le produit évitent bien des maux de tête à ceux qui tentent de se conformer aux exigences de la municipalité sans perdre l’essence du concept de minimaison. « Ce qu’on suggère aux gens, avant d’acheter la maison et le terrain, c’est de s’informer auprès de la Ville pour bien connaître les exigences et de nous rapporter cette information. Si on est tombé en amour avec un terrain X et une maison Y, on fera tout en notre possible pour que le projet puisse se concrétiser », assure M. Boucher.

Le directeur des ventes ne lance pas la pierre aux municipalités et évite de faire le raccourci voulant que, si on refuse les minimaisons, c’est parce qu’elles ne rapportent pas assez de taxes. « [Sur] un terrain vacant entre deux maisons dont la valeur dépasse les 400 000 $, c’est normal que la municipalité refuse un projet de microhabitation. On veut que ça reste harmonieux. La demande est là et le produit est intéressant. De notre côté, on mise sur la collaboration des municipalités, mais aussi celle des entrepreneurs. Quand un promoteur arrive avec une bonne idée, bien présentée, il n’y a pas de raison qu’il se fasse dire non. »

Pour la première fois, Confort-Design s’est lancé dans un projet où l’entreprise vend à la fois la maison et le terrain. À Farnham, ce projet tout inclus est une main tendue à ceux qui souhaitent accéder à la propriété sans y mettre toutes leurs économies. La plus petite habitation chez Confort-Design a une superficie de 384 pi2. Si on la dépose sur un terrain de 20 000 pi2, la facture totale atteint 135 000 $. Mais l’entreprise vend peu de ces petites habitations. Beaucoup plus populaire, une maison de 16 pieds sur 46 pieds comprenant deux chambres et un sous-sol, installée sur un terrain d’une dimension similaire, coûte entre 225 000 $ et 235 000 $. « Un condo de 1000 pi2 sur la Rive-Nord à 250 000 $ avec un tout petit balcon, des voisins et des frais de copropriété mensuels ? Pourquoi ne pas avoir une maison fenestrée sur ses quatre côtés avec un beau terrain en nature, à une dizaine de minutes de la ville, pour un prix équivalent ou moindre ? » demande M. Boucher. Avec ces quelques mots, le directeur des ventes vient certainement d’en convaincre plusieurs.