L'Action de grâce, mouture 2020

Marie-Josée Desmarais Collaboration spéciale
Cette année, pandémie oblige, pas le choix d’oublier la grande tablée, évidemment, mais on peut tout de même rendre grâce autour d’un bon repas à la maison avec notre bulle ou devant un écran avec parents et amis.
Photo: Becky Fantham Cette année, pandémie oblige, pas le choix d’oublier la grande tablée, évidemment, mais on peut tout de même rendre grâce autour d’un bon repas à la maison avec notre bulle ou devant un écran avec parents et amis.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Les Québécois ne fêtent pas fort fort le deuxième lundi d’octobre, qu’ils consacrent souvent au ramassage des feuilles plutôt qu’à un festin de dinde. Pourtant, la grande célébration des récoltes et de l’abondance, avec son côté locavore et de saison, est plus pertinente que jamais.

On attribue souvent la première Action de grâce à sir Martin Frobisher, l’explorateur du passage du Nord-Ouest qui a fêté au corned-beef la découverte ce qui s’appelle aujourd’hui le Nunavut. D’autres citent Samuel de Champlain, qui a instauré en 1606 la tradition des banquets de l’Ordre de bon-temps pour remonter le moral des troupes affectées par le confinement hivernal — tiens tiens, ça nous dit quelque chose. Enfin, il y a les Américains, qui célèbrent leur Thanksgiving en mémoire de la fête de la récolte de 1621 réunissant les pèlerins du Massachusetts et la nation Wampanoag, sans laquelle ils auraient péri et seraient passés à côté des plaisirs de la dinde sauvage.

En fait, une chose est certaine : ce sont les Premières Nations qui ont célébré l’abondance de l’automne bien avant que tout ce beau monde ne s’aventure en Amérique.

Au fil des siècles, l’Action de grâce canadienne a évolué et changé plusieurs fois de date — après la Première Guerre, elle était même célébrée le jour du Souvenir — et ce n’est qu’en 1958 qu’un décret du Parlement canadien l’a fixée officiellement au deuxième lundi d’octobre. En profitant de l’occasion pour renforcer sa vocation religieuse, alors qu’il s’agissait à l’origine d’une cérémonie païenne.

La fête des récoltes, mouture 2020

Remercier la nature toujours généreuse malgré les mauvais traitements qu’on lui inflige, lever son verre à la santé des agriculteurs qui ont trimé dur pour tout récolter, célébrer notre bel automne pour mieux nous préparer à l’hiver, partager notre bonne fortune avec les plus démunis. C’est plein de bon sens, non ?

Ce week-end, pas le choix d’oublier la grande tablée, évidemment, mais on peut tout de même rendre grâce autour d’un bon repas à la maison avec notre bulle ou devant un écran avec parents et amis (Friendsgiving, ça se fête !). Pour les groupes virtuels, on peut organiser un potluck qu’on se partage avant de déguster à distance — l’un cuisine la dinde, l’autre les accompagnements, grand-maman se charge des desserts, les moins doués en cuisine distribuent le vin et les plats le jour du repas. Si la distance entre chacun pose problème, on peut aussi convenir d’un menu, s’échanger des recettes familiales, cuisiner chacun de notre côté et s’attabler ensemble sur Zoom. Pour dire merci en découpant la dinde (ou la courge si on est végé), comme le faisaient nos ancêtres, car ce volatile, baptisé poule d’Inde par les premiers explorateurs un peu mêlés en géographie, glougloutait dans nos forêts bien avant leur arrivée.

Et à boire ?

Pas de chicane, les rouges comme les blancs accompagnent bien la dinde. Du côté des rouges, le pairage classique est celui du pinot noir, mais il faut savoir bien le choisir. Les vins du Vieux Monde tendent à être plus fins et plus élégants, tandis que ceux du Nouveau Monde — l’Oregon en produit de remarquables — auront tendance à être plus épicés et plus fruités. Question de goût. D’autres très bons choix, et là il est difficile de se tromper : les rouges de la Loire, comme le chinon, le saumur-champigny et le bourgueil. Du côté des blancs, l’accord classique est le chardonnay, surtout s’il est français, pour sa belle minéralité et ses subtiles notes d’agrumes. Autres très bons pairages : les sauvignons blancs de la Loire, tout particulièrement le sancerre.